Ce mardi 31 août, 4 vigiles de la RATP m'ont interpellé
parce que je prenais des photos à la station Gare de Lyon, en attendant
la ligne 14. Il faut dire que cette silhouette que se détachait
d'un écran rétro-éclairé multicolore dans
cette station sombre, c'était dommage de louper ça. Ben...
la photo, ils me l'ont fait effacer. Et d'autres aussi, floues, avec les
personnes de dos. Nous pouvons donc en conclure que j'ai été
collaboratif. Nous pouvons également saluer le fait que je suis
resté courtois malgré le vigile n°1 qui a outrepassé
ses droits en me demandant de consulter un courrier des impôts qui
était dans mon sac, et très courtois malgré le vigile
n°2 qui m'a demandé deux fois si cela me plaisait de prendre
les filles en jupes en photo, et une fois si j'étais fétichiste
des pieds, ce à quoi j'ai répondu "Pardon ???",
ce à quoi il a répondu que lui il préférait
les petits pieds.
Je conseillerais donc à la RATP de faire appel à des sociétés
de sécurité aux employés un peu plus dignes, un peu
moins hétérocentrés et un peu plus au fait du vaste
champ des pratiques artistiques en général et de l'histoire
de la street photographie en particulier. Je proposerais aussi à
la RATP de réfléchir à la validité de leur
interdiction de prendre des photographies au sein de leur espace, sachant
que parmi les centaines de photos que j'ai prises sans autorisation dans
le métro et le RER, il y en a certaines que j'adore, et que d'autres
personnes adorent, et que par conséquent il m'empêchent de
pratiquer librement une pratique artistique qui ne cause aucun tort à
personne. Considérant l'importance de cette pratique artistique
pour mon bien-être, je ne remercie pas la RATP pour l'extrême
frustration qu'ils m'infligent, frustration qui ne sera que de courte
durée, l'art étant plus important que tout le reste - puisque
j'ai la prétention de considérer que je cherche à
faire de l'art en photographiant dans le métro.
(M'enfin faut pas pousser mémé dans les orties, je vais être plus vigilent aux vigiles)
J'essaie
de lire quelques phrases "Suite(s) Impériale(s)"
dans un court trajet de ligne 4, histoire de finir un des courts paragraphes
qui jonchent le roman. Elle a peut-être 21 ans, peut-être
28, est un look qu'on qualifiera de "vintage" ou de
"old school" ou de "T'as vu mon sac Tati il
est trop sympa ? Il va trop bien avec mes grandes lunettes".
Elle parle fort dans son téléphone, tellement fort que tout
le monde profite de son "Non, là je suis dans le métropolitain
!".
La fille qui me fait face et moi pouffons en choeur. J'imagine Miss Métropolitain
prend son vélocipède et son appareil photographique pour
aller au cinématographe. Ben quoi, ça ne vous fait pas rire
? Bon...
Ensuite, dans la série "Lacune, quand tu nous tiens",
je mets le nez dans Fassbinder, avec Le droit
du plus fort.
- Et alors ?
- Quoi "et alors" ?
- Ben quoi "et alors" ? Et alors quoi le film quoi ?
- Ah ben oui le film tiens parlons-en.
- Ben oui, parles-en.
- Ben c'est vachement bien.
- Ah ben tu vois.
A peine les premiers coups de pédale étaient-ils donnés
en direction du supermarché asiatique au fruits multicolores et
aux odeurs atroces - brrrr quelle état donc ce contenu aux contenant
fracassé ? - que la pluie vint à goutter. Le ciel aurait
pu attendre, dira l'esprit malin qui, plus tard dans l'après-midi,
se rendra à la Cinémathèque pour y voir Le
Ciel peut attendre, délicieux film de Lubitsch
au milieu d'une salle comble et comblée.
Un film ne suffisant pas, autre maître du grand écran sur
un plus petit le soir même, à savoir Hitchcock
avec un étonnant Frenzy. Étonnant
de modernité, sorte de plongée dans les couleurs seventies
d'un Scorsese où Angie Dickinson avec décolleté plongeant
et un Robert de Niro à rouflaquettes rouleraient à tombeau
ouvert dans une décapotable poursuivie par Starky et... heuuuuu
je crois que je frise l'overdose d'anachronismes. Va falloir réviser
mon histoire du cinéma...
Lana qui ?
