
Un
homme secoue un réverbère.
Des fauteuils, de la neige.
Un jeune homme chante dans un escalier.
Une ville, la nuit.
Des voix espagnoles sur des corps nus dessinés.
... Et d'autres images, de bien belles images pour l'ouverture du festival
Rencontres Internationales. La beauté alla de pair avec
le soulagement, celui de voir que le festival avait bien lieu malgré
la grève au Centre Georges Pompidou. J'ai depuis découvert
que le pot doré avait disparu. Ma pauv' dame, tout fout le camp.
To go or not to go ? Evidemment, par le temps qu'il faisait, il était
normal d'hésiter, ne serait-ce qu'un court moment, le temps de
regarder le ciel - gris-, et de s'interroger sur les températeurs
extérieures - fraîches. Pourtant, c'est à vélo
que le trajet se fit jusqu'au Mac/Val.
Sur place, les étonnants travaux de... de qui déjà
? ... et puis la poésie inachevée à mon goût
de... mince j'ai oublié son nom à lui aussi, ça finit
en "o"... Bref...
Entre l'un et l'autre on parle de concept, tu remarques que ça
ne n'est pas mon truc, je réponds que si, que cela dépend,
que cela peut m'intéresser... d'ailleurs ensuite cette histoire
de vent qui écrit m'a plu mais le résultat final beaucoup
moins, la beauté de l'idée avait été balayée,
soufflée, éventée. Et vantée ? Trop vantée.
To be or not to be ? C'est le titre d'un film de 1942 sur le nazisme. Evidemment là vous vous dites "oh la la c'est pas bien rigolo pour un film de dimanche soir, il n'a pas du regarder cela sur téhéfin". Et bien détrompez-vous, amis lecteurs, To be or not to be réalisé par Ernst Lubitsch, est un film grinçant, drôle, jubilatoire, se moquant des mauvais acteurs comme des nazis au milieu d'une ambiance de vaudeville bien dosée... Ca, c'est du film de dimanche soir !
Assis
sur un banc de la gare RER, allure sportive et casquette rouge vissée
sur le crâne il lisait Keynes. Nous parlions du film de Bruno
Dumont duquel nous sortions, ce cinéma vivant dans lequel
je regrettais quelques petites choses peut-être sans importance
après tout. Nous ne parlions plus des expositions du Musée
d'Orsay, en avions-nous dit assez ? James
Ensor, dont j'aimais tant cranes et masques ; l'Art
nouveau revival qui souffrait tant de la foule et des trop petits
espaces d'expositions. Je t'avais donc emmené juste en face, voir
la salle à manger réalisée par Charpentier :
deux visiteurs seulement pour cette merveille, on y respirait et tu t'exclamas
"Mais en fait les gens n'aiment pas l'Art nouveau". On peut se poser la
question.
Je sortais de chez le pâtissier, du pain, un émouvant gâteau au chocolat et deux macarons au citron dans un sac. Il m'a interpellé, s'est immédiatement excusé et un très court moment j'ai failli lui donner un des deux macarons au lieu de cette pièce : sentiment de honte d'un plaisir prochain et non partagé ? Il s'est étonné que l'on vendît du pain ici, ne trouvais pas très bon celui vendu là-bas ; il tendit le doigt, je ne me retournai pas.
L'émotion due au gâteau fut partagée avec K et S&L. Mais arrivée après la soupe de poisson que tu avais faite, le soufflé que tu avais fait et le filet mignon dans lequel je n'avais eu qu'à ajouter quelques cèpes, elle alla de pair avec le sentiment d'avoir déjà très bien (voire un peu trop) mangé. Qu'avait-il fait, depuis, de ma pièce ?



