La mort, le silence, du plaisir et quelques soupirs pour ce samedi. Parce
que l'envie de lire les 110 dernières pages de ce Musée
du Silence avait été, le matin, plus forte que la paresse
ou la faim. Parce que Y est virtuellement de retour. Parce que ce poulet
fut divinement rôti. Parce qu'un amusant et funeste cortège
de morts vivants venait à ma rencontre rue du roi de Sicile.
Et donc, malgré cela, des soupirs, de ceux qui ne sont pas synonymes
de plaisir. Parce que je dus patienter bien longtemps devant l'agence
commerciale de la RATP pour un simple changement de zone. Parce que l'Espace
315 de Beaubourg ne m'a rien évoqué. Parce que deux films
devant lesquels je me suis endormis : les matinées lectures c'est
bien, mais il me semble que ce n'est pas assez reposant.
... Deux films donc ce samedi.
D'un côté, au cinéma : Irène. Alain
Cavalier déterre les souvenirs et nous parle un peu d'Irène,
cette femme qu'il a aimée et qui est morte en 1971. Il parle aussi
beaucoup de lui, de son amour pour Sophie Marceau comme de sa chûte
dans un escalator : il souffre, il a souffert. Elle aussi souffrait. Il
en souffrait. Or évidemment la souffrance est laide, la souffrance
ne mérite aucun décorum, ni dans l'image, ni dans le cadrage,
ni dans le son, ni dans les sentiments, ni dans les souvenirs. Pas même
dans la voix. J'aurais aimé au moins la diction d'un P.O.L. Résultat
? Triste résultat : la laideur brute de ce récit sans artifices
ne m'a pas ému, ne m'a pas plu.
D'un autre côté, sur l'écran d'une télévision
: L'année dernière à Marienbad.
L'opposé d'Irène. Beauté plastique, beauté
vocale, absence de récit, nombreux personnages dans le cadre, fascinant.
Tu me dis photos d'Edouard, je te dis David Lynch, on compare à
certains stylistes de la photo et du cinéma mais à quoi
bon comparer ? Tu m'avais dit que c'était un film envoûtant.
Non c'est un film fascinant. Et c'est finalement Morphée qui m'a
envouté. Objectif : le revoir, en entier, vite.



Il ne restait que quelques finitions, mais il m'a proposé de passer voir le résultat. Un joli résultat sur l'extérieur : nouveau tissu, nouveau colori. L'intérieur dévoilé était en revanche sujet à questions et la liqueur était trouble, mais sa robe rouge était bien plus à mon goût que cette fichue chose au vert si sombre et si laid que je n'espérais qu'une seule chose : la casser par maladresse.
Les films d'Hitchcock, tout le monde s'accorde à dire qu'ils vous captivent. Oui mais celui-là, il n'a pas réussi à être plus fort que mon besoin de sommeil, et je ne sais donc toujours pas si l'homme qui en savait trop en sait toujours autant.
J'avais hésité. J'avais finalement mis cette cravate vert pomme, assortie à mes chaussettes, mais en trop léger décalage avec le vert de mon pull sans manches. Il est monté à place d'Italie. J'ai détaché mon regard des lignes de mon livre pour lever les yeux vers lui. Sa cravate était vert pomme. La même couleur exactement. La même cravate vraisemblablement. J'ai souri. J'ai baissé les yeux lorsqu'il a levé les siens. J'ai ainsi évité un échange de sourires, complices ou incompris.
Des heures plus tard : dîner chez S&L. Encore une fois, patchwork d'accents germaniques, de saveurs, de sons... et de vin. Les dîners en semaine c'est bien mais... c'est en semaine...
Jolis et bons jeunes acteurs, Nicole Garcia évidemment, et surtout une belle photographie dans les scènes d'intérieur en cuisine ou au bar d'un hôtel. Le dernier Jour de Rodolphe Marconi fait partie de ces jolis films qui me touchent plus par leur graphisme, leurs couleurs et leur ambiance feutrée que par leur scénario. Un scénario un peu en survol, entre secrets de famille, quête d'identité, amour et amitié. Et malheureusement, une fois de plus, la réponse finale à la douleur et aux questions face à sa propre homosexualité est le suicide ; je trouve ça un peu pénible...
J'aurais aimé avoir un peu plus de place sur cette banquette de métro. Mais l'homme déjà installé près de la fenêtre, d'une corpulence nettement supérieure à la moyenne, avait décidé d'écarter ses cuisses. Ses très grosses cuisses. Il me restait donc un peu de place, suffisamment pour être assis, pas assez pour être à l'aise. Mais le volume n'était pas que physique. Il était également sonore. L'homme parlait avec la personne assise en face de lui. Et il parlait fort. Vraiment fort. Des histoires de crèches ou de je ne sais quoi, que j'essayais d'occulter pour pouvoir lire, mais non, il me fallut relire et relire encore les mêmes phrases, mon esprit était happé par l'amas de sons trop cohérent qu'il émettait.
Ce n'est donc que plus tard, après qu'il était descendu dans une station soudain envahie par son flot de décibels, et après que moi-même j'étais descendu à Maison Blanche pour une fort sympathique soirée noyée dans le Vouvray, les épices thaï et la peinture vert absinthe, que je pus lire enfin ceci :
Le garçon tendit les bras hors de la fourrure et posa les mains sur la glace.
- A cet endroit. C'est un peu creusé n'est-ce-pas ? C'est la preuve que quelqu'un est venu récemment se confesser. C'est la chaleur de la langue qui l'a fait fondre. Et ce n'est pas que creusé. Il y a même un peu de muqueuse qui est restée collée. Tenez...
Il gratta légèrement la glace du bout de son ongle, libérant quelques particules membraneuses qui tombèrent en tourbillonnant à nos pieds...



Il est assez tard. 10h légèrement passées de sept minutes. J'ouvre les volets. Nous sommes lundi. Mais je ne suis pas au bureau. La brume enveloppe avec douceur le jardin, les arbres, l'horizon. A travers elle le soleil tente une percée, frappe une toile d'araignée perchée en haut de la glycine. Je n'irai pas au bureau. Le travail prévu se fera, mais à la campagne, là où le téléphone capte difficilement à travers les murs épais.



Il est encore tôt. 13h un peu passées de 15 minutes. Il fait trop beau, l'occasion est trop belle ; j'enfourche un vélo. Je vais dans le bourg là où m'attendent d'autres photos pour compléter mes séries. Sur le chemin aller, deux ou trois arrêts : encore des vaches, toujours ce même arbre au bout des mêmes vignes. Sur le chemin retour, deux parcours à pieds : les côtes m'épuisent, m'essoufflent, je suis en nage.



Il est l'heure. 17h bien passées de 25 minutes. Il est l'heure de partir, prendre un train puis un autre. Arrivé à Montparnasse, les Objets trouvés m'annoncent avec tristesse que ma carte perdue au retour de Bretagne n'a pas été ramenée. Les bunkers de Crozon et l'immeuble désaffecté de la pointe St Mathieu ne sont plus que des souvenirs de rouille et de béton au milieu des falaises.

J'espérais les éclaircies annoncées. Elles furent bien timides, hésitèrent, arrivèrent un peu tardivement, mais ne suffirent pas à offrir au bois assez de lumière de lumière pour certaines photos ; lui ont-elles offert assez de chaleur pour voir enfin quelques champignons dans quelques jours ?






