Le journal de l'Arno - juin 2009

 

Mardi 30

Vous savez qui va jouer avec un lomo bientôt, dès qu'il aura acheté une pellicule ? C'est moi !

(Revenez plus tard j'aurais peut-être trouvé un autre truc à raconter... Ah ben oui parce que par exemple je suis passé voir l'épicière et il a laissé entrer deux lesbiennes et une américaine avec un chien monstrueux... ça devient infréquentable cet endroit...).

C'est dommage en général j'essaie de finir le mois de manière poétique. C'est loupé.

Lundi 29

Après la chaleur rèche de ce début d'été, celle moite des bains publics dans celle étouffante d'une salle de cinéma. Car Bania, de David Teboul, est une chorégraphie d'hommes dans des bains publics russes. Des corps principalement vieux, avachis, abîmés, tordus, sauf lorsque la buée s'installe sur la caméra, comme si elle refusait de filmer les corps plus jeunes, ceux qui n'ont pas vécus. Au milieu de cette nudité, un inutile ballet de corps en gros plan. Pourquoi ?

J'ai fini par enlever mes chaussures puis rapidement et discrètement mes chaussettes. Naïvement j'ai cru que c'était pour cela que j'avais moins chaud ; ils avaient simplement mis la clim. J'étais probablement trop absorbé par le film suivant, Retour à Kotelnitch pour réfléchir à la raison de mon mieux être. Car le film d'Emmanuel Carrère, nous plongeant lui aussi dans la Russie contemporaine, est un film splendide qu'il faut juste voir, parce que si l'on vient lire un journal comme le mien, on aimera de toute évidence un bout de journal comme celui-là.

PS. En fait au départ je pensais parler de Bania différemment, parler des bassines en plastique sans lesquelles on aurait pu croire que le réalisateur avait fait un bond dans le temps.

PPS. En fait au départ je pensais parler de Retour à Kotelnitch différemment, parler d'une scène très courte qui a failli ne même pas survivre au montage, une scène se déroulant à trois heures du matin, la lumière du soleil éclairant encore cet endroit tellement au Nord, la lumière, oui, la lumière, quelle lumière et quelles couleurs !

Dimanche 28

Aujourd'hui, le guide Gault et mouillés vous conseille Les Bains des Docks, un lieu absolument magique pour nager ou faire de la balnéo. Le guide Gault et mouillés étant pro jusqu'au bout des palmes, nous avons testé l'espace balnéothérapie où y a tout ce qu'il faut avec des remous comme ci, des remous comme ça, de l'eau chaude comme ci, de l'eau froide comme ça, un sauna, un hammam, et même les vélos dans la piscine mais on pédalait presque dans le vide ah non mince j'avais promis de ne dire que du bien de cet endroit. Ben oui parce que le lieu est magnifique, voire magique, en particulier la piscine extérieure (cf. les photos du site qui valent mieux qu'un long discours), c'est Jean Nouvel tout de même... mais les petits morceaux de carrelage qui se décollent et le vestiaire pas bien grand, on peut faire mieux. Bref on s'en fout, il faisait beau, c'était bieeeeen... Jalouses ?

Hein ? Ah oui oui on a fait du culturel aussi avec le musée André Malraux, une jolie collection dans un joli endroit à la muséographie étonnament moderne pour un lieu ouvert en 1961. Mon coeur aura surtout penché pour les études de vaches d'Eugène Boudin, pour la Valse de Félix Valotton et pour La Parisienne de Kees Van Dongen.

Sinon le guide Gault et mouillettes ne vous donnera pas d'avis sur la restauration havraise vers 15h30... Le roi de la frite face à la Gare, c'est vraiment pas glamour.

Pour avoir un peu de glamour il suffisait que je rentrasse chez moi après deux heures et demi mal assis dans un train... Qui étais dans le salon quand je poussai la porte d'entrée ? Carole B. Ben oui, parce que je le vaux bien, non ? Hein ? Ah on me dit dans mon oreillette que le slogan n'a rien à voir avec elle...