L'émotion vint, matudinale, de l'Afrique, d'un reportage dans le magasine Polka ; des femmes violées, l'amour ou le désamour de l'enfant qui allait naître de ces viols. D'autres photos sur d'autres pages : Sao Paulo, quoi d'autre encore ?, et se dire que ce magazine est définitivement une belle réussite. Neuf ou dix heures plus tard, un bus que l'on attend et je n'ose pas photographier les couleurs vives de ce stand de tir qui s'est installé (pour combien de temps ?) derrière l'abribus, un RER que l'on attend également mais cette fois j'ose les clichés, déclencher, d'autres, encore, les quais vides en face, quelques personnes qui attendent ou repartent, cette femme qui part dans l'autre direction, regard perdu derrière la vitre. Enfin un Traquenard, avec majuscule fort heureusement, celui de Nicholas Ray avec une merveilleuse Cyd Charisse au milieu d'un monde de gangsters à l'époque de la prohibition.
Il pourrait n'être que
question de couleurs.
De celles, simples, naturelles, vives, belles qui vous surprennent en
tirant
le rideau, comme un cadeau pour s'être levé
tôt, comme une carotte d'une couleur voisine pour en faire
autant les jours suivants.
De celles, empilées sur un pull que j'avais remis, saison et
lavage aidant, après une longue période
d'abandon. "Il est nouveau ce pull ?" m'as-tu demandé avec
une sourire et un oeil pétillant qui présageait
ton envie de me le piquer. Il n'était pas nouveau, il avait
9 ans et 3 mois, c'était une folie à
l'époque, une folie qui s'est un peu détendue
avec l'âge... assagie ?
De celles, pastels et douces, des images de Sylvain George
où l'humain attend et espère. Puis de leur
absence lors d'un autre film du même auteur, un film,
nocturne et sombre, en noir et blanc, où quelques humains
attendent et espèrent encore, mais où d'autres,
la plupart ici, ne sont que bêt... euh... stup... pfff...
comment dire... oh et puis non, pensons
plutôt aux couleurs.
Il avait allumé une cigarette, expliquait qu'il trouvait que certaines photos n'avaient pas leur place. J'ai haussé les sourcils, les ai sûrement froncé un peu ensuite, puis une moue, enfin mon désaccord, exprimé verbalement. Il avait, tout comme moi, suivi la visite guidée de la très belle exposition actuellement à la maison Bernard Anthonioz de Nogent ; il en ressortait avec quelques curieuses conclusions. Couac. J'en ressortait avec des émotions et un souvenir coloré, doux, flou et brésilien : un recueil de photos de Jair Lanes.
Quand je lui ai dit "et toi tu n'exposes pas ?" j'avais derrière la tête l'idée, moi, d'exposer parmi nos autres collègues. C'était histoire de m'intégrer, histoire de me montrer un peu... de m'exposer. Quelques minutes avant cette interrogation, j'ignorais totalement cette histoire d'exposition... et j'arrivais donc presque trop tard. Malheureusement, ça ne pouvait pas attendre deux jours de plus pour participer, ça ne pouvait donc pas attendre de nouveaux tirages, plus récents, plus en accord avec les photographies que je prends dorénavant. Ca m'apprendra à traîner dans mes travaux photographiques, oire dans le simple achat d'une imprimante ! Oh et puis après tout, c'est plutôt bien de redonner vie à quelques clichés du Salento... cette ombre à la porte, ce ciel vif, ce Sant'Oronzo, ces plaques de train, de reflet ou cette pointe de jaune. Oui, finalement, c'est plutôt bien.
Ce n'était pas si simple ; ce ne pouvait pas aussi simple. Il suffisait d'une course poursuite en moto pour que je reprenne goût à cette lecture... mais peut-être qu'à nouveau, sur la fin, je soupirerai. Jean-Philippe Toussaint, vous m'agacez !
On a tenu 15 minutes devant Assayas. C'était pffff.
On a tenu 15 minutes devant Piccoli. C'était mouais.
Le premier film de Straub et Huillet, Machorka-Muff
durait 16 minutes. C'était parfait.