Au
milieu de l'immense étendue d'herbe, deux êtres aux jambes
semi-vêtues déjà mises en forme par quelques kilomètres
vélocipédiques ont un bras en l'air et les yeux rivés
vers un petit objet blanc bringuebalé sous le vent. Le vnt. Ah
oui le vent. Trop fort le vent ! Allons donc lire au pied d'un arbre...
Au centre de la tarte, le couteau est planté et L inflige calmement
et dignement une lente torture au dessert. Mais la torture se retourne,
et L calmement et dignement... ne parvient pas à couper l'objet
du désir. Voilà donc, vers la fin d'une soirée joyeuse,
accueillante et délicate, que les larmes me viennent. De rire.
NB. Ne jamais oublier la jupe rose.
L'affreuse
coupole est au-dessus de ma tête, les toilettes d'un art déco
trop chic sous mes pieds et la bouteille est bouchonnée. Mais une
autre bouteille s'ouvre, les papilles et les paroles aussi...
Plus tôt, doux sentiment peu surprenant, je m'attendais à
aimer le film. Peut-être pas autant ? Entre
éducation peut-être manquée et cloisonnement inter-générationnel,
entre mémoire qui flanche et solitude, entre peine et ouverture
à un art fermé, Poetry est un
film qui s'écoule comme cette rivière : à l'apparence
calme mais aux remous mortels.
Plus tard, incroyable surprise (pléonasme ?) sous le papier jaune
et le ruban vert. Le dernier Brett Easton Ellis est là,
devant mes yeux, déjà sorti. Déjà sorti ???
Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !*
* Cri d'hystérie intérieur.
Les sites web, c'est comme les restaurants. De temps en temps, faut simplifier le menu !
Le
bruit de la porte. J'ouvre les yeux. Entre les rideaux mal fermés
je devine qu'il fait beau, tout au moins qu'il fait vraiment jour... trop
jour. Je tends le bras. Ferme un peu les yeux pour voir plus nettement
ces quelques chiffres. Il est 9h07. Je devrais déjà être
au travail mais je suis dans mon lit. Meeeeerde, le réveil...
Le
ciel est inconstant, et j'aimerais finalement qu'il restât voilé,
cachant ce soleil trop bas pour me laisser le champ (de vision) libre.
Je suis là pour faire quelques clichés commémoratifs
: 65 ans plus tôt on libérait la ville. Plus tard, au hasard
des clics, je découvre et l'on me découvre. Je découvre
des clichés qui me ressemblent, du moins qui ressemblent aux miens,
les rares mots posés au-dessus me font sourire, c'est étonnant
ces similitudes, il faudrait que je creuse un peu plus souvent la photoblogosphère...
Et puis les mots, jolis mots que l'on pose sur mes images, on les compare
aux haïkus, on ouvre les portes
jaunes et l'on m'ouvre l'esprit. Va-t-on me pousser assez pour sortir
mes photos des tiroirs ?
Qu'entends-je ? Rien.
Sur
la table de bistro, des dizaines de pièces qu'il a sorti de son
sac et de ses poches. Elle sourit et s'en amuse, compte à sa place
et recompte pour payer le coca et le diabolo grenadine dans lequel la
paille remonte inexorablement. Je ne les écoute pas, les entends
à peine, tente de lire encore et encore ce petit texte d'Hervé
Guibert, magnifique, pourtant magnifique, mais l'esprit est ailleurs.
Sous leur table, des doigts frôlent sa jambe, peut-être ne
la touchent-ils pas, la timidité les séparant de quelques
millimètres. Elle sourit d'un merveilleux sourire. Comment voulez-vous
que je lise ?
Un peu plus tard, ce garçon qui joue divinement bien de la guitare,
des airs aux sonorités espagnoles sur le pavé gris qui surplombe
le parvis de Beaubourg, Beaubourg où j'entrerai pour caresser quelques
livres de la main ou du regard, et pour me faire un petit plaisir soldé,
soldissimé à dix euros, les caractères s'enchaînant
dans la poésie typographique des cinq derniers siècles,
courbes, déliés, empattements, William Morris, etc. Comment
voulez-vous que je résiste ?



La brume enveloppe je ne sais quelle vallée sous un soleil caressant
encore les cimes. Superbe lumière à travers la vitre du
tégévé tandis que tu dors, ou essaies encore, comme
les heures précédentes de cette nuit bruyante. Metz et la
Moselle nous tendent leurs bras... La Moselle ? L'âme aux ailes
ou des ailes à l'âme ? J'ai cru voir passer quelque esprit
nuageux dans le ciel bleu.
J'ai surtout vu passer cette journée sous les cieux des arts. Dès
l'arrivée, énorme surprise architecturale que la gare...
tout comme l'avenue Foch découverte en fin de journée, aux
maisons Art nouveau ancrée dans les symboles médiévaux...
Entre les deux et dans le désordre, les petites rues ou les grandes
artères, le pavé susano-siliconé du FRAC, l'insupportable
trio de musées à l'étouffant dédale, la fumée
blanche, la tronche en biais du cerbère du restaurant, l'adolescence
d'Émile Friant, quelques cygnes surexposés, l'oeuf poché
au foie gras, l'herbe d'un parc, et le Centre
Pompidou. Ah le Centre Pompidou : les remarques à la con devant
un fabuleux triptyque de Miro ou l'absence de cartes postales montrant
le lieu... On rêve...












Les écrans à l'entrée de l'UGC étaient noirs. Bug. Pas de films. Qu'importe, on remit la séance à plus tard, mais juste quelques heures plus tard et quelques dizaines de minutes de marche plus loin. Tamara Drewe nous attendait dans son short trop petit... Faut dire qu'il faisait bien chaud ce soir. Mais c'était peut-être juste un peu tiède, non ?
Sinon, pour les journées du patrimoine, c'est J-30...



Il pointa l'arme sur moi. Je ne craignais rien, le pistolet en plastique
noir était sans risques. La mère du petit garçon
était plongée dans quelques pages de papier à peine
glacé, titrées "The look" et ignora un certain
temps les paroles de son fils avant de lever la tête, prononcer
un "eh" vain, et retourner dans les images. J'étais moi-même
vaguement plongé dans les premières pages du Guibert acheté
la veille.
Le téléphone sonna tandis je marchais d'un pas vif après
un détour rapide mais tout de même trop long chez moi. "Je
suis en retard", déclarai-je illico. "Moi aussi",
répondit-elle. Cinq minutes plus tard — voyez comme le retard
était minime —, je composai le code au numéro
26. Catherine K* m'attendait : "Regarde qui est là, c'est
dingue". Oui c'était dingue le hasard, et cette soirée
aussi serait un peu dingue... ce couple qu'on suivra parce qu'elle avait
une tenue improbable, cette heure passée à attendre qu'un
chewing gum se fasse écraser, ces coucous à travers la vitrine
d'un hôtel, cette caisse qui bugue pour un paquet de chocolats,
et toutes ces Marie-Christine Barrault.
* À ne pas confondre avec Catherine D. même si elles fument les mêmes cigarettes





J'allai à la MEP le coeur chantant, j'en repartis le coeur bof bof... C'est bien la première fois que je fais toutes les expos en 35 minutes. Je sauve juste de cet océan de déception quelques photographes russes (Tiskov, Bendikov ou Korolev)... Tout ça s'est fini à la boutique avec un achat de deux belles cartes de euh... mince j'ai oublié son nom... ah oui Saul Leiter... et du livre "L'image fantôme" d'Hervé Guibert.
-
Tiens ce soir j'ai vu enfin vu All about Eve
- Ah ben oui dis donc, tu l'avais dans tes dévédés
depuis quand ?
- J'sais pas... deux ans ?
- Et alors t'en as pensé quoi ?
- Merveilleux !
- Moi j'adore la fin !
- La quoi ?
- La fin.
- Ah oui la fin ! Oui oui bien sûr la fin.
- ??? Me dis pas que...
- Ben si...
L'accueil est chaleureux, détendu, dans ce bureau lumineux malgré
tout. Les mots, selon de qui ils viennent, sont ensuite rassurants, étouffants,
remuants, étonnants ou terrifiants : j'avais oublié le sens
abject du verbe finir. Abject.
Ce qu'on me raconte au téléphone, plus tard, l'est aussi.
Moins violent dans les faits, mais tout autant insupportable dans les
idées. La haine des autres, j'apprends que certains la portent
(encore) en étendard, la colportent, la rapportent, la glissent
avec un prosélytisme sans vergogne à l'oreille de qui peut
bien entendre. Ceux là, avec leur haleine haineuse et leur bêtise
crasse, oublient parfois leurs origines (avec un z) ou leur éducation
pour cracher sur les autres parce qu'ils sont ceux qu'on amalgame à
quelques très vieux souvenirs d'une autre époque, parce
qu'ils ne vivent pas comme eux, ils portent des voiles, ils vivent dans
des caravanes, ils sont noirs, ils mangent kasher, ils sont arabes, ils
ont trop d'enfants et ils ont piqué la place du maraîcher
du coin, de l'épicier Félix Potin et de la caissière
du Carrefour. Un jour je vous parlerai de mon caissier préféré
chez Monop, il a une barbe longue comme mon bras, il est d'origine je-sais-pas-où-et-je-m'en-fous
et en plus il est malentendant.
Voilà... là, ça m'énerve. Non : ça
me fait vomir.
Je n'ai plus le temps de faire le parallèle entre homophobie et
racisme (parce que c'était quand même un vilain hasard qu'on
me parle de ça ce jour là), mais je vous laisse le loisir
de le faire. A bon entendeur...
Ambiance d'aéroport. J'ai toujours aimé les ambiances d'aéroport, les lumières artificielles se reflétant dans les sols étincelants, les gens qui passent, et repassent, et repassant encore, ceux qui attendent et attendent encore, flegmatiques ou stressés, soupirant ou roupillant. Orly est un film où la foule enveloppa pour mon plaisir visuel les protagonistes et leurs mots... Mais peu de plaisir tiré des mots, des histoires, des personnages trop inutilement bavards. Sauf peut-être de ce garçon-là et sa mère, parce qu'on y sentait quelque chose de plus profond... mais encore aurait-il fallu que ce quelque chose restât justement au fond...
Vaste déception venant du ciel et le temps passe, mélancolique, comme les nuages et les gouttes. Une dernière éclaircie pour saluer les grenouilles, au revoir, encore merci et à très vite, oui mais quand ? Dans le train, l'ambiance est adéquate pour travailler, malgré un oeil ou deux jeté sur l'écran de mon voisin ; à ma droite il regarde Avatar. A l'arrivée, c'est Grey's Anatomy au programme... Tiens tiens, they're back?
Rendez-vous dorénavant incontournable à Lectoure pour les Rencontres photographiques, la première année sous un joli ciel bleu, la deuxième sous un soleil torride. Et là ? Trop nuageux. Non pas que cela gêne pour regarder les photographies (cela aurait d'ailleurs éviter tous ces reflets dans le tribunal), mais pour la piscine en fin de parcours, la jolie piscine à l'herbe accueillante, c'est pas ça. La piscine était donc presque vide sous le ciel moqueur, la météo dans un court élan de générosité nous ayant offert... quoi... trente secondes de soleil dont on ne profita même pas ! Qui avait eu l'idée de mettre les serviettes à l'ombre ? Moi.
Et là vous me direz... c'est ben gentil ta météo, mais les expositions c'était comment ? Et je répondrai que ça sera pour mon blog photo, mais que Riva évidemment, que Salesse forcément et son parallèle contemporain avec Hortense Soichet, et que Juraj Lipscher surtout.



Et puis Agen, toujours Agen évidemment... soirée à errer, soirée aérée... Ce premier bar à vin improbable, filles filiformes et irrésistible choré Lady Gaguesque, ce deuxième bar où personne ne vint nous servir, ce troisième enfin, ce Malaga au cocktail du même nom avec Miss gros nichons refaits qui venait - je cite - de St Tropez, Aix en Provence, anglo-libanaise... C'était Lady blabla ?
Bretons : -2
Bordelais : +1
Soleil : 0
Il était donc
possible qu'il ne le fût
pas. Au
rendez-vous. Le soleil. Relisez mercredi 11. Ciel gris. Air frais. Trop
frais. "Il fait moche", te dis-je au téléphone,
ce qui
t'étonna : ton coin de Charente souriait sous le soleil.
Dans
Agen, vie calme mais agréable de compagnie, sourires aux
lèvres (épaisses ?*) on regarda les autres,
celui-ci,
mais non le grisonnant pas l'autre, celui-là,
là-bas,
l'air un peu seul malgré ses parents près de lui,
ou
elles, oh la la. On avait remisé la moindre envie
d'être
sérieux : elle resta coincée dans la paille du
mojito
comme de la feuille de menthe trop finement hachée.
* Private joke, ne cherchez pas à comprendre **
** Non je n'expliquerai pas ***
*** Non n'insistez pas. ****
**** Tsssst.



TGV
de 17h40 : destination Agen. Quatre jours au sud, en
espérant que le soleil sera au rendez-vous. Est-il possible
qu'il ne le soit pas ? Avant Bordeaux le ciel se noircit
intensément, inquiétant, et sur le quai de
correspondance la pluie passe à travers les
verrières. Train de nuit, fauteuil incliné au
confort imparfait pour qui ne veut pas somnoler. J'ai
terminé
avant l'Aquitaine le roman d'Oster, puis lu deux pages de Sollers, mise
en bouche agréable. Mais sur ce siège paresseux
je vais
et viens dans la lecture d'un ouvrage sur l'Ecole de Nancy,
cherchant quelques idées pour ce travail à
terminer.
Finalement la lecture est courte, le sommeil me
gagne un peu et je m'incline au propre et au
figuré.
A Agen il est là, il m'attend ; chez lui d'autres
visages aux reflets blonds, mais ceux du chat se font absents.
Ca y est. J'ai glissé l'enveloppe dans la grosse
boîte
jaune : j'ai enfin participé à un concours. Enfin
! Le
début d'une longue série ? Ce serait bien. Ce
serait
mieux que rien. Ce serait mieux que ces photos qui restent ici ou
là, inutiles, invisibles, sans partage, sans regards, sans
critique.
La jeune femme est un peu habillée comme une
écolière japonaise, de celles des photographies
d'Araki
par exemple, sans le bâillon. Jupe plissée noire,
haut
bleu, chaussures à talon. Accessoire : petit sac
à main bordeaux. Frange impeccable, cheveux raides noirs
évidemment : je n'ai pas précisé
qu'elle est
probablement japonaise. Je regrette d'avoir rangé mon
appareil
photo, le ressortir ne serait pas discret, et je la regarde, l'esprit
sorti de ce roman, Dans la
Cathédrale, Christain Oster vous
connaissez ? Mais si vous connaissez. Place Monge, elle se
lève,
hésite, regarde sur le quai, l'autre quai, semble chercher
le
nom de la station, s'approche de la porte, recule, vrrrrr,
ça
vrombit, elle avance, ouvre la porte, descend juste à temps
et
avec une assurance incroyable malgré ses talons et le doute
qui
assombrissait son visage deux secondes plus tôt.
- Ah ben dites donc, on aura bien bossé aujourd'hui,
regardez ces murs blancs, c'est solcarrelus !
- Mroeirufl meuglllglgueuue, neugeuleumeugosh, gromela Marlon Brando*.
* Marlon Brando, dans "La vengeance
aux deux visages" seul cow boy ventriloque de l'histoire
du sneumô.
- Du quoi ?
- Du sneumôôô.
- Hein ?
- Du seu-neu-môôô.
- Aaah si cinémaaaa !
Le lecteur assidu se rappellera qu'en temps voulu on causa de travaux.
Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que l'on n'en avait pas encore vu la
fin.
A en voir mes doigts blanchis par la peinture, le lecteur
soupçonnera que ça s'précise. La fin
est au bout.
Au bout du rouleau ?
Plus tard, vélo, Montreuil, la table à nappe
blanche ne resta pas longtemps sur la terrasse :
il restait encore de la tapenade dans le bol que la pluie vint brusquer
le dîner. On s'intalla donc précipitamment
ailleurs,
là où, malheureusement, il n'aurait pas fallu.



Le Chablis était
chaud, la truite saumonnée,
Le caviste pour un peu eût été
sermonné.
Dans le vase les lotus nous évoquaient Monet,
Mais les pauvres, trop flétris, leur glas allait sonner.
Mais je glissai la bouteille au freezer, remisai les rimes, et...




Elle était là, comme sortie miraculeusement du
film de la
veille, droite, debout, accompagnée, un peu le contraire de
la
veille en quelque sorte. Nous sortions de Tournée,
tu compris
mon signe de tête - le plus discret possible. Nous sortions
de
Tournée, tu étais enthousiaste, je
l'étais moins,
bizarrement, sans savoir pourquoi, je cherchais les mots et ne les
trouvais pas. Curieusement il me
faudra attendre le lendemain pour savourer le film et sa saveur
pétillante et fraîche, comme le Perrier bu avant
la
séance en compagnie de K.
LIBELLULE. Les dix lettres sont gravées sur le
siège
couleur vert d'eau où je m'assieds pour attendre un
quelconque
RER. Depuis trois jours, je me promène - à
supposer que
les trajets pour aller et revenir du travail soient des promenades -
sans appareil photo. Consciemment, le poids de la bestiole me
rebuttant, ou par mégarde, comme aujourd'hui, parce que bon
tout
de même deux jours ça faisait beaucoup. La
libellule
incrustée sous mes fesses devra, en tous les cas, attendre
ma
prochaine visite pour être immortalisée et,
pourquoi pas,
liée dans un diptyque plus intéressant que
réussi
avec les virevoltantes ailes bleues souvenirs de Corse.
Les souvenirs... Camille les cherche, son fils est mort. Mort. Elle...
Morel. Oui, tiens, Gaël Morel est justement le
réalisateur
de ce bel Après
lui : beau film, beau jeu, beau titre, belle
photographie... Ah ! Encore la photographie !
16.07.10 ? On en est loin. Les deux pains au lait au fond du
sac en
plastique jaune et bleu lui-même au fond du placard sont
vraiment
périmés. Légèrement
recroquevillés
sur eux-mêmes, ils me font penser à cet article lu
la
veille sur les japonais momifiés, mais ils ont
conservé
un peu de moelleux, et un aspect visuel supportable. L'un des deux fera
l'affaire pour ne pas partir l'estomac vide, une lueur d'espoir au fond
des yeux : des yaourts m'attendent au bout du trajet de ce RER
nommé ZAZA83.
Plus tard, ce Monsieur
presque fini, j'achète "Réponses
photo" pour garder quelques pages et ne pas fermer ce livre dr'une
centaine de pages si vite. Bonne idée, car dans le magazine
un
concours de saut me tend les bras.
Aller. BETISE. Le mot est écrit en majuscule sans
accent sur
le wagon du RER arrivant sur le quai et dans la fraîcheur
matinale où je supporte mon petit gilet en Tencel. Je viens
d'éclater de rire à la page 17 de ce Monsieur,
de Jean-Philippe Toussaint, commencé à peine plus
tôt. Page 19, je suis alors dans la rame, mes yeux se posent
sur
des pieds, les ongles peints en vert céladon, puis les
paupières. Même couleur. Elle ressemble
à Laura
Adler, en tout cas elle m'y fait penser. Dans mon souvenir Laure Adler
a les yeux maquillés en vert.
Retour. L'homme est plutôt âgé, il est
assis en face
de moi, porte une veste à carreaux Vichy bleu marine, une
chemise
grise, des chaussures marron, un pantalon à la
croisée de
toutes ces couleurs, et un panama blanc. Un grand parapluie
complète cet accoutrement qui se voudrait chic mais qui ne
l'est
pas, regardez les chaussures et cette sacoche plutôt laide en
matière synthétique noire. L'homme a l'air
austère, il regarde avec insistance la jolie trentenaire
à ma gauche, dévisage sa jupe,
déshabille son
regard. Soudain, il glisse sa main dans la sacoche, laissant
apparaître un stylo multi-couleurs de chez Muji je crois, et
en
extrait une boîte de chipirons à l'encre de marque
"Le
Connétable", remonte ses lunettes sur son front, et lit les
inscriptions sur la boîte. La scène m'amuse et la
soirée qui suit, pour un Anne-iversaire, m'amusera
également (mais bien plus), Pommard, visages
d'autrefois et musique d'un autre temps sur laquelle je marmonne une
imitation désarticulée de Charles A. Pour finir,
un fou
rire : ligne 11, trois jeunes aux répliques tordantes ("Elle
a
pas de ticket, Amy Winehouse !") et la chûte de strapontin
imprévue.
Herr Fûté, Bison de son
prénom, nous avait fait
craindre le pire avec ses prévisions dans lesquelles les
kilomètres de bouchons s'étendaient comme...
heu... oh la
la tous ces kilomètres. On imagina donc le pire :
itinéraires bis embourbés, déviations
enrhumées, pare-chocs frottés... La
virée chez
Cocteau fut donc remise à plus Coctard.
De virée il fut tout de même question, puisque
l'on vira.
De la petite pièce plutôt sombre malgré
l'ampoule,
on vira des objets en tout genre, fichus ou devenus inutiles au fil du
temps : des bout de bois, des tiges en métal, des planches
en
mousse, un transat, une planche à repasser, des chaussures
de
randonnée, des bottes en caoutchouc , et combien d'autres
souvenirs qui heureusement ne me concernaient pas : point de
légère nostalgie à remplir la benne.
Et puis O' vint, et je cherchai comment glisser un jeu de mots fait d'O
et de vin. Ce sera pour une autre fois.
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