Bref, de toute façon star ou pas star, moi je voulais juste prendre une douche et puis je devais repartir aider N qui était noyée dans Flash... occasion de retourner dîner (fissa pliz, c'est pas le moment de traîner) chez la biseuse de sashimis.

Samedi 27

Il est 20h24.
Cher chante sur fond de techno "dou iou beuliv inlav avteur lov". Cela va-t-il pu tout gâcher ? Non.
Car je suis à la terrasse d'un bar face à la Manche, un verre de Chardonnay décoré de condensation posé devant moi. Je repense à la journée qui vient de s'écouler pour écrire ces quelques lignes dans mon petit carnet rose : le réveil avait été en douceur, le trajet en train avait été presque exquis, la journée s'était avérée ensoleillée, la chambre d'hôtel avait vue sur le volcan de Niemeyer, la viste de l'appartement témoin d'Auguste Perret nous avait replongé 55 ans en arrière, la découverte de architecture locale avait été un moment très intéressant et étonnant, la baignade dans l'eau froide locale avait été revigorante, et le resto nous attendait... un resto qui allait être agrémenté du service assez particulier d'une serveuse peut-être un peu émotive.
Bref. Encore une bien belle journée normande.

 

 

Vendredi 26

Après l'effort d'une journée qui s'était un peu éternisée, après l'effort d'une heure de sport sans le moindre enthousiasme*, le réconfort d'un petit resto thaï de la rue Ste Croix de la Bretonnerie, un resto plutôt cher mais plutôt bon où l'exotisme des assiettes m'a fait pensé à ailleurs. Ailleurs comme demain, et même si ce n'était pas l'Asie qui m'attendait, l'horizon me semblait suffisament bleu et différent pour m'en extasier. De surcroît (de la Bretonnerie) on a eu deux fois des amuse-bouche.

* sauf de regarder les autres.

Jeudi 25

Une robe à fleurs, un bas filé, un chausson troué, elle est restée chez elle pour faire le ménage. De l'autre côté de la cour, un homme au style bien plus impécable : seul un bout de son col dépasse. Tous deux vont faire connaissance, grâce au mainate de la première qui s'était échappé, lors d'une journée particulière. Au-delà d'une approche politique filmée de manière presque étouffante à cause d'un fond sonore mussolien omniprésent, un film magnifique sur le désir et le déni et celui-ci...

C'est ce qui s'appelle faire bon mainate...

Mercredi 24

Elle pleurait à chaudes larmes. Chaudes ? Quelques 37 degrés Celsius. Assise sur ce lit aux dimensions particulières, elle venait de voir sa mère franchir la porte. Et elle pleurait.
Je ne l'ai pas laissée longtemps dans une telle peine et une si grande solitude, et je suis facilement parvenu à faire cesser ces larmes par quelques arguments efficaces. Comment alais-je pouvoir la photographier avec des yeux si rouges ?
Hé oui, quand certains commencent le baby-sitting à l'adolescence pour se faire de l'argent de poche, j'ai commencé cette activité généralement nocturne à l'âge où bon nombre de mes congénères ont déjà procréé une fois, deux fois, trois fois, adjugé, vendu ! Il m'a suffi de me plonger dans mes souvenirs de fils d'assistante maternelle et dans mon instinct pour gérer sans encombre ni trompette les quatre-vingt minutes qui ont séparé les larmes des paupières closes. Quoi que... souvenirs et instinct sont-ils utiles pour jouer à la pâte à modeler, ouvrir une boîte de thon, faire cuire des coquillettes et couper en petits morceaux du fromage capricieux à pâte molle ?

Mardi 23

L'ami de Frédéric était un grand jeune homme très maigre et très timide, avec une tête d'alezan coiffée en brosse complexe, queue de canard dans la nuque et sur le front trois mèches brushées en décrochements ; sa coupe de cheveux devait constituer un poste à part dans son budget.

