Le journal de l'Arno - décembre 2009

 

 

Jeudi 31

2009 se termine... L'année aura été marquée par l'arrivée d'un tutoiement dans ce journal et par un foisonnement de découvertes, de rencontres, de films, de lectures, de plaisirs, de bons vins, de séjours... et surtout de séjours en Normandie. Il fallait donc que 2009 se termine là-bas. A Veules-les-roses, précisément. Voiture louée, et hop, direction la côte normande, la valise bien remplie pour manger (foie gras, saumon, brioche, pain au cinq fruits, pain curcuma-noisettes...) et boire (Quart de Chaumes et champagne)...

Mais d'abord, Dieppe, sa brasserie et son château-musée enfin visité avec de jolies choses à voir mais surtout cette toile de van Dongen appelée L'écuyère.

Puis Veules-les-Roses, qu'on découvrirait surtout le lendemain, le jour revenu. Un tour sur la plage tout de même avant de dîner, une plage pas tout à faire déserte malgré le vent du Nord, terriblement glacial, balayant le sable.

... Et un retour sur la plage à minuit, verre de champagne à la main. D'autres sont là, éclats de rire et de pétards.

Bonne année 2010 pleine de jours et de vie !

Mercredi 30

Depuis le temps ! J'ai enfin acheté une imprimante ! Bon j'espérais une plus simple, qui ne fasse pas multifonction, mais finalement... j'ai la totale. C'était tout de même un peu lourd à porter...

Depuis le temps ! J'ai enfin vu Brazil ! Bon j'espérais un film plus simple, qui ne fasse pas multi-fiction, mais finalement... C'était tout de même un peu lourd à regarder...

...Evidemment, en n'aimant pas Brazil, je vais passer pour un hurluberlu, un gars qui n'a rien compris, un snob, un plouc, mais alors là j'assume complètement : à vouloir en dire trop, Terry Gilliam le mégalo en fait trop. Science-fiction, imagerie 1930, onirisme, stupide love-story, dénonciation de la technocratie, etc. cette assiette anglaise était à mon goût vraiment indigeste.

Mardi 29

Il avait flotté, les herbes seraient donc flottantes...

(Parce que "Les herbes flottantes" est un fim d'Ozu, voilà.)

Lundi 28

Nous tartinions cette préparation aux rillettes de thon sur des tranches de pain aux goûts variés quand je lui tendis le sac en papier blanc. Il contenait un paquet rose. Le contenu final lui plut, semble-t-il, amusant collier aimanté trouvé chez mon fournisseur de cadeaux japonisants préférés. Nous passâmes ensuite aux boudins blancs, sujet d'un sms inquiet la veille : "Tu manges du boudin blanc ?". Je n'étais alors pas très sûr, cette couleur de boudin n'était pas dans les habitudes de la maison ; j'ai répondu que oui, de toute façon les expériences culinaires ne m'effrayaient plus depuis quelques années... au point d'avoir mangé des lentilles à la cantine ce jour même. Les lentilles n'étaient (évidemment) pas très bien cuisinées, bof bof j'en ai laissé dans mon assiette, il ne faut pas perdre toutes ses habitudes.

Un peu plus tard, Wilde sur l'écran. Déjà sujet cinématographique il y a quelques semaines, mais cette fois-ci pour quelque chose de plus... comment dire... de moins... mmmm... de différent. Si historiquement le film semble assez juste, un homme tel que Wilde méritait tout de même une mise en scène moins fadasse planplan mèmère. Ce ne sont pas les fesses de Jude Law et trois minuscules imagettes* (inspirées ??) d'Aubrey Beardsley dans le générique qui mettent du piment dans ce genre de cinoche.

Dimanche 27

Une voie ferrée et un bout de terrain nous séparent ; deux enfants se précipitent sur le grillage. L'un s'y aggripe, l'autre s'en approche, secouant les bras en l'air. Ils regardent le TER quitter la gare de Saintes ; j'y laisse les souvenirs de Noël, retourne à Paris pour tourner les dernières pages de 2009.

Deux voies de métro nous séparent ; l'homme est saoûl. "Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur la plaine", chante-t-il d'un rythme lent, d'une voix éraillée sous un visage rieur. Sur le même quai que moi, à ma gauche, debout, un homme téléphone. L'homme au téléphone porte un chapeau noir et, posée sur son chapeau noir une boule en verre peut-être d'une douzaine de centimètres de diamètre. L'homme saoûl le mime, je souris.

Une table nous sépare ; Natt vient de m'offrir un très beau livre. Nos trois compères (NiBruTho) ont aussi un amusant petit cadeau. Je les ai rejoints pour le dessert et l'île s'avéra flottante. Un peu comme l'ambiance, peut-être.

Samedi 26

J'en vois le bout. Le bout de la branche ? Le nouveau site du Cercle Généalogique* de Saintonge va voir le jour dans quelques autres**. La trève des confiseurs n'est pas pour moi, toujours des choses à faire... Mais l'horizon semble clair, et si un nouveau projet associativo-bénévole ne pointe pas le bout de son nez, je vais peut-être me consacrer uniquement à mes projets. 2010, année de l'égoïsss ?

* généalogique = arbre. Arbre = branche. Vous suivez ?

** jours. Vous ne suivez pas !

Vendredi 25

J'avais pris un peu d'avance. C'est vers 23h50, la veille, que j'avais déposé les nombreux petits paquets au pied du sapin, pousé hors de ma chaise par des bruits étranges. Ils provenaient de l'extérieur et probablement de groins de sangliers s'étant aventurés près d'ici. Mais bon, bref, cela c'était hier, revenons à nos moutons : les paquets. oui donc les paquets, déballés vers 12h45, rubans et papiers multicolores déchirés, froissés et entassés dans un sac poubelle faisant fi d'un Grenelle ou d'un Copenhague. Faisant également fi de l'attention que j'avais porté sur l'emballage, comme l'an passé, avec recyclage de pages de magazines, ah ben bravo c'est bien la peine que Ducros il se... ah ben à propos de Ducros nous revoilà à table, avec en particulier des terrines qui devraient faire revivre Bécassine un un Rossini qui faisait chanter le tournedos. Allez, allons digérer...

... Et retrouvons-nous autour à nouveau de la table un peu plus tard avec des visages pas vus depuis belle lurette. Et quand je dis lurette, je pèse mes mots. Elle, Isabelle, en tous les cas, n'a pas changé et les toasts ont toujours ce même parfum léger (d'asperge).

Jeudi 24

Père Noël sans renne, pour traîneau un sac à roulettes et pour hotte le fameux sac offert la veille, j'emportai vers l'horizon chagnolais nombreux cadeaux, quelques vêtements et de de l'inutile qui repartirait comme il est arrivé. Ajoutant à cela mon sac dit "à main", irrémédiablement à main depuis ce soir d'automne où la lanière céda, j'étais trop chargé, voire mal chargé, ayant réparti les poids un peu maladroitement. La coquetterie m'avait fait faire le mauvais choix : le sac à dos eût été plus propice (à lanière ?). Malgré tout cet encombrement (verbal), j'arrivai à bon port pour un déjeuner léger ; les agapes reviendraient le soir, la famille arriverait le lendemain.

Mercredi 23

J'allais dorénavant voir les week-ends autrement. Ce sac à dos pas vraiment décoratif (et peut-être à chaque fois trop rempli) qui me suivait lors de mes escapades de fin de semaine allait dorénavant subir la rude concurrence d'un si beau sac de voyage Frèdpéri®. C'était déjà Noël, Noël 24 heures plus tôt, la neige pourtant déjà fondue, disparue, oubliée.

L'autre surprise, plus tôt, le matin, provenait d'une ambiance parisienne qui m'était alors inconnue (je n'y étais jamais venuuuu, il avait fallu ce messaaaaage pour que je faaaaasseeuh le voyaaaage.... oups pardon je me trompe). L'ambiance, celle du bas de la rue Mouffetard le matin, mais tard dans la matinée quand on l'a gardée un peu grasse, grasse comme les volailles dans les vitrines. Mais les volailles, pour nous, ce furent des cailles, accompagnées pour le dîner de Saints Jacques, d'un risotto aux cèpes, de gâteaux de chez AOKI, d'un odorant fromage et d'un St Estèphe. C'était déjà Noël, Noël 24 heures plus tôt, la panse pourtant déjà tendue, bien bu, bien mangé.

Mardi 22

Dans mes souvenirs d'étudiants en deuxième année de fac, il y a quelques concours de Trivial Pursuit. Parmi les questions que l'on nous — on jouait en binôme — posa, il y en eut une, sur un carton de couleur rose, formulée plus ou moins ainsi : "Quand sont les contes de la Lune vague ?".
"Après la pluie !" répondis-je fièrement avant de faire l'admiration du public et d'engendrer sur nos adversaires un rictus d'exaspération parce qu'ils étaient vraiment mauvais perdants. Ce film était par bonheur cité dans un quelconque magazine, ayant pondu un classement non moins quelconque des 100 meilleurs films de tous les temps, mais un quelconque magazine que je feuilletais régulièrement en rêvant. L'originalité et de la joliesse du titre m'avait simplement marquées sans avoir jamais vu le film en question...
Le film en question, je l'ai vu, ce soir, après un dîner relativement léger (par rapport aux dîner qui allaient suivre). Je l'ai vu, enfin, et c'est étrange, j'ai une furieuse envie de le revoir. Attendrai-je 15 ans pour cela ?

Lundi 21

Une journée de plus et je me serais peut-être lassé de chercher des traces et des contrastes les doigts gelés... Mais la neige commence sérieusement à fondre, laissant apparaître quelque herbe endolorie. Alors je continue, cette fois durant ma pause déjeuner, occasion de découvrir un peu plus Nogent. Après le travail, je découvre même la librairie principale, mais je n'y trouve pas l'objet principal de ma quête et je vais donc m'enfourner à la fnoc pour être sûr de trouver mon bonheur (ou plutôt celui des autres)... La fnoc, 3 jours avant Noël, entre 19h20 et 19h55 c'est un peu un défi... tiens à propos ça passe encore Les Petits Papiers de Noël ?
Hein ?
Ah on me glisse à l'oreillette que ça n'existe plus depuis 25 ans.
Ah on me glisse aussi qu'on ne comprend pas le rapport avec la fnoc.

(La prochaine fois, si vous n'êtes pas sages, je vous raconterai comment je me suis cassé le nez sur le RER C et sur le bus le matin et le soir et vous verrez, ce serra encore moins intéressant que le paragraphe précédent)

Dimanche 20

Bon ben il faisait encore très froid...

... et il faut croire que cela m'a gelé le cerveau car je ne me rappelle pas, 4 jours plus tard, quel film j'ai regardé pendant l'après-midi, parce que le soir, OK, c'était "5 femmes autour d'Utamaro", film de Mizoguchi auquel je n'ai pas compris grand chose (d'ailleurs je n'étais pas le seul, n'est-ce-pas ?) parce que j'avais du mal à distinguer les femmes les unes des autres... m'enfin bon c'était quand même très beau.

Ah siiiiiiiiiiii ça y est je me souviens, c'était L'Etranger, de Visconti, d'après le roman d'Albert Camus. Un film à voir par curiosité, surtout quand, comme ce dimanche, y a une séance à 18h pas loin (assez loin quand même pour glisser avec crainte sur les trottoirs verglassés). Mais pas vraiment un film à revoir... oui parce que bon, bof, enfin bon tout de même y a Marcello Mastroiani dans le rôle de l'étranger naïf dégoulinant de sueur et Anna Karina dans le rôle de la pauvre fille...

Samedi 19

Dans Paris, sous un soleil frileux, j'errai à la recherche de photos à prendre sous mon regard d'hiver et de cadeaux à offrir à des regards d'enfants. Serpents pris dans la glace, les fils électriques de la fontaine Stravinski étaient probablement plus beaux hier, ou avant-hier, sans ces traces de pas, là, là, là encore. Peut-être pas. Quoi qu'il en soit, ils furent la surprise de la journée. L'autre surprise je l'ai laissée filer : celle que j'aurais dû éprouver face à quelques cimaises du dernier étage de Beaubourg si je n'avais pas mal géré mon emploi du temps.

Le soir, on reçut, parce que 13,5 degrés chez nos hôtes, ça faisait froid dans le dos. S&L vinrent donc avec victuailles chercher quelques bocaux. Et pour le tablier on dit merci beaucoup.

Vendredi 18

On parla de la neige, de ce "-2°C" qui se reflétait dans la vitre, des glissades qu'on avait craintes et de celles qu'on avait subies, du plaisir enfantin qui nous avait grisé la veille. Mais qu'importent les flocons pourvu qu'on ait l'ivresse d'un vin, blanc, rouge ou pétillant comme les yeux des convives devant tes mets (ou comme les yeux des joueurs devant Aymé, n'oubliez pas la liaison sinon c'est moins amusant).

Jeudi 17

Je suivais la foule, regardais surtout les pieds de ceux qui me précédaient dans les escaliers. J'ai à peine levé la tête. Nos regards ce sont croisés. Il avait quoi... 30 ans ? Brun, jeune, mince, on dira même beau, j'aurais pu le croiser ailleurs, ici ou là... Mais j'ai surtout soudain eu une certaine sensation d'identification. Dans ses yeux la fatigue, l'attente, l'espoir... que sais-je encore ? Sur le petit panneau qu'il tenait, quelques mots pour l'aider un peu, des mots que je n'ai pas lu, suivant le flux des usagers du métro. Ce qui aurait pu l'aider un peu était au fond de mon sac, je ne savais pas précisément où, mais je savais que c'était coincé quelque part entre une terrible gêne et une certaine honte d'être là, moi, debout, sans fouiller au fond de mon sac, marchant sans le savoir vers une journée emmitoufflée dans un bonheur simple grâce à ça :

Mercredi 16

Lorsque je m'assis essoufflé et étonné d'arriver au moment exact où le nom de Jim Jarmusch s'affichait sur l'écran, il était encore là. Il m'avait suivi toute la journée après s'être sournoisement glissé sous les draps vers 9h, car vers 9h j'étais encore sous les draps - demi-journée de congés oblige. Il s'était fait plutôt discret à certains moments de la journée mais, peut-être à cause du froid, ce fichu mal de tête était là, sur ce fauteuil bien plus bas que l'écran ; la nuque cassée, voilà qui n'aiderait pas le mal à diminuer, j'allais même devoir relever mes lunettes pour voir correctement les images. Mais quelles images ! C'est merveilleux comme un film aux scènes répétitives* et nébuleuses, vu dans des conditions déplorables, entrecroupé de deux ou trois assoup(l)issements, peut être perçu a posteriori comme un merveilleux moment. Parce que sur le moment, bon, quand même, j'aurais préféré être ailleurs.

* pas le temps de chercher le bon adjectif...

Mardi 15

Euh... ben... ben rien...

Lundi 14

Pour aller à mon travail ce matin, j'ai pris la ligne 7, puis la ligne 11, puis la ligne 4, puis la ligne 5, puis la ligne 1 et enfin le bus 114. Et si je vous dis que je suis monté dans un RER (mais que 20 secondes plus tard il a fallu en redescendre) c'est encore plus drôle, non ?

Dimanche 13

On tourna quelques pages sous la lumière feutrée d'un salon ; le soleil n'était que peu puissant, la fenêtre était étroite, quelques ampoules offraient sûrement quelque chose de plus. Sur les pages, des souvenirs. Ni les tiens, ni les miens : les leurs. Des visages connus ou pas, des noms connus ici ou là, le lieu était gorgé de souvenirs tendres, joyeux et amicaux collés au fil des ans sur un papier épais.
On travailla un peu puis on remonta le chemin. "Avec un peu de lumière ce serait mieux", dit un homme en passant tandis que j'essayais d'immortaliser cette barque, là-bas, au milieu des arbres. Avec un peu de lumière ç'aurait été mieux, évidemment, mais qu'y pouvais-je ?

Puis une longue promenade, une autre, et là-bas un chameau. On revint, la lumière aussi, subrepticement. Les heures passèrent, une ou deux, à peine plus. La nuit tomba, les températures encore un peu. On partit. Déjà ? Quel beau week-end cela avait été...

Samedi 12

Grimaçant et chaussures vernies, entre les deux un costume anthracite et une chemise aux rayures blanches et noires verticales à l'image du clavier sur lesquel il jouait du Chopin. Cette journée au Moulin d'Andé n'était pas tout à fait terminée, bientôt on dînerait et plus tard on retrouverait le pianiste jouant seul devant un Pleyel dans une des nombreuses salles du Moulin, peut-être la plus belle des salles, celle de la meule, surplombant la Seine froide et sombre.
Souriant et chaussures humides, nous avions durant cette jolie journée profité du lieu comme de ses alentours : une longue promenade le matin où l'on évoqua les noms locaux tels Renault et Truffaut, un très bon déjeuner ensuite, une nouvelle partie de ping-pong après celle (plus laborieuse) de la veille, quelques moments plus studieux tout de même durant lesquels je me heurtais à des séries de photos qui soudain m'apparaissaient, pour un certain nombre, sans grand intérêt. Le lieu, propice au travail, était évidemment propice aux doutes et sans doute propice à l'évidence.

Vendredi 11

Je n'étais pas seul sous le panneau d'affichage, et je n'étais pas le seul à regarder le retard annoncé. Un peu avec impatience pour être d'abord assis au chaud et pour être ensuite là-bas, un peu avec inquiétude pour une histoire de navette censée m'amener à bon port, mais plutôt avec calme à l'image d'une journée avancée avec tranquillité, rimant donc au propre comme au figuré avec RTT. Rime pas riche et journée non plus, ça et là du linge qui sèche, des cheveux coupés, l'achat d'un ouvrage de référence et de deux bouteilles de Gigondas : il faut savoir être accueilli. Accueilli je le fus, à la gare où heureusement la navette avait été remplacée par un taxi bien plus personnalisé et au Moulin enfin, lieu chaleureux déjà plongé dans la nuit.

Jeudi 10

C'était un peu comme le soir, peut-être même un dimanche soir, très tard. Car il y avait peu de monde, très peu, sur les quais comme dans le RER. C'était pourtant juste l'heure de pointe, de celles qui se font remarquer dorénavant les jours de grève, parce qu'elles offrent le maximum de minimum.
J'étais moi-même un peu comme le soir, disons comme un vendredi soir très tard, la fatigue accumulée. J'hésitais sur les mots et buttais sur le phrases de cet Échenoz que je relisais, en proie au sommeil et à l'envie de photograpier quelques nuques.

 

Mercredi 9

Vers 9h03, je me servai un café après une nuit de 5 heures, après dix minutes dans l'air frais du matin, après deux Doliprune 500 tirés d'une boîte achetée dans une étrange pharmacie sentant l'alcool de menthe et avalés grâce à une petite bouteille d'eau achetée à 8h30 précises au daily'monop de la rue St Denis qui venait juste de lever son rideau de fer, après un trajet en RER duquel j'ai voulu descendre du mauvais côté et (ouf) après un trajet en bus sans intérêt. Vers 9h16 j'avais encore un peu de mal à lire mes mails et à relire mes réponses le temps que le café fasse un peu effet, à supposer que le café me fasse un effet quelconque. Vers 18h13 après une journée durant laquelle la fatigue n'avait finalement eu aucun effet négatif sur mon travail en dehors d'un ralentissement jusqu'aux environs de 9h37, j'allai boire un verre, puis un autre, en me promettant, tout de même, de me coucher tôt. A 0h27 j'éteignis la lumière.

Mardi 8

La pluie était fine et hésitante, les analyses et les avis l'étaient peut-être aussi au sortir de cette projection. On se dirigea vers le buffet, on parla du film, d'Oscar Wilde, de ce procès, mais c'est plutôt le lendemain que l'on aurait voulu en parler, les images et les mots peut-être moins nets, mais l'évidence sûrement plus forte. On parla du film mais on parla aussi des autres et des absents, de l'absence de rillettes et de l'acier brossé, du goût de panetone, de celui du kougloff, mais rejoignons plutôt ce bar, métro Etienne Marcel, éponyme. Tu suivis le conseil du serveur, tu suivis ton envie d'être bien, d'être encore mieux, de faire te faire plaisir, de nous faire plaisir ; c'était réussi et l'on se coucha tard, enveloppé dans les vapeurs d'un St Estèphe et dans une housse de couette au rouge un peu plus clair.

Lundi 7

Ce vulgaire ticket de carte bancaire datant du 1er décembre et correspondant à un montant de 10,97 euros est enfin logé entre la 3ème de couverture et la fