Journal - août 2010

 

 

 


 

 

Mardi 31

Ce mardi 31 août, 4 vigiles de la RATP m'ont interpellé parce que je prenais des photos à la station Gare de Lyon, en attendant la ligne 14. Il faut dire que cette silhouette que se détachait d'un écran rétro-éclairé multicolore dans cette station sombre, c'était dommage de louper ça. Ben... la photo, ils me l'ont fait effacer. Et d'autres aussi, floues, avec les personnes de dos. Nous pouvons donc en conclure que j'ai été collaboratif. Nous pouvons également saluer le fait que je suis resté courtois malgré le vigile n°1 qui a outrepassé ses droits en me demandant de consulter un courrier des impôts qui était dans mon sac, et très courtois malgré le vigile n°2 qui m'a demandé deux fois si cela me plaisait de prendre les filles en jupes en photo, et une fois si j'étais fétichiste des pieds, ce à quoi j'ai répondu "Pardon ???", ce à quoi il a répondu que lui il préférait les petits pieds.

Je conseillerais donc à la RATP de faire appel à des sociétés de sécurité aux employés un peu plus dignes, un peu moins hétérocentrés et un peu plus au fait du vaste champ des pratiques artistiques en général et de l'histoire de la street photographie en particulier. Je proposerais aussi à la RATP de réfléchir à la validité de leur interdiction de prendre des photographies au sein de leur espace, sachant que parmi les centaines de photos que j'ai prises sans autorisation dans le métro et le RER, il y en a certaines que j'adore, et que d'autres personnes adorent, et que par conséquent il m'empêchent de pratiquer librement une pratique artistique qui ne cause aucun tort à personne. Considérant l'importance de cette pratique artistique pour mon bien-être, je ne remercie pas la RATP pour l'extrême frustration qu'ils m'infligent, frustration qui ne sera que de courte durée, l'art étant plus important que tout le reste - puisque j'ai la prétention de considérer que je cherche à faire de l'art en photographiant dans le métro.

(M'enfin faut pas pousser mémé dans les orties, je vais être plus vigilent aux vigiles)

Lundi 30

J'essaie de lire quelques phrases "Suite(s) Impériale(s)" dans un court trajet de ligne 4, histoire de finir un des courts paragraphes qui jonchent le roman. Elle a peut-être 21 ans, peut-être 28, est un look qu'on qualifiera de "vintage" ou de "old school" ou de "T'as vu mon sac Tati il est trop sympa ? Il va trop bien avec mes grandes lunettes". Elle parle fort dans son téléphone, tellement fort que tout le monde profite de son "Non, là je suis dans le métropolitain !".
La fille qui me fait face et moi pouffons en choeur. J'imagine Miss Métropolitain prend son vélocipède et son appareil photographique pour aller au cinématographe. Ben quoi, ça ne vous fait pas rire ? Bon...

Ensuite, dans la série "Lacune, quand tu nous tiens", je mets le nez dans Fassbinder, avec Le droit du plus fort.

- Et alors ?
- Quoi "et alors" ?
- Ben quoi "et alors" ? Et alors quoi le film quoi ?
- Ah ben oui le film tiens parlons-en.
- Ben oui, parles-en.
- Ben c'est vachement bien.
- Ah ben tu vois.

Dimanche 29

A peine les premiers coups de pédale étaient-ils donnés en direction du supermarché asiatique au fruits multicolores et aux odeurs atroces - brrrr quelle état donc ce contenu aux contenant fracassé ? - que la pluie vint à goutter. Le ciel aurait pu attendre, dira l'esprit malin qui, plus tard dans l'après-midi, se rendra à la Cinémathèque pour y voir Le Ciel peut attendre, délicieux film de Lubitsch au milieu d'une salle comble et comblée.

Un film ne suffisant pas, autre maître du grand écran sur un plus petit le soir même, à savoir Hitchcock avec un étonnant Frenzy. Étonnant de modernité, sorte de plongée dans les couleurs seventies d'un Scorsese où Angie Dickinson avec décolleté plongeant et un Robert de Niro à rouflaquettes rouleraient à tombeau ouvert dans une décapotable poursuivie par Starky et... heuuuuu je crois que je frise l'overdose d'anachronismes. Va falloir réviser mon histoire du cinéma...

Lana qui ?

Samedi 28

Au milieu de l'immense étendue d'herbe, deux êtres aux jambes semi-vêtues déjà mises en forme par quelques kilomètres vélocipédiques ont un bras en l'air et les yeux rivés vers un petit objet blanc bringuebalé sous le vent. Le vnt. Ah oui le vent. Trop fort le vent ! Allons donc lire au pied d'un arbre...

Au centre de la tarte, le couteau est planté et L inflige calmement et dignement une lente torture au dessert. Mais la torture se retourne, et L calmement et dignement... ne parvient pas à couper l'objet du désir. Voilà donc, vers la fin d'une soirée joyeuse, accueillante et délicate, que les larmes me viennent. De rire.

NB. Ne jamais oublier la jupe rose.

Vendredi 27

L'affreuse coupole est au-dessus de ma tête, les toilettes d'un art déco trop chic sous mes pieds et la bouteille est bouchonnée. Mais une autre bouteille s'ouvre, les papilles et les paroles aussi...

Plus tôt, doux sentiment peu surprenant, je m'attendais à aimer le film. Peut-être pas autant ? Entre éducation peut-être manquée et cloisonnement inter-générationnel, entre mémoire qui flanche et solitude, entre peine et ouverture à un art fermé, Poetry est un film qui s'écoule comme cette rivière : à l'apparence calme mais aux remous mortels.

Plus tard, incroyable surprise (pléonasme ?) sous le papier jaune et le ruban vert. Le dernier Brett Easton Ellis est là, devant mes yeux, déjà sorti. Déjà sorti ??? Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !*


* Cri d'hystérie intérieur.

Jeudi 26

Les sites web, c'est comme les restaurants. De temps en temps, faut simplifier le menu !

Mercredi 25

Le bruit de la porte. J'ouvre les yeux. Entre les rideaux mal fermés je devine qu'il fait beau, tout au moins qu'il fait vraiment jour... trop jour. Je tends le bras. Ferme un peu les yeux pour voir plus nettement ces quelques chiffres. Il est 9h07. Je devrais déjà être au travail mais je suis dans mon lit. Meeeeerde, le réveil...

Mardi 24

Le ciel est inconstant, et j'aimerais finalement qu'il restât voilé, cachant ce soleil trop bas pour me laisser le champ (de vision) libre. Je suis là pour faire quelques clichés commémoratifs : 65 ans plus tôt on libérait la ville. Plus tard, au hasard des clics, je découvre et l'on me découvre. Je découvre des clichés qui me ressemblent, du moins qui ressemblent aux miens, les rares mots posés au-dessus me font sourire, c'est étonnant ces similitudes, il faudrait que je creuse un peu plus souvent la photoblogosphère... Et puis les mots, jolis mots que l'on pose sur mes images, on les compare aux haïkus, on ouvre les portes jaunes et l'on m'ouvre l'esprit. Va-t-on me pousser assez pour sortir mes photos des tiroirs ?

Lundi 23

Qu'entends-je ? Rien.

Dimanche 22

Sur la table de bistro, des dizaines de pièces qu'il a sorti de son sac et de ses poches. Elle sourit et s'en amuse, compte à sa place et recompte pour payer le coca et le diabolo grenadine dans lequel la paille remonte inexorablement. Je ne les écoute pas, les entends à peine, tente de lire encore et encore ce petit texte d'Hervé Guibert, magnifique, pourtant magnifique, mais l'esprit est ailleurs. Sous leur table, des doigts frôlent sa jambe, peut-être ne la touchent-ils pas, la timidité les séparant de quelques millimètres. Elle sourit d'un merveilleux sourire. Comment voulez-vous que je lise ?

Un peu plus tard, ce garçon qui joue divinement bien de la guitare, des airs aux sonorités espagnoles sur le pavé gris qui surplombe le parvis de Beaubourg, Beaubourg où j'entrerai pour caresser quelques livres de la main ou du regard, et pour me faire un petit plaisir soldé, soldissimé à dix euros, les caractères s'enchaînant dans la poésie typographique des cinq derniers siècles, courbes, déliés, empattements, William Morris, etc. Comment voulez-vous que je résiste ?

Samedi 21

La brume enveloppe je ne sais quelle vallée sous un soleil caressant encore les cimes. Superbe lumière à travers la vitre du tégévé tandis que tu dors, ou essaies encore, comme les heures précédentes de cette nuit bruyante. Metz et la Moselle nous tendent leurs bras... La Moselle ? L'âme aux ailes ou des ailes à l'âme ? J'ai cru voir passer quelque esprit nuageux dans le ciel bleu.
J'ai surtout vu passer cette journée sous les cieux des arts. Dès l'arrivée, énorme surprise architecturale que la gare... tout comme l'avenue Foch découverte en fin de journée, aux maisons Art nouveau ancrée dans les symboles médiévaux... Entre les deux et dans le désordre, les petites rues ou les grandes artères, le pavé susano-siliconé du FRAC, l'insupportable trio de musées à l'étouffant dédale, la fumée blanche, la tronche en biais du cerbère du restaurant, l'adolescence d'Émile Friant, quelques cygnes surexposés, l'oeuf poché au foie gras, l'herbe d'un parc, et le Centre Pompidou. Ah le Centre Pompidou : les remarques à la con devant un fabuleux triptyque de Miro ou l'absence de cartes postales montrant le lieu... On rêve...

Vendredi 20

Les écrans à l'entrée de l'UGC étaient noirs. Bug. Pas de films. Qu'importe, on remit la séance à plus tard, mais juste quelques heures plus tard et quelques dizaines de minutes de marche plus loin. Tamara Drewe nous attendait dans son short trop petit... Faut dire qu'il faisait bien chaud ce soir. Mais c'était peut-être juste un peu tiède, non ?

Sinon, pour les journées du patrimoine, c'est J-30...

Jeudi 19

Il pointa l'arme sur moi. Je ne craignais rien, le pistolet en plastique noir était sans risques. La mère du petit garçon était plongée dans quelques pages de papier à peine glacé, titrées "The look" et ignora un certain temps les paroles de son fils avant de lever la tête, prononcer un "eh" vain, et retourner dans les images. J'étais moi-même vaguement plongé dans les premières pages du Guibert acheté la veille.

Le téléphone sonna tandis je marchais d'un pas vif après un détour rapide mais tout de même trop long chez moi. "Je suis en retard", déclarai-je illico. "Moi aussi", répondit-elle. Cinq minutes plus tard — voyez comme le retard était minime —, je composai le code au numéro 26. Catherine K* m'attendait : "Regarde qui est là, c'est dingue". Oui c'était dingue le hasard, et cette soirée aussi serait un peu dingue... ce couple qu'on suivra parce qu'elle avait une tenue improbable, cette heure passée à attendre qu'un chewing gum se fasse écraser, ces coucous à travers la vitrine d'un hôtel, cette caisse qui bugue pour un paquet de chocolats, et toutes ces Marie-Christine Barrault.

* À ne pas confondre avec Catherine D. même si elles fument les mêmes cigarettes

Mercredi 18

J'allai à la MEP le coeur chantant, j'en repartis le coeur bof bof... C'est bien la première fois que je fais toutes les expos en 35 minutes. Je sauve juste de cet océan de déception quelques photographes russes (Tiskov, Bendikov ou Korolev)... Tout ça s'est fini à la boutique avec un achat de deux belles cartes de euh... mince j'ai oublié son nom... ah oui Saul Leiter... et du livre "L'image fantôme" d'Hervé Guibert.

Mardi 17

- Tiens ce soir j'ai vu enfin vu All about Eve
- Ah ben oui dis donc, tu l'avais dans tes dévédés depuis quand ?
- J'sais pas... deux ans ?
- Et alors t'en as pensé quoi ?
- Merveilleux !
- Moi j'adore la fin !
- La quoi ?
- La fin.
- Ah oui la fin ! Oui oui bien sûr la fin.
- ??? Me dis pas que...
- Ben si...

Lundi 16

L'accueil est chaleureux, détendu, dans ce bureau lumineux malgré tout. Les mots, selon de qui ils viennent, sont ensuite rassurants, étouffants, remuants, étonnants ou terrifiants : j'avais oublié le sens abject du verbe finir. Abject.

Ce qu'on me raconte au téléphone, plus tard, l'est aussi. Moins violent dans les faits, mais tout autant insupportable dans les idées. La haine des autres, j'apprends que certains la portent (encore) en étendard, la colportent, la rapportent, la glissent avec un prosélytisme sans vergogne à l'oreille de qui peut bien entendre. Ceux là, avec leur haleine haineuse et leur bêtise crasse, oublient parfois leurs origines (avec un z) ou leur éducation pour cracher sur les autres parce qu'ils sont ceux qu'on amalgame à quelques très vieux souvenirs d'une autre époque, parce qu'ils ne vivent pas comme eux, ils portent des voiles, ils vivent dans des caravanes, ils sont noirs, ils mangent kasher, ils sont arabes, ils ont trop d'enfants et ils ont piqué la place du maraîcher du coin, de l'épicier Félix Potin et de la caissière du Carrefour. Un jour je vous parlerai de mon caissier préféré chez Monop, il a une barbe longue comme mon bras, il est d'origine je-sais-pas-où-et-je-m'en-fous et en plus il est malentendant.
Voilà... là, ça m'énerve. Non : ça me fait vomir.
Je n'ai plus le temps de faire le parallèle entre homophobie et racisme (parce que c'était quand même un vilain hasard qu'on me parle de ça ce jour là), mais je vous laisse le loisir de le faire. A bon entendeur...

Ambiance d'aéroport. J'ai toujours aimé les ambiances d'aéroport, les lumières artificielles se reflétant dans les sols étincelants, les gens qui passent, et repassent, et repassant encore, ceux qui attendent et attendent encore, flegmatiques ou stressés, soupirant ou roupillant. Orly est un film où la foule enveloppa pour mon plaisir visuel les protagonistes et leurs mots... Mais peu de plaisir tiré des mots, des histoires, des personnages trop inutilement bavards. Sauf peut-être de ce garçon-là et sa mère, parce qu'on y sentait quelque chose de plus profond... mais encore aurait-il fallu que ce quelque chose restât justement au fond...

Dimanche 15

Vaste déception venant du ciel et le temps passe, mélancolique, comme les nuages et les gouttes. Une dernière éclaircie pour saluer les grenouilles, au revoir, encore merci et à très vite, oui mais quand ? Dans le train, l'ambiance est adéquate pour travailler, malgré un oeil ou deux jeté sur l'écran de mon voisin ; à ma droite il regarde Avatar. A l'arrivée, c'est Grey's Anatomy au programme... Tiens tiens, they're back?

Samedi 14

Rendez-vous dorénavant incontournable à Lectoure pour les Rencontres photographiques, la première année sous un joli ciel bleu, la deuxième sous un soleil torride. Et là ? Trop nuageux. Non pas que cela gêne pour regarder les photographies (cela aurait d'ailleurs éviter tous ces reflets dans le tribunal), mais pour la piscine en fin de parcours, la jolie piscine à l'herbe accueillante, c'est pas ça. La piscine était donc presque vide sous le ciel moqueur, la météo dans un court élan de générosité nous ayant offert... quoi... trente secondes de soleil dont on ne profita même pas ! Qui avait eu l'idée de mettre les serviettes à l'ombre ? Moi.

Et là vous me direz... c'est ben gentil ta météo, mais les expositions c'était comment ? Et je répondrai que ça sera pour mon blog photo, mais que Riva évidemment, que Salesse forcément et son parallèle contemporain avec Hortense Soichet, et que Juraj Lipscher surtout.

Et puis Agen, toujours Agen évidemment... soirée à errer, soirée aérée... Ce premier bar à vin improbable, filles filiformes et irrésistible choré Lady Gaguesque, ce deuxième bar où personne ne vint nous servir, ce troisième enfin, ce Malaga au cocktail du même nom avec Miss gros nichons refaits qui venait - je cite - de St Tropez, Aix en Provence, anglo-libanaise... C'était Lady blabla ?

Vendredi 13

Bretons : -2
Bordelais : +1
Soleil : 0

Jeudi 12

Il était donc possible qu'il ne le fût pas. Au rendez-vous. Le soleil. Relisez mercredi 11. Ciel gris. Air frais. Trop frais. "Il fait moche", te dis-je au téléphone, ce qui t'étonna : ton coin de Charente souriait sous le soleil. Dans Agen, vie calme mais agréable de compagnie, sourires aux lèvres (épaisses ?*) on regarda les autres, celui-ci, mais non le grisonnant pas l'autre, celui-là, là-bas, l'air un peu seul malgré ses parents près de lui, ou elles, oh la la. On avait remisé la moindre envie d'être sérieux : elle resta coincée dans la paille du mojito comme de la feuille de menthe trop finement hachée.

* Private joke, ne cherchez pas à comprendre **
** Non je n'expliquerai pas ***
*** Non n'insistez pas. ****
**** Tsssst.

Mercredi 11

TGV de 17h40 : destination Agen. Quatre jours au sud, en espérant que le soleil sera au rendez-vous. Est-il possible qu'il ne le soit pas ? Avant Bordeaux le ciel se noircit intensément, inquiétant, et sur le quai de correspondance la pluie passe à travers les verrières. Train de nuit, fauteuil incliné au confort imparfait pour qui ne veut pas somnoler. J'ai terminé avant l'Aquitaine le roman d'Oster, puis lu deux pages de Sollers, mise en bouche agréable. Mais sur ce siège paresseux je vais et viens dans la lecture d'un ouvrage sur l'Ecole de Nancy, cherchant quelques idées pour ce travail à terminer. Finalement la lecture est courte, le sommeil me gagne un peu et je m'incline au propre et au figuré. 

A Agen il est là, il m'attend ; chez lui d'autres visages aux reflets blonds, mais ceux du chat se font absents.

Mardi 10

Ca y est. J'ai glissé l'enveloppe dans la grosse boîte jaune : j'ai enfin participé à un concours. Enfin ! Le début d'une longue série ? Ce serait bien. Ce serait mieux que rien. Ce serait mieux que ces photos qui restent ici ou là, inutiles, invisibles, sans partage, sans regards, sans critique.

Lundi 09

La jeune femme est un peu habillée comme une écolière japonaise, de celles des photographies d'Araki par exemple, sans le bâillon. Jupe plissée noire, haut bleu, chaussures à talon. Accessoire : petit sac à main bordeaux. Frange impeccable, cheveux raides noirs évidemment : je n'ai pas précisé qu'elle est probablement japonaise. Je regrette d'avoir rangé mon appareil photo, le ressortir ne serait pas discret, et je la regarde, l'esprit sorti de ce roman, Dans la Cathédrale, Christain Oster vous connaissez ? Mais si vous connaissez. Place Monge, elle se lève, hésite, regarde sur le quai, l'autre quai, semble chercher le nom de la station, s'approche de la porte, recule, vrrrrr, ça vrombit, elle avance, ouvre la porte, descend juste à temps et avec une assurance incroyable malgré ses talons et le doute qui assombrissait son visage deux secondes plus tôt.

Dimanche 08

- Ah ben dites donc, on aura bien bossé aujourd'hui, regardez ces murs blancs, c'est solcarrelus !
- Mroeirufl meuglllglgueuue, neugeuleumeugosh, gromela Marlon Brando*.

* Marlon Brando, dans "La vengeance aux deux visages" seul cow boy ventriloque de l'histoire du sneumô.
- Du quoi ?
- Du sneumôôô.
- Hein ?
- Du seu-neu-môôô.
- Aaah si cinémaaaa !

Samedi 07

Le lecteur assidu se rappellera qu'en temps voulu on causa de travaux. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que l'on n'en avait pas encore vu la fin. 
A en voir mes doigts blanchis par la peinture, le lecteur soupçonnera que ça s'précise. La fin est au bout. Au bout du rouleau ?

Plus tard, vélo, Montreuil, la table à nappe blanche ne resta pas longtemps sur la terrasse : il restait encore de la tapenade dans le bol que la pluie vint brusquer le dîner. On s'intalla donc précipitamment ailleurs, là où, malheureusement, il n'aurait pas fallu.


Vendredi 06

Le Chablis était chaud, la truite saumonnée,
Le caviste pour un peu eût été sermonné.
Dans le vase les lotus nous évoquaient Monet,
Mais les pauvres, trop flétris, leur glas allait sonner.

Mais je glissai la bouteille au freezer, remisai les rimes, et...


Jeudi 05

Elle était là, comme sortie miraculeusement du film de la veille, droite, debout, accompagnée, un peu le contraire de la veille en quelque sorte. Nous sortions de Tournée, tu compris mon signe de tête - le plus discret possible. Nous sortions de Tournée, tu étais enthousiaste, je l'étais moins, bizarrement, sans savoir pourquoi, je cherchais les mots et ne les trouvais pas. Curieusement il me faudra attendre le lendemain pour savourer le film et sa saveur pétillante et fraîche, comme le Perrier bu avant la séance en compagnie de K. 
 

Mercredi 04

LIBELLULE. Les dix lettres sont gravées sur le siège couleur vert d'eau où je m'assieds pour attendre un quelconque RER. Depuis trois jours, je me promène - à supposer que les trajets pour aller et revenir du travail soient des promenades - sans appareil photo. Consciemment, le poids de la bestiole me rebuttant, ou par mégarde, comme aujourd'hui, parce que bon tout de même deux jours ça faisait beaucoup. La libellule incrustée sous mes fesses devra, en tous les cas, attendre ma prochaine visite pour être immortalisée et, pourquoi pas, liée dans un diptyque plus intéressant que réussi avec les virevoltantes ailes bleues souvenirs de Corse.
Les souvenirs... Camille les cherche, son fils est mort. Mort. Elle... Morel. Oui, tiens, Gaël Morel est justement le réalisateur de ce bel Après lui : beau film, beau jeu, beau titre, belle photographie... Ah ! Encore la photographie !

Mardi 03

16.07.10 ? On en est loin. Les deux pains au lait au fond du sac en plastique jaune et bleu lui-même au fond du placard sont vraiment périmés. Légèrement recroquevillés sur eux-mêmes, ils me font penser à cet article lu la veille sur les japonais momifiés, mais ils ont conservé un peu de moelleux, et un aspect visuel supportable. L'un des deux fera l'affaire pour ne pas partir l'estomac vide, une lueur d'espoir au fond des yeux : des yaourts m'attendent au bout du trajet de ce RER nommé ZAZA83.

Plus tard, ce Monsieur presque fini, j'achète "Réponses photo" pour garder quelques pages et ne pas fermer ce livre dr'une centaine de pages si vite. Bonne idée, car dans le magazine un concours de saut me tend les bras.

Lundi 02

Aller. BETISE. Le mot est écrit en majuscule sans accent sur le wagon du RER arrivant sur le quai et dans la fraîcheur matinale où je supporte mon petit gilet en Tencel. Je viens d'éclater de rire à la page 17 de ce Monsieur, de Jean-Philippe Toussaint, commencé à peine plus tôt. Page 19, je suis alors dans la rame, mes yeux se posent sur des pieds, les ongles peints en vert céladon, puis les paupières. Même couleur. Elle ressemble à Laura Adler, en tout cas elle m'y fait penser. Dans mon souvenir Laure Adler a les yeux maquillés en vert.

Retour. L'homme est plutôt âgé, il est assis en face de moi, porte une veste à carreaux Vichy bleu marine, une chemise grise, des chaussures marron, un pantalon à la croisée de toutes ces couleurs, et un panama blanc. Un grand parapluie complète cet accoutrement qui se voudrait chic mais qui ne l'est pas, regardez les chaussures et cette sacoche plutôt laide en matière synthétique noire. L'homme a l'air austère, il regarde avec insistance la jolie trentenaire à ma gauche, dévisage sa jupe, déshabille son regard. Soudain, il glisse sa main dans la sacoche, laissant apparaître un stylo multi-couleurs de chez Muji je crois, et en extrait une boîte de chipirons à l'encre de marque "Le Connétable", remonte ses lunettes sur son front, et lit les inscriptions sur la boîte. La scène m'amuse et la soirée qui suit, pour un Anne-iversaire, m'amusera également (mais bien plus), Pommard, visages d'autrefois et musique d'un autre temps sur laquelle je marmonne une imitation désarticulée de Charles A. Pour finir, un fou rire : ligne 11, trois jeunes aux répliques tordantes ("Elle a pas de ticket, Amy Winehouse !") et la chûte de strapontin imprévue.

Dimanche 01

Herr Fûté, Bison de son prénom, nous avait fait craindre le pire avec ses prévisions dans lesquelles les kilomètres de bouchons s'étendaient comme... heu... oh la la tous ces kilomètres. On imagina donc le pire : itinéraires bis embourbés, déviations enrhumées, pare-chocs frottés... La virée chez Cocteau fut donc remise à plus Coctard.

De virée il fut tout de même question, puisque l'on vira. De la petite pièce plutôt sombre malgré l'ampoule, on vira des objets en tout genre, fichus ou devenus inutiles au fil du temps : des bout de bois, des tiges en métal, des planches en mousse, un transat, une planche à repasser, des chaussures de randonnée, des bottes en caoutchouc , et combien d'autres souvenirs qui heureusement ne me concernaient pas : point de légère nostalgie à remplir la benne.

Et puis O' vint, et je cherchai comment glisser un jeu de mots fait d'O et de vin. Ce sera pour une autre fois.