Hé oui, j'ai continué à lire ce Lac de Jean Echenoz... D'ailleurs ça fait quoi, "Lac de Jean Echenoz" en contrepèterie ? Zac, j'en lèche deux, no ?

Lundi 22

Où l'on lut du Victor Hugo, du Lamartine et du Prévert, pour voir accrocher une cloche au cou des boeufs, voir des feux sur les côteaux ou se dire que martyre, c'est pourrir un peu.
Hé oui, j'ai commencé la sage lecture du "Que sais-je ?" sur la contrepèterie...

Dimanche 21

Le lendemain de fête n'aura fort heureusement pas été pénible. Ni casquette contrairement à certains, ni nuit trop courte contrairement à d'autres... Six heures de sommeil et un demi cachet auparavant, voilà qui m'a suffi...

On oubliera les fédulogismes post-fiesta et les rocambolesques chassés-loupés-croisés rendezvouso-téléphoniques (oubli de tél pour l'une, tél qui ne capte pas pour l'autre) de la journée pour résumer ici les activités culturelles du jour...

Beaubourg avec les installations et le film de Philippe Pareno (seulement 8 minutes d'américains regardant passer le train transportant la dépouille de Robert Kennedy, film que j'ai beaucoup aimé) et avec l'installation et le film de Laurent Grasso (que je n'ai pas envie de décrire mais que j'ai beaucoup aimé mais peut-être un peu moins, aimé malgré trois gamins mal élevés gigotant devant l'écran).

Le canapé avec "Même les assassins tremblent", un film de Dick Powell de 1953, thriller westernien en huis-clos dans une ville fantôme sur fond d'essais nucléaires avec les méchants qui meurent à la fin.

La boutique Salvatore Ferragamo pour un concert privé* de Barbara Carlotti. Aaaah Barbara, ta robe verte et lumineuse comme une clairière en juin, tes chaussures jaune comme un soleil de juin, ta voix chaude comme une après-midi de juin, tes chansons délicates, fines, drôles, légères, amoureuses, entêtantes, enivrantes, envoûtantes comme un... euh... comme... mmm... comme une caresse de juin... Hein ? Ben oui je la tutoies, hé hé vous êtes jalouses, hein ?

La table pour dîner en écoutant... Barbara Carlotti. Allo docteur ? C'est la noiraude ! Je ne sais plus quoi faire, j'écoute Barbara Carlotti en boucle.

Le lit avec le début de Kitty Foyle avec Ginger Rrrrrroooogeeeerrrrssss Rrrrroooonnn pscchhhhhh rrrrooooon psssshhhh.

* tout est relatif puisque je suppose qu'il y avait des spectateurs dehors mais eux ils n'ont pas eu de bulles.

Samedi 20

Alors d'abord je me flagelle et je présente mes excuses publiques pour les râtés de la soirée... Evidemment j'ai adoré faire l'ambassadeur (meeeerde j'ai oublié les feureuro), mais l'ambassadeur il s'est pris les pieds dans le tapis rouge à quelques reprises et il s'en mord les doigts. Va falloir prendre des cours chez Nôdine de Routchine en prévision de la prochaine fiesta.

Alors ensuite j'espère que tout le monde a passé un bon moment parce que c'était le but de l'histoire, hein... Je remercie donc tout le monde d'être venu mettre de l'ambiance. Euh non... peut-être pas tout le monde.

Alors sinon j'étais bien content de voir des gens que je vois rarement mais comme j'ai fait l'ambassadeur j'ai à peine dit autre chose que "ça va ?".

Alors enfin je remercie ceux qui ont eu l'audace / la gentillesse / le toupet / la folie de venir avec un cadeau d'anniversaire à cette fête alors que non, je le répète, ce n'était pas une fête d'anniversaire mais ça j'avais qu'à être plus clair dès le début. En tout cas je suis extrêment gêné car entre ce samedi et ce vendredi, je n'ai reçu que des cadeaux que j'adore (et je n'ai même pas besoin de mentir)*.

Bon ben en tout cas vivement la prochaine fête...