La chasse, c'est le dimanche. Ca l'était le jeudi
aussi, je crois, quand j'étais jeune. Ca n'a pas grande
importance que cela soit encore le cas ou que que cela l'eût
été. Parce que la chasse, c'était ce
samedi, sur l'écran d'un cinéma exigü de
la rue Champollion : une chasse à l'homme après
une série de questions sur le retour d'Abram au village,
puis de sous-entendus, puis de moqueries, puis de blagues lourdes comme
la boue dans laquelle se vautrent les porcs. Mais au village on tua le
cochon et l'on décida qu'Abram méritait
peut-être le même sort.
"Scènes de chasse en
Bavière", film de Peter Fleishman
de 1969, est un film puissant, terrible, fascinant, d'une intelligence
rare sur un tel sujet. Quel sujet ? Mais allez voir ce film au lieu de
poser des questions !



Un trajet en métro plus tard et neuf étages plus haut, quelques convives, quelques mets ou bouteilles pour l'anniversaire de M. Je goûte aux mets, mais tu les ignorerais presque puisque tu as dîné. Quelques verres, puis quelques gouttes ; quel dommage, j'étais bien sur le balcon.


La brume n'était ce matin pas au rendez-vous. La grisaille du début de semaine non plus. C'était enfin le moment opportun pour profiter de la pause déjeuner pour aller voir ça ou ça :






Un passage par la rue Keller en fin de journée. Après quelques emplettes et une bavette chez O&F, un petit tour chez Dorothy's Gallery pour la dernière expo en date et pour entendre "sexe", "hémorroïdes" et "oeuf sur le plat" dans la même phrase. La femme au micro a ensuite parlé de roses : 1 075 tableaux exactement, parce qu'au départ elle se demandait si elle arriverait à en faire 1 000 et puis finalement elle a dépassé et elle arrivée à ce nombre bâtard (je cite). Moi, quand j'étais petit, on m'a appris à ne pas dépasser quand je dessinais et à ne pas parler de sexe... Cette artiste aurait peut-être dû rester encore un peu dans l'enfance...
Au départ, on
lui a trouvé un goût de fruits rouges à
côté duquel on ne pouvait passer. Finalement
après deux gorgées, on a juste conclu que
c'était de la piquette et que c'était pas une
bonne idée de boire du vin à midi.
L'après-midi et une partie de la soirée
étaient finalement passés sans ombrages
— sinon une légère envie de piquer du
nez devant l'écran vers 14h30 — mais pas sans
détour et la jolie bouteille longiligne sur laquelle
était écrit Spätlese
me rappela quelques souvenirs d'Allemagne, mais pas de Berlin
d'où tu la ramenais. Berlin ? Oh oui ce serait bien pour un
réveillon !
Parfois, il m'adressait péniblement une phrase en un anglais rugueux, à laquelle je répondais en acquiesçant avec un sourire prudent, vague, gentil, qui n'engageait. Je ne comprenais pas grand chose à ce qu'il me racontait, son anglais était rudimentaire, souvent inspiré de la structure monosyllabique du chinois, l'accent difficile à compendre, il prononçait forget comme fuck (don't fuck it, m'avait-il par exemple recommandé avec force à propos du billet de train - no, no, don't worry, avais-je dit).
Jean-Philippe Toussaint a
été autrefois un auteur amusant. Il a encore
quelques restes, légers, trop légers et trop
rares qui me font esquiscer un sourire vague lui aussi. Un sourire
fuyant peut-être aussi, car si Fuir est
le titre du livre, je me demande si au fond de moi, je n'ai pas envie
de le fuir, ce livre, ce narrateur qui ne sait pas ce qu'il veut, qui
ne dit rien à celle qui n'est pas devenue sa
maîtresse à cause d'un coup de fil, qui est
à Pékin sans nous dire pourquoi. Au
téléphone, je t'ai dit que j'aimais ce livre.