Bien vite la nuit tomba puisque les heures avaient été détournées dans la nuit précédente. Les températures suivirent le même chemin et après tout qu'importe, y avait du pain sur le clavier et les rires de mes nièces à table.
Nombreux dossiers et ouvrages bien rangés sur des étagères, ordinateurs, moyenne d'âge au-delà de soixante ans, certains compulsent, feuillettent et annotent, d'autres parlent étonnament un peu fort. Dehors, la pluie, fine et roublarde : de saison. Après un long moment à discuter du futur site de l'association, je suis seul devant mon écran, déjà au travail, un peu comme pendant la trentaine d'heures qui va suivre. Car il faut croire que je n'avais pas déjà assez de choses à faire...
Malgré le bruit, je m'endors. Malgré les fillettes deux
rangs derrière moi, malgré l'enfant qui tape sur la tablette
cinq rangées plus loin. La fatigue et le rythme du TGV sont plus
forts.
Cinquante-cinq minutes plus tard je me réveille, étonné
d'un si long sommeil, ravi d'avoir découvert que les appuie-tête
des secondes classes se courbaient pour appuyer sa tête. Je pouvais
alors entamer la lecture de Réponses Photos : Willy Ronis,
tentations d'achat pour Noël, leçon sur le recadrage, conseils
photos... et dans les pages livres ce bouquin sur le Paris Art Nouveau
qui me fit grincer des dents.
Angoulême,
correspondance, quelques photos du quai, puis à travers la vitre
du train, une chevelure blonde, la gare de Châteauneuf... celle
de Jarnac ou celle de Cognac ? Arrivée à Saintes, la pluie
s'entend, le rôti m'attend, le sommeil m'atteint.
"C'est qui cet acteur ? C'est Robert Mitchum ? ... Ah non c'est pas Robert Mitchum... Mais c'est qui alors ?"
Alors vous apprendrez tous que c'est Sterling Hayden qui joue le rôle
de Jonnhy Guitar dans le film du même nom, un film
qu'il faut avoir vu si l'on fait confiance à François Truffaut,
mais que je n'avais jamais vu.
Il faut dire que gamin je n'aimais pas les westerns, un peu par snobisme
je crois : après tout, ces histoires de cowboys et d'indiens, très
peu pour moi. Depuis je n'ai pas ratrappé mon retard en la matière,
à tort... d'ailleurs il n'y a pas d'indien dans Jonnhy Guitar.
Mais il y a Joan Crawford jouant du piano, rageuse et radieuse, dans une
grande robe blanche au fond de son saloon. Face à elle : la haine,
la bêtise, la lâcheté. S'il ne faut garder qu'une scène,
je prends celle-ci.
(Et ça tombe bien elle est sur You Tube)
Dans
la salle, ici ou là, des visages connus voire familiers. Sur l'écran
des corps inconnus, ceux de la troupe de Christian Rizzo, filmés/filmée/filmé
par Arnold Pasquier. Le festival Vidéodanse est ouvert. Avec grace.
A l'issue de la projection, Beaubourg vit, Beaubourg vibre, Beaubourg
s'ouvre, Beaubourg offre une pièce de Christian Rizzo sur le beau
sol bossu de Vincent Lamouroux, puis... depuis la mezzanine, un homme
se met à.... se met à quoi ? Déclamer ? Qu'importe...
Il est tard, il fait faim. Partons.
Quand je suis arrivé au village, je n'avais qu'un petit sac de voyage à la main. A l'intérieur, quelques vêtements de rechange, mes affaires pour écrire, le nécessaire pour me raser, mon microscope, et deux livres, le Traité de muséologie et le Journal d'Anne Frank, c'est tout.
C'est tout. Mais après douze pages de lecture, je suis déjà embarqué dans le Musée du silence, ce roman de Yoko Ogawa qui était encore, samedi vers 19h35, emballé dans un papier cadeau noir et blanc. Comme le narrateur, ce soir, j'ai justement ramené un petit sac contenant quelques numéros du magazine "Images" stockés au travail. Ouvrant le premier, je tombai sur les photos de Patrick Tournaboeuf sur Berlin, ces mêmes photos qui étaient dans le numéro de Télérama et qui furent objet de discussion quelques minutes après que le livre d'Ogawa eut été déballé. Quoi de plus beau que les coïncidences ?
Il nous raconte ses déboires, son désir ; on se moque un peu de son narcissisme vain. Six crêpes surgelées dorent lentement dans une poële, je les surveille, j'ai faim et d'autres préoccupations que les siennes. Parce que je dois encore relever les manches ce soir, et pas seulement parce que ça crépite un peu à cause de la garniture qui dégouline sur le téflon graissé.
Si les crêpes crépitent, est-ce que les cèpes cépitent ? Y aura-t-il des champignons ce week-end ?
Un doulos, nous explique-t-on au début du film qui porte le même
nom, c'est un chapeau. C'est aussi (aujourd'hui encore ??), dans la police,
le nom de celui qui en porte un... à savoir un indic. Mon doulos,
ce fut toi : tu m'indiquas, chapeau vissé sur le crâne, le
chemin à prendre pour rejoindre le bois de Vincennes, même
si une fois sur place les chemins furent pris au hasard, avec si possible
une jolie liaison entre "pris" et "au hasard", une
liaison glissant comme une feuille d'automne venant de se décrocher.
Une pause dans l'herbe, mais je cherche plutôt quelques souvenirs
dans le viseur : la lumière est là, les clichés moins
citadins que dimanche dernier.
Une pause café au centre équestre, mais je ne vise plus
rien : l'ombre est là, les citadins plutôt clichés.



Cinq
invités ? Il allait falloir frapper fort !
Alors j'ai frappé fort. Pas trop non plus pour ne pas déchiqueter
les calamars, mais suffisament pour les attendrir avant de les faire cuire.
J'ai aussi dû affronter les récalcitrantes arêtes d'un
turbot mais soudain je me demande si c'était bien du turbot et
non pas un autre poisson dont le nom se termine en "o". Quoi
que... c'était pas du congre ?
Finalement le plus simple a été d'aller chez "Pain
de Sucre" pour acheter le dessert, à savoir un gâteau
"orange - cassis - noix de coco" qui donne déjà
envie de pleurer de joie simplement en le voyant et qui, une fois en bouche...
mmm la la ché chupeur bon... pardon faut pas parler la bouche pleine.
... Mais j'allais oublier de noter ici que j'ai terminé la lecture
de "Les aventures singulières" d'Hervé
Guibert, très beau recueil de nouvelles autobiographiques, entre
amour et désamour.
Ca y est. Je sais.
Je l'ai.
Le poste : je l'ai.
Dans un mois, je ne travaillerai plus rue de la Chine. J'abandonnerai définitivement mon cher vingtième arrondissement pour aller plus à l'est, sur les bords de Marne.
Ca y est.
Ouf.
Ouf ? Non pas seulement ouf. Une onomatopée de soulagement ne suffit pas pour décrire les sentiments ressentis tout après 12h02, heure à laquelle je quittai la Mairie avec un certain espoir, et après 12h38 surtout, heure à laquelle un appel couvert par le bruit du métro m'annonça qu'une nouvelle vie professionnelle allait commencer pour moi. Le bonheur, cher lecteur, le bonheur ça doit vraiment ressembler à ça.
Vous
connaissiez Guy Maddin ? Moi pas. A tort. Car si son oeuvre est à
l'image du film vu ce soir, il y a de quoi regretter de ne le découvrir
que maintenant. Le film en question, "Winnipeg mon amour"
a presque défié les lois de la nature, car j'ai bien cru
ne pas avoir cligné des yeux durant 79 minutes. Ce documentaire
où le cinéaste parle de sa ville et de sa famille est un
moment complètement subjuguant autant sur le plan récitatif
que sur le plan artistique. La rétrospective qui commençait
ce soir à Beaubourg mérite vraiment qu'on retourne y faire
un tour, mais aura-t-on le temps ?
... Bon alors en fait je devais vous montrer une photo de souris morte
sous l'assaut d'une tapette - on ne lui avait pas dit que la gourmandise
était un péché ? - mais en fait non.
Encore deux jours et je saurai. Encore deux jours et le mélange de stress et d'excitation qui s'est glissé en moi hier sera dissipé. A l'heure où j'écris ces lignes, ce n'est plus un secret, j'ai passé avec brio deux premiers entretiens dans une mairie de la Petite Couronne, pour un poste de webmaster. Le poste de mes rêves, aux fonctions principalement éditoriales, dans une ville aux nombreuses façades Art nouveau. Encore deux jours...
17h15. Je me dis que ça tombe plutôt mal que la lecture soit à 18h car ma journée de travail a commencé tard. La lecture ? Duras. Marguerite Duras. Lue par Mireille Perrier. J'ai parfois l'esprit ailleurs, mais à peine. Je regarde la lectrice, je regarde la lecture, la voix est belle, le moment est doux et gracieux dans ce salon du théâtre de l'Odéon. Une heure de lecture, puis un entretien entre Laura Adler et Dominique Noguez. Duras encore, toujours. Duras éternelle, bientôt à la Pléiade.
20h05. Je te dis que ça tombe plutôt bien ces sorties à
18h car ça nous laisse toute la soirée de libre. Tu as la
douce idée de proposer un film durassien. "Moderato
Cantabile". Magnifique.
Le livre est pour moi un souvenir de l'été 2001. C'est écrit
sur la deuxième page : "lu août 2001". C'est écrit
sur ce site aussi, il y a plus de 8 ans, quand ce n'était pas encore
un journal. Mais j'avais déjà le goût des mots, le
goût des phrases comme celle relevée alors, dans laquelle
on lisait que le vin a "la saveur anéantissante des lèvres
inconnues d'un homme de la rue".