Message perso : maman j'ai besoin de tes conseils car on m'a offert une superbe orchidée (pléonasme)...

Note à moi-même : se secouer et envoyer un message de remerciement à tout le monde et à chacun.

* Le "Que sais-je ?" sur la contrepèterie, le "1000 signs" de chez Taschen, "Parfum de glace" de Yoko Ogawa, "Le doigt de dieu" de Rony Edry, un polo 75% lin 25% coton couleur taupe de chez L., un slip rose de chez A.A., un tee-shirt bleu canard de chez Gaspard Y., un coin de cheminée Art nouveau, un cadre Art nouveau avec des chardons à chaque coin, une orchidée et plein d'amitié.

Vendredi 19

Ranger. Débrancher.
Nettoyer. Se noyer.
Savoir chercher. Avoir séché.
Se revoir. Recevoir.
Remercier. Amitier.
Qu'as-tu fait ? Café.
Attendre. Atteindre.
Hésiter. Se mouiller. Se tremper ? Se tromper.
Ne pas courir. Courser.
Faire ses courses. Courrousser.
Revoir. Zyeuter. Rizotter.
Où nicher ? Canicher.

Je vous avais habitué aux jeux de mots. Aujourd'hui c'était jeux de verbes.

Jeudi 18

Non. Finalement non. Je ne suis pas allé à l'Entrepôt. J'ai préféré ranger. Enfin... non... je n'ai jamais aimé ranger, alors préférer ranger est une absurdité, une faute de langage, une folie mes amis une folie ! Disons qu'il était plus judicieux de ranger pour respecter un minimum le timing pré-festivités. Tant pis pour YSL par David Teboul, tant pis pour Valérie Mréjen... Y a pas d'plaisir.

Mercredi 17

La durée. Parce que se faire servir au Café Marly nécessita une sorte éternité pour un tel lieu.

Ladurée. Parce que les serveuses du magasin à la devanture verte prirent leur temps pour servir leur clientèle (alors que nous, nous voulions juste jouir le plus vite possible de quelques macarons, qui à la bergamote, qui au caramel, sans oublier le fameux cassis-violette).

La durée. Parce que, pour la première fois de ma vie, j'ai quitté une salle de cinéma 30 minutes avant la fin d'un film. "Ce cher mois d'août" avait déjà fait défiler deux heures devant mes yeux, et malgré le plaisir à voir se mélanger vrais-faux acteurs et faux-vrais personnages pour petit à petit dessiner la trame de la vie d'un village portugais en plein coeur de l'été, oui malgré ce plaisir là, ben... ça suffisait. Un peu comme un bon gâteau dont on ne reprendrait même pas une miette supplémentaire parce que non vraiment là je suis gavé. Il était bien plus agréable de rentrer, grignoter et écouter religieusement la voix d'Alela Diane.

Et maintenant imaginons. Imaginons de l'on attende d'être sous la couette pour manger des macarons.
Moralité : Ladurée allité, la dure réalité.

Voilà.

Mardi 16

- Alors ça s'annonce comment ?
- Ben on devrait être entre 25 et 30.
- Tant que ça ?
- Tu rigoles ? J'avais invité plus de 60 personnes.
- Tant que ça ?
- Ben entre les collègues, les anciens collègues, les blogueurs, les amis "Art nouveau", etc. multipliés par deux quand ils sont en couple, ça grimpe vite...
- Mmmm... c'est pas un peu léger d'accoler le mot "couple" au verbe "grimper" ?
- Pfff t'es lourd...

Lundi 15

Face à l'écrit, face à l'écran, me voilà soudain bien embarrassé. Pourquoi ne pas trouver, comme je le fais habituellement, un chemin, une évocation, un détour, un acharnement sur un détail ? Pourquoi ne pas savoir quoi dire ? Quoi dire ? De quoi parler ? Parler de la construction, du surréalisme, de la joliesse des chants d'enfants, de ce qui les attend, de ce qui nous attend, de l'imag(inair)e des séries japonaises de mon enfance, de la nature, du chat, parler de la construction évidemment, j'y reviens, c'était mon idée de départ, parler de cette seconde partie où elle raconte la première, parler de la question de point de vue, de la narration, des sonorités de la langue japonaise. Il y avait plein de choses à dire sur Rice Bowl Hill Incident, je n'y suis pas parvenu.

Dimanche 14

Un SMS positif en fin de matinée, et l'on pouvait se lever du bon pied. Puis, du bon oeil, voir la même personne que la veille, cette fois pour la former à Flash. Ainsi, grâce à moi, mesdames messieurs, une série en prime time sur téhéfin aura des points clignotants bougeant sur une carte. C'est pas dingue ça ?

Un bidonnant dîner japonais pour finir la soirée avec entre autres un sosie de Dingo et une patronne qui me salue par un "Au revoir mon grand". C'est pas dingue ça ?

Un film avec un homme nu qui fait du toboggan dans un hôtel, et si je ne connais ni l'hôtel ni le toboggan je connais l'homme. C'est pas dingue ça ?

Samedi 13

Duras Echenoz Ernaux. Les trois noms se suivaient sur l'étagère de la librairie. Amusant, non ? J'étais venu chercher un peu de lecture : j'avais oublié mon Lac chez moi et je cherchais quelques occupations pour patienter. Parce qu'à 13h je l'ai rejointe à St Antoine. Parce que finalement à 20h je quittai ce lieu sans elle ; ils souhaitaient l'observer.
Entre temps, tant d'attente. Tant de petits événements, tant de personnages, tant de moments à côtoyer la douleur et la misère, la folie et la rigidité, tant de pleurs et de rires. De rires, oui, parce qu'il faut évacuer et que cette femme qui marchait comme on danse aura été notre deuxième soleil de la journée, le premier étant celui qui régnait au-dessus de la terrasse aménagée dans la cour.

Duras Echenoz Ernaux. J'ai acheté pour patienter un récit de la première qui revient régulièrement dans nos conversations. J'ai acheté un roman du deuxième qui revient lui aussi régulièrement dans nos conversations, un roman à offrir. J'ai acheté deux livres de la troisième puisque tu ne la connais pas.

Duras Echenoz Ernaux. Je crois qu'aucun de ces trois noms n'a été cité lors du dîner. Un dîner amical à la fraîcheur d'une terrasse et à la chaleur d'un barbecue. Un dîner bienvenu pour moi après une telle journée !

PS. J'ai aussi acheté un superbe livre sur le graphisme mais je n'ai pas su où le placer dans les paragraphes précédents.

Vendredi 12

C'était donc la journée des départs ?

Celui d'Oswald, page trente-trois de ce Lac d'Echenoz.

Ceux qui donnent le titre au joli film "Departures", un film plutôt touchant (et qui toucha le jury des Oscars), mais un film où je me serais volontiers passé de quelques inutiles dégoulinades, à croire que les larmes ne suffisaient pas et qu'il fallait du sirupeux musical sur fond de vol de flamands roses.

Celui qu'elle n'a pas choisi. Dernier jour pour S. Mais avec qui vais-je avoir quasi quotidiennement des conversations de filles aussi artificielles que l'éclairage du sous-sol ?

Jeudi 11

Vous étiez assis dans votre fauteuil de cuir noir aux montants chromés. J'étais assis sur un strapontin de velours aux montants verts. Vous étiez inoccupé. Moi j'étais à couper. Je descendis promptement : l'arrêt de bus est juste en face.
"Une coupe d'été ?" furent les premières paroles que vous prononçâtes dès que je fus installé dans le fauteuil de cuir noir aux montants chromés. Je confirmai, puis cherchant un sujet de conversation, je tus la soupe précédemment avalée chez F, je tus la faible motivation d'aller ensuite à la salle de sport et l'on parla donc de destinations connues ou inconnues, telle que Marseille qui m'attendait mi-juillet, de quoi encore qu'importe peut-être la pluie, sûrement le beau temps au revoir à bientôt un dernier sourire et je franchis la porte.

Mercredi 10

Quelle idée saugrenue d'avoir abandonné mon parapluie là-bas, au pied du banc, tu sais, à côté de la porte d'entrée. Le voilà sûrement rangé. Me voilà assurément dérangé.

Mardi 9

- Oh la la la la mon cher Nelson quel exploit !
- Oh la la la la ouiiiii my dear Patrice, je crois que nous venons d'assister à un recooooord de France mon dieu c'est exceptionneeeeeeeeeel !
- Oh la la la la la on attend le temps des juges mais que dit votre chronomètre mon cher Nelson ?
- Oh la la la la my dear Patrice, moi je dis 1h18'24''. Mais ouiiiiiiiii ouane aweure èilletine minüts and touènetifaure segueundss !
- Oh la la la la la, dommage que la Karelle ait dû aller se coucher.
- Oh la la la la la ouiiiii car le record d'Europe des soeurs Piplettes n'était pas loin.
- Oh la la la la la oui vous avez tout à fait raison Nelson !
- Oh la la la la la oui en plus quel final avec ce scoop qui va faire la une des gazettes, non vraiment Patrice quelle soirée quelle soirée oh la la la la what an evening pour l'Arno mais il faut dire qu'il s'était bien échauffé avec sa mother et puis Bwounoooo.
- Qui ?
- Bwounoooo.
- Hein ?
- Bwounoooo.
- Aaaaah Brunoooooo.

Lundi 8

Voilà bien longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Quoi ? Suivre une formation ! M'y voilà pour deux jours pour mieux connaître le référencement de sites web.
Hein ? Je ne fais pas d'effort rédactionnel pour cette journée ? Ben non, revenez demain. Allez... Messieurs dames, il est tard, je vous tire ma référence.

Dimanche 7

Il avait eu un doute sur ma date de naissance il y a quelques semaines, face aux cases de la déclaration d'impôts ; j'avais trouvé ça... pas étonnant, peut-être juste bizarre, en tout cas moi je ne me tromperais pas. Et pourtant. Pourtant aujourd'hui, ce n'était pas aujourd'hui. C'était hier. Moi aussi je m'étais trompé.

Hasard, je suis allé le voir, non pas parce que ce n'était pas son anniversaire, mais parce que je venais voter : j'ai toujours des attaches démocratiques dans mon ancien quartier. Je suis allé le voir et j'ai vu ; surpris.

Et ce n'était pas tout, pourtant cela aurait pu suffire, non ? Oui mais non, direction l'Entrepôt, lieu baigné du souvenir d'un beau film russe devant lequel je m'étais tout de même endormi. Mais cette fois point de soupir de s'assoupir. Un vraiment beau moment avec "La vie ailleurs" de David Teboul, et un vraiment beau (mais un peu petit long) moment avec "Sablé-sur-Sarthe, Sarthe" de Paul Otchakovsky-Laurens. Et je ne dis pas ça pour les raisons que vous savez (ou que vous ne savez pas d'ailleurs). Les deux films traitent avec pudeur de la relation aux êtres et aux lieux, les lieux que l'on subit, que l'on quitte, que l'on retrouve, que l'on souhaite oublier, que l'on perd. Comme les gens.
D'ailleurs, je pensais commencer ce journal du jour en décrivant un passage du film de P.O.L., un passage où des lieux sont associés à des noms, un passage qui m'a plongé vingt-cinq ans en arrière.
Mais j'hésitais aussi à commencer en parlant de moi, de mon rapport aux villes où j'ai vécues et que j'ai quittées, de ces vies que j'ai vécues et que j'ai quittées.
Et puis, je m'étais dit que j'allais plutôt commencer en rappelant un passage de "La vie ailleurs", un passage où un jeune homme, au look "rasta", raconte qu'il aime écouter la 7ème de Beethoven parce que les passages des piano aux mezzo forte lui rappelle le caractère de son père. Très beau témoignage, parmi tant d'autres...

Et enfin, en toute fin, tu m'as dit "Tu devrais". Je t'ai répondu "On me l'a déjà dit". J'ai ajouté "J'y ai déjà pensé" : après tout pour cela il faut bien que je sois mon propre guide, non ? Mais, sais-tu que depuis je ne pense plus qu'à cela ?

PS. Les abeilles qui votent sont-elles des bulletineuses ?

Samedi 6

Voilà longtemps que je n'avais pas chantonné "As Tears Go By", et voilà la première fois que je la chantonnais rue St Martin, les bras engourdis sous le poids de quelques sacs plastiques remplis de denrées alimentaires ou pas. J'avais la chanson dans la tête et des "of rain pouring on the grou-ound" dans la gorge suite à une rencontre avec son interprète. Une interprétation plutôt lointaine. Combien d'années ? Une rencontre plutôt lointaine. Combien de mètres ? Moi, au rang A du 2ème balcon de la salle Pleyel. Elle, Marianne Faitfhull, au premier rang d'un orchestre pour les Sept péchés capitaux de Kurt Weill, sur des chemins qu'elle (micro)sillonna de sa voix rauque.

En première partie, on baigna déjà dans de la musique de l'entre-deux guerres, avec la Music for the Theatre aux relans effectivement cinématographiques de Aaron Copland, et avec la suite de 1919 de l'Oiseau de feu de Stravinski, un moment... comment dire... voltigeant et brûlant ?


Bon sinon, cher lecteur, je fais une soirée festive 20 juin, et si tu me lis et que tu veux te joindre à nous, plus on est de fous, plus on est de fous...

Vendredi 5

Parfois je rêve d'un boulot sans bugs, sans pression, sans stress, sans emmerdes. Un boulot chiant me direz vous... Non, rétorquerais-je, j'ai eu des boulot très intéressant sans me ronger les ongles et flipper en relevant mes mails le matin. Bref, tout ça pour dire qu'aujourd'hui a été une journée merveilleuse terminée à des heures qui n'ont même plus de nom. Bref. Heureusement, Monsieur Propre est là pour tout nettoyer dans la maison ! Dring dring v'là la Natt qui fait dring dring à la sortie du boulot et nous voilà partis dîner africain sur les boulevards y a tant de choses tant de choses tant de choses à voir.

En fait c'est là que je devrais vous parler de notre voisin de table, un asiatique à l'accent à couper au couteau, et aux manières... mmm... particulières : et vas-y que je regarde dans le sac de Natt, et vas-y que je parle tout seul, et vas-y que je bouffe comme un porc et que j'en mets partout par terre, et vas-y que je frappe mon verre sur la table en le reposant... Evidemment, ce fut dur de retenir nos rires au bout d'un moment de ce spectacle surréaliste. L'homme était probablement légèrement simple d'esprit, il ne fut donc pas très chrétien de rire de lui, ok ok. Mais tout de même, qu'est-ce-qu'on a ri ! A propos de ri on a très bien mangé, mais bon quand même la sauce aux feuilles je ne sais pas si j'en reprendrais. Parce que des arêtes de poisson dans un plat de viande, ça fait bizarre tout de même, non ?

(Pour ceux qui avaient déjà lu jeudi, relisez la fin de jeudi j'ai ajouté un truc que j'avais oublié)

Jeudi 4

"Maintenant je me souviens de vos anniversaires : je note les dates dans un carnet". Une petit phrase, loin d'être anodine et à l'image du livre, une phrase parmi tant d'autres qui constituent "Eau Sauvage" de Valérie Mréjen.
Après "L'agrume" dont j'avais parlé ici récemment, je me suis plongé le week-end dernier dans "Mon grand-père", recueil de souvenirs familiaux et analyse amère de vacheries généalogiques conscientes ou inconscientes, laissant poindre de temps un temps un rire un peu trop jaune.
Me voici à présent le nez dans "Eau Sauvage", qui décortique cette fois les phrases d'un père (ceui de l'auteur) à sa fille. Là encore, j'ai souris ou ris, parfois face à des phrases aux aspects parfois méchants ou égoïstes... Mais cette eau sauvage est surtout une eau trouble où se noie la communication entre un père et ses enfants.

Il me reste donc à m'intéresser aux films de Valérie Mréjen, fims vers lesquels j'ai envie de courir. Cette envie sera alors à l'inverse de celle ressentie ce soir sur ce fauteuil trop bas du meukeudeux Beaubourg. Sans réfléchir, j'avais proposé que l'on aille voir le dernier Raul Ruiz, juste parce que ma curiosité se base souvent sur un détail, un nom, une affiche, un rien.
Alors... comment dire... je crois que c'est la première fois qu'un film m'exaspère autant. Je ne vais donc pas en parler, ça ne servira vraiment à rien, et puis après tout rien ne vous empêche d'aller le voir.
(Et en plus l'image est super moche, on dirait que c'est filmé avec le téléphone portable de sa cousine)

J'aurais préféré parler de Macao, de Joseph von Sternberg, mais on a juste laissé le temps à Jane Russell* de piquer le portefeuille de Robert Mitchum** sur un paquebot et puis on a éteint parce qu'il était tard (petit navire).

* Tellement en sueur qu'on l'appela Jane ruisselle.

** A force le respirer de la poussière de laine, la mitchoum

(Ben oui, hier y a pas eu de calembours, alors ce soir c'est double ration).

Mercredi 3

Paris brûle-t-il ? Non ! Car je l'ai sauvé des flammes !
Bon... euh... c'était juste un mouchoir en papier qui se consumait lentement dans une poubelle dans le parc après avoir mangé une salade au soleil et au jambon. Mais bon, j'ai pas droit à mon heure de gloire moi aussi ?

Mardi 2

Je n'avais pas forcément compris le rapport direct entre les bouchons et le fait de dîner ensemble, mais voilà tout de même Natt m'attendant en double file sur la place Gambetta pour prendre la direction de chez Valentin qui (ENFIN !) avait de la place pour nous. Un couple avec (leur ?) enfant insupportablement bruyant nous fit craindre le pire, mais leur départ s'avèra rapide — avions-nous même avalé un gorgée de notre verre de vin ? — et nous pûmes blablater sur... sur quoi déjà ?

Arrivant chez moi, c'était mini-fiesta pour la projection d'un docu de Y. Il me présenta une huitaine de prénoms que j'oubliai rapidement, un petit verre de vin rouge pour accompagner les bonsoirs puis une goutte de rosé qui fit déborder le vase de mes bonnes intentions, et je filai m'affaler vacillant.

Que dit-on de celui qui a l'estomac retourné par trop de boisson au cola ? Qu'il vacille de coke.

Lundi 1er

La femme parlait bien fort, son mari la contredisait ; le chien et l'organisation du départ était le sujet principal de leur conversation à la terrasse d'une pâtisserie où l'on dégustait un délicieux croissant. Ils étaient un peu à l'image de la population locale, ils étaient un peu riches, un peu pénibles, un peu vulgaires. Le lieu s'appelait le Charlotte Corday et l'on s'étonna au départ qu'on rendit un tel hommage à cette femme mais il doit bien se planquer quelques aristocrates amers et revanchards dans le bottin local.

Deux heures plus tard, nous étions assis dans un train, direction Paris mais changement à Lisieux. Une pointe de tristesse après ces deux jours ensoleillés nous auraient offert lisieux pour pleurer, mais non, j'étais juste content de ces deux jours, et content de retrouver Paris.

- Alors cher docteur, comment va Marat aujourd'hui ?
- Ma foi, je l'ai trouvé très beau. Mais il tousse !
- Ainsi, pas laid, Marat tousse trop ?

... Attention mesdames messieurs, en juin, grande braderie sur les calemboooouuurs !

(Je crois que ce bandeau à l'envers me donne la nausée)

Note à moi-même : penser à parler de "Mon grand-père" de Valérie Mréjen pendant ou après lecture de "Eau Sauvage"