Pourtant je n'aime pas le personnage, je ne n'aime pas
complètement l'écriture non plus, et puis cette
histoire finalement, oui cette histoire-là, à
quoi bon ? Et puis il y fait chaud et j'ai l'impression de toucher,
à travers les pages, la peau moite de ce personnage qui
ressemble sûrement à l'auteur et ça
non, non merci. Grimace.
Elle avait l'air triste en traversant la rue Etienne Marcel, il avait l'air pressé sur le trottoir d'en face. Je n'étais ni l'un ni l'autre, revenant content et tranquillement du travail et de la fnac avec un petit livre sur l'Art nouveau et l'Amant, celui avec une majuscule et que j'ai acheté bien qu'il fût amoureusement classé sur tes étagères parce que j'avais envie de le voir moi aussi sur mes étagères après l'avoir lu. Avant l'avoir lu aussi, puisque j'ai entamé aujourd'hui la lecture de Fuir, de Jean-Philippe Toussaint après avoir terminé les trois nouvelles de Shûsaku Endô, dont le dernier Souper, la plus intéressantes des trois (s'il faut vraiment en sauver une du lot). Il faut dire que les deux premières, autobiographiques et baignant dans la foi chrétienne, m'ont paru sans intérêt à cause d'une écriture plutôt plate, morne, sans jus... triste et mal pressée en quelque sorte.
Prise de fonction, service communication,
présentations, installation, restauration, satisfaction, rer
via nation, projection... Quelle direction ?
Finalement nous sommes passés par Répu en
revenant du Max Linder, et tu as pu constater que mon impression
était plutôt juste (mais peut-être pas
justifiée) : la ligne 5, elle se traîne. Au Max
Linder, nous avions vu dix films de 3 minutes chacun, dix films pour
les vingt ans d'Act Up, dix films faits pas dix femmes, dix portraits
de plus ou moins dix femmes touchées par le vih. Et tout
ça, malgré tout, s'est terminé par des
éclats de rire, parce que le dernier film passé (Les
fruits de mer, par Brigitte Sy) est un bel éclat
de vie. Et c'est bientôt sur Arte, aux environs du 1er
décembre évidemment.
C'est amusant d'avoir un couple d'amis se prénommant Boris & Antoinette, ça a la fraîcheur d'un titre de film de Michel Deville, avec du Schubert en fond sonore et un premier plan avec une jolie pelouse baignée de soleil, soudain un ballon rouge traverse le champ, suivi par des rires d'enfants. Mais dans la réalité c'est plus simple : nous sommes allés au Louvre. Je ne sais pas qui avait choisi le thème mais les salles de la peinture française furent une jolie balade entre le si beau souvenir de Mortefontaine de Corot, le charmant verrou de Fragonard ou les étincellantes bougies de De la Tour... Au fait, vous le saviez, vous, que ce cher Daguerre avait été peintre ?








Il suffisait de relever
les manches et d'acheter des étagères entre deux
averses pour que ma chambre ressemblât ENFIN à
autre chose qu'un champ de batailles et pour que je ne fusse plus la
risée des mes colocataires qui trouve tout de même
que ces imparfaits du subjonctif, parfois, c'est un peu lourd. Ce n'est
pas encore fini, regardez donc il reste de tas, là,
derrière la table, mais Duras et Echenoz sont bien contents
de ne plus être affalés par terre, et de toute
façon je ne pouvais pas faire beaucoup mieux car on
m'attendait pour étaler des mollusques bivalves au fond d'un
plat.
Et sinon ? Présentations, porto, cadeaux, champagne,
huîtres, vin blanc, soufflé au fromage, vin blanc,
moules, vin blanc, gâteau au chocolat, verre d'eau, au revoir
à bientôt, vaisselle, verre d'eau, aspirine.