La sonorité du titre, le synopsis, le nom du réalisateur, les stars à l'affiche... je m'attendais à un beau moment de cinéma avec "Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?", film de Robert Aldrich avec Bette Davis et Joan Crawford tourné en 1962. Mais non. Ca cloche. Je n'y ai pas cru. Je n'ai pas cru que cette pauvre Blanche,afin de ne plus subir le sadisme et la folie puérile de sa soeur Jane, ne puisse pas pousser un cri par la fenêtre pour alerter les voisines. A côté de moi tu ne poussais que des soupirs... pour m'alerter de ton ennui ?
Note à moi-même : ouvrir un blog sur le cinéma avec pour premier billet "De Blanche Dubois à Blanche Hudson : les noires destinées d'un prénom au cinéma".
11h passées. L'allegro con brio de la 25ème de Mozart faisait résonner ses dernières notes dans le transistor quand il me dit "C'est qui ça ?" en avalant une cuillérée de céréales et en désignant de la tête l'appareil posé dans le coin de la cuisine. Il ne portait que des baskets colorées, un jean trop bleu pour être ancien et des cernes. Il s'était levé à 5h pour aller à une after, nommée after under. A voir les valises qu'il portait sous les yeux c'est sûr qu'il était alors plus under qu'au top. Son torse nu me fit penser que je devrais peut-être réfléchir à une réinscription à la salle de sport, à faire une centaine de pompes et d'abdos par jour, à me mettre au même régime fructo-céréalier, voire même, pour arriver à ce résultat, à me réincarner carrément.
Mais avant toute tentative de réincarnation, je délaissai mon colocataire et son bol de céréales pour un prendre un peu l'air. Un oeil sur un plan, direction le métro St-Maur et revenir à pied...



Le temps est gris, les façades, les rideaux métalliques, les reflets, les bancs aussi, même la rue est de la Perle. Une pointe de rose ici, un coin d'immeuble ocre là, la rue du Chemin vert : la couleur se fait discrète mais la faim de moins en moins. Sunday is gloomy, my hours are slumberless. Je pense à la chanson, elle dit que dimanche est sombre et que mes heures sont sans sommeil, mais non, les heures sans sommeil, c'est seulement pour celui qui mangeait un peu plus tôt des céréales.



Mes
samedis sont toujours synonymes de courses, promenade, sortie, expo, lèche-vitrines,
vadrouille... bref : le samedi, je mets toujours le nez dehors. Toujours
? Finalement non. L'exception qui confirme la règle c'était
ce 10 octobre : il fallait relever les manches et je n'étais pas
non plus envahi par un irreprescible besoin de me dégourdir les
jambes. J'étais plutôt poussé à repousser les
tentations dépensières.
Mais ne nous plaignons pas et expliquons au lecteur que la petite table
qui fait suffisament* office de bureau est à côté
de la porte-fenêtre donnant sur le balcon donnant lui-même
sur l'église St-Nicolas-des-Champs baignée sous un ciel
bleu entrecoupé de mesquines averses. J'ai donc, assis, assez essuyé
les assauts des éclaircies.
* L'étonnante présence de cet adverbe indique que la taille
de la table en question est suffisante, mais sous-entend qu'elle l'est
tout juste, et ce depuis que le deuxième écran a pris sa
place. Le lecteur perspicace comprendra alors que le câble récupéré
la veille aura pleinement joué son rôle.
Je m'étais assuré que ce qu'il me manquait était
dans ce grand carton dans lequel câbles, cordons, fils, rallonges
et autres prises s'emmêlaient et s'emmêlent probablement encore.
Je me suis donc rendu à mon ancienne adresse, la pluie commençait
à tomber, un petit verre de liqueur de cassis m'attendait pour
entendre mon avis sur ses qualités gustatives. "Pas mal",
dis-je dans une litote de rigueur, tandis que je savourais ces arômes
sucrés.
La pluie avait cessé quand je fis le chemin inverse, mon sac alourdi
par un câble et surtout par mon encyclopédie du rock, oubliée
là-bas comme pour laisser ma trace au milieu du classique.
J'aperçus
le cadran de ta montre, éclairé par l'écran. 21h35.
Il restait une quinzaine de minutes, les personnages étaient encore
en fuite et mon esprit commençait à l'être aussi.
Non pas que "Au voleur" fût ennuyeux, bien au
contraire, mais j'aurais aimé qu'il s'arrêtât là,
sous cette lumière sylvestre. On aurait alors mangé la terrine
15 minutes plus tôt, j'aurais alors été moins fébrile
et je n'aurais pas renversé mon bol, inondant les nappes et la
marquetterie d'une soupe miso. Tu peux envoyé la note du pressing
à la réalisatrice ?
Je
poursuis ma (re)découverte d'Hervé Guibert avec "Des
aveugles", livre écrit après l'expérience
personnelle de l'auteur qui fut lecteur dans un centre pour aveugles.
Mais de son expérience, que reste-t-il dans ces pages ? Les fantasmes
? Les fantômes ? La fourrure ou le cuir ? Les bruits ou les odeurs
? Des aveugles est un livre sec, sombre, tendu, moite, sexué
et fascinant. Jusqu'au point final.
C'est à gauche qu'il faut tourner avant la pharmacie. Je ne suis pas le seul à inverser la gauche et la droite, mais quand il s'agit de guider son prochain pour l'aider à s'approcher, c'est reprochable. Tout le monde est tout de même arrivé à destination, sauf FP qui était destiné à être retenu. Quelqu'un a encore faim ?
En face de moi, deux femmes. Le deuil se lit sur leurs visages graves, sous la tristesse des regards, dans la moue qui retient les larmes, par la main de l'une qui frôle la main de l'autre. Derrière moi, un homme au téléphone, un chien sur les genoux. Il parle fort : la ligne 7 est passablement bruyante. Il parle, il parle, il dit qu'en un an elle a claqué tout son pognon, il est énervé, il est ridicule, autour de lui on se regarde, on se retourne, on le regarde. Je ris. Coincé entre leur deuil et son exhibitionnisme vocal, je ris de lui, doucement, je me retiens mais je ris quand même. Il finit par dire qu'il parle très fort, qu'il dérange les gens, qu'il doit raccrocher, qu'il l'embrasse. Je t'embrasse, répète-t-il. Mais il faut qu'il parle. Alors il parle à son chien. Il lui demande si ça va durer longtemps. Mais le chien ça ne suffit pas. Alors il parle à sa voisine et je ne ris plus, j'aimerais juste qu'il se taise.
Un peu plus tard, un visage connu, un visage déjà vu, un visage aperçu mercredi dernier, un visage inconnu... nous sommes six autour d'un boeuf aux carottes. Ce n'est que le lendemain que je découvrirai que l'un des convives avait été à l'origine d'un de mes premiers coups de coeur photographique... peut-être même le premier. J'ai évidemment quelque part dans mes affaires les photos en question, découpées dans un magazine, conservées au milieu de tant d'autres souvenirs entassés. Se souvenir, est-ce la raison des tas ?
(Bon en fait j'essayais que dire qu'il valait mieux être ministre qu'en secret faire des tas, mais je ne voyais pas ce que le ministre venait faire là)
La Bretagne, quelle Bretagne ? Qu'elle soit historique ou administrative, je ne connaissais d'elle que Nantes, St Malo... et un peu Quimperlé mais bon si peu...
Pont-Aven, Loctudy, Guilvinec, Penmarc'h, Crozon, Camaret, le Cap de la Chèvre, la Pointe St Mathieu, Douarnenez... Dorénavant ces noms me parlent, mais je n'en parlerai qu'un peu plus tard...




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euh...
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La photo du bandeau du mois a été prise à St Nazaire
le 4 octobre.
La jolie police du bandeau du mois s'appelle Blooming Grove