19h15. Dernière fois que je saisis le code de l'alarme, que je ferme la porte vitrée, que j'éteins les lumières, que je ferme la porte extérieure et que je descends la rue de la Chine. Je quitte mon 6ème employeur après 3 ans, 11 mois et 4 jours de service et après une ultime demande : celle que l'intitulé de mon poste soit correct sur ma dernière feuille de salaire et surtout sur mon certificat de travail. Non je n'étais pas développeur intégral, non ça ne veut rien dire, combien de fois l'aurai-je répété ? Juste ça, c'est enfin possible ? Juste ça comme cadeau de départ, merci, juste ça.
Ce n'est pas encore commencé que ça commence déjà : réunion de travail à Nogent. Dans le RER de l'aller, dans le métro du retour, je plonge dans le Paris-Brest de Tanguy Viel. Me voilà à présent ressorti de l'eau froide de la rade de Brest, après une dernière quinzaine de pages en apnée dans mon lit, avant de dormir, chose assez rare pour être notée. Une pointe de déception, pourquoi espérais-je une meilleure fin (et non pas une fin meilleure) ? Que pouvait-on attendre, sinon que la mère restât froide ?
-
A quelle heure tu pars ?
- Ah mais non en fait mon pote est en Belgique, je ne dîne
pas dehors.
... Finalement ça m'arrangeait car j'avais comme une envie
de repousser au lendemain les retrouvailles avec ma chambre, que
j'avais envahie avec un dernier petit
déménagement en fin de matinée,
à l'heure idéale où sonnent les douze
coups et la faim, une faim bien vite oubliée chez ce
merveilleux japonais du Marché des Enfants Rouges. A propos
de japonais, elle t'a plu ma surprise ? Un nouveau roman de Yoko Ogawa
et tu n'étais pas au courant ?
- Vous m'emballerez le Yoko Ogawa ?
- Euh... lequel ? Les deux sont de Yoko Ogawa !
Mais ce n'est pas le tien que j'ai fait emballer.
C'était l'autre, l'Annulaire, un tout
petit cadeau pour un grand service rendu. Le tien, posé
nonchalamment, j'ai trouvé ça plus amusant.
Mais amusant (pfff parfois mes transitions sont vraiment pourries), ce n'est pas l'adjectif qui convient à "Léon Morin, prêtre". Un très beau film, un film qui m'a merveilleusement surpris, un film sur la foi, le désir, le traumatisme de la guerre, la quête, le partage... mais je parlerai peut-être de ce si beau film quand j'en aurai vu la fin. Hein ? Non non je ne me suis pas endormi devant... Tssst ! Comment osez-vous penser ça ?



Au bout d'une vingtaine de pages, je suis revenu en arrière, j'ai regardé le premier mot (ou première expression) de chaque paragraphe. Presque aucun pronom, presque aucun sujet, presque aucun adverbe. Des "Oui", des conjonctions de coordination à la pelle, des "c'est elle qui"... Et il en va de même avec les phrases. C'est étonnant... c'est la première fois que je creuse une écriture pour voir ses particularités. Parce que cette fois-ci ça me titillait, me dérangeait peut-être même un peu. Je trouvais ça âtre, oui c'est ça, âpre. Je t'ai dit que je trouvais cette écriture morte. J'y allais un peu fort. Une écriture âpre voire amère, qui dérange, qui vous laisse un sale goût dans la bouche : ce nouveau roman de Tanguy Viel me fait un effet rarement ressenti. Tanguy Viel donc... souvenez-vous du merveilleux "L'absolue perfection du crime" ou du très bon "insoupçonnable". Tanguy Viel donc... Tanguy Fiel cette fois ? A l'heure où j'écris ces lignes, je... oh et puis non, revenez jeudi, j'aurai fini de le dévorer, son Paris-Brest.



Et puis on a choisi "Le cave se rebiffe", après tout un film amusant c'était pas mal pour un 10 novembre. Ouep, c'était pas mal, pas mal du tout. Comme disent les marcassins, qu'est-ce qu'on ferait sans Blier ?l
Cette odeur. Oui cette
odeur. C'est elle. Peut-être très
légèrement différente, à
peine, mais voilà qui n'a pas d'importance. Elle
était dans un coin de mes souvenirs, n'attendant pour
resurgir ce soir que ton cadeau en provenance de Tanger, cette petite
fiole verte et nacrée, un peu dorée ici ou
là, sagement emballée dans la douceur d'un
velours bleu.
Il suffisait autrefois de soulever la boîte rose
nacré posée dans la salle de bain de ma
grand-mère. Je crois que la boîte était
en plastique, je crois qu'elle était posée sur le
meuble sur la gauche en entrant. J'ai quelques doutes. C'est flou,
loin. Je crois que j'étais assez fasciné par
l'objet, mais pourquoi ? Je ne sais plus très bien,
j'aimerais me souvenir, je me revois pourtant soulever ce couvercle et
sentir cette odeur, plusieurs fois. Je crois que je craignais de
souffler et que la poudre de riz s'envolât. De ma
mémoire, en tout cas, elle ne s'envola pas.
J'ai pris mon appareil photo, je me suis dit que malgré le temps gris je trouverais bien quelque chose pour illustrer ce journal. Quelque chose illustre-t-il ce journal ? Non. Cela dit j'aurais pu tricher et photographier tous les petits objets achetés chez Muji en prévision d'un anniversaire ou de Noël, ou achetés pour moi comme ce porte-savon en plastique blanc ne coûtant que trois euros ou ce si joli porte monnaie rayé en toile de kimono (disent-ils) qui, contrairement à mon porte monnaie actuel ne se confondra pas avec le fond noir de mon sac à main. Mince, mais au fait, il est où mon porte-monnaie ?
"Tu n'as pas changé"
m'a-t-il dit. Lui a pris quelques kilos depuis douze ans mais il a
toujours cet air joyeux, cet accent italien et surtout l'oeil qui frise
à la vue d'une jolie fille.
Il était accompagné d'une amie barcelonaise qui
ne parlait pas français. En m'adressant à elle,
je me suis mis à baragouiner un mélange d'italien
et d'espagnol absolument déroutant, et même
carrément pénible pour moi-même. Quand
cette amie a commencé à me parler en anglais, je
n'ai pas compris... Ce n'est qu'au bout d'un moment que j'ai compris
que pour elle aussi, c'était peut-être simplement
pénible de ne rien comprendre.
Luigi et moi avons partagé les
bancs de la fac de Poitiers et de nombreux moments en cours (bon
surtout en TD parce que les cours en amphi j'en séchais une
grande partie mais chut ne le répétez pas) et
puis... et puis évidemment ce n'était pas encore
l'époque des téléphones portables,
c'était à peine celle des emails, et pfiout, on
s'est perdus de vue. A l'étage du Café de Flore
où je l'ai retrouvé, le café
était trop léger, aussi léger que mes
souvenirs. Dans le marc qui resta au fond de la tasse, je ne vis que
quelques visages, aucun nom, si peu d'anecdotes qu'il aurait
aimé évoquer. Il aimerait retrouver ces gens ;
mon esprit a décidé de les effacer et je crois
que tout cela m'est égal. J'ai beau être ravi que
Luigi revienne dans mon présent, je trouve presque vain de
me retourner vers cette époque passée...



21h05. Le soleil ne frappe
plus la rue des Pyrénées comme le matin
à l'aller. Je viens de quitter mon lieu de travail,
à quoi bon rentrer chez moi puisque je dîne dans
le quartier ? Je me dirige vers la rue Rébeval, il fait
plutôt froid, ton avion va partir. Quelques minutes plus tard
je suis chez Valentin. Quelques minutes encore,
un verre de Vasqueyras pour patienter. Natt arrive. Son manteau est
pourpre et nous changerons peu après de table pour
éviter le courant d'air. Cou d'oie, magret, conversation
près du radiateur, nos vies, nos h, notre travail, nos
oeuvres... ah non tiens, pas nos oeuvres. Aurions-nous
été trop dérangés par ce
trio infernal aux indécents décibels ?
J'avais fait un effort
vestimentaire qui n'en était pas un puisque, vernissage ou
pas vernissage, soirée festive ou pas soirée
festive, ce mélange de couleurs d'automne, de losanges, de
rayures et de motifs écossais me plaisait et conviendrait
parfaitement pour la journée de travail du lendemain,
même si chez certains, dans certaines sphères
professionnelles où je ne mettrai probablement jamais les
pieds — Dieu m'en préserve —, le
vendredi c'est free day, entendez par là qu'ils laissent
tomber la cravate ce qui n'est pas forcéement un mal
étant donné leur goût mal
assuré pour le motif chétif ou la rayure trop
rayonnante.
Bref, cravate ou pas, tu m'appelas avant qu'il ne fût trop
tard, avant que j'eusse franchi le portillon de la ligne 9 vers
l'Ouest. Il était plus judicieux, plus convenable, plus
agréable que l'on se retrouvât chez toi, le
vernissage et la soirée festive passant à la
trappe pour être remplacés par un choix de photos,
une salade de gésiers (évidemment
enjolivée de ce merveilleux vinaigre balsamique aux fruits
rouges*) et la deuxième partie de ce Voyage
de Chihiro que l'on avait
abandonné autrefois, assoupis.
* Olio & Farina, 36 rue Keller, 75011 Paris.
L'échéance
approche. Restent au travail quelques relicats de ma vie
passée qui n'avaient pas trouvé place bd de
Charonne et qui, une fois mes valises posées rue St Martin,
n'étaient finalement pas si mal stockés rue de la
Chine.
Mais dans dix jours les relicats n'auront plus rien à faire
là-bas. Me revoilà donc face à moultes
questions : Faut-il garder ça ? Dois-je vraiment garder
ça ? A quoi bon garder ça ? A qui pourrais-je
donner ça ? Où est-ce que je vais mettre
ça ? Et évidemment ça ne me fait pas
sourire : quand les ça sont là, les sourires
valsent.
- Que fais-tu à Tanger, seul ?
- En vacances. Je suis accompagné de mon petit frère qui joue au football là-bas et de mon grand frère qui est parti à Tétouan pour la journée.
- Tu es seul alors ?
- Oui si on veut.
C'est plutôt amusant, peut-être pas, de lire Abdellah Taïa parler de Tanger dans "L'armée du salut", alors que dans trois jours tu t'y envolleras. Tu seras seul alors. Oui, si on veut.
Yves Ravey, c'était pour moi "Le Drap" et "L'épave", deux titres simples, deux mots souvent froissés, deux livres que j'ai tant aimés : j'ai même relu le premier récemment. L'auteur vient de sortir son nouveau roman "Cutter". Aux éditions de Minuit encore. Environ 130 pages. En caractères plutôt gros. Le temps de deux trajets en métro, j'avais bouclé la lecture, sans grande satisfaction et avec le sentiment un peu radin que tout de même, c'était 13 euros bien vite dépensés.



Quelques gouttes de pluie
sur des objets. Les objets sont sur une table de jardin. Un
guéridon ? Une caméra tourne autour. Un pichet en
émail jaune. Un pot à lait marron. Quoi d'autres
? Un réveil. Un vase. Et caetera. Des objets
accumulés. Des couleurs douces. Une lumière
magnifique. C'est un des plans de "Dieu sait Quoi"
de Jean-Daniel Pollet que tu m'as fait découvrir ce soir. La
pluie qui était tombée en cette Toussaint
était bien moins chaleureuse, moins photogénique,
moins belle, mais après tout qu'importe, pourquoi sortir ?
Pourquoi se plaindre ?
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Des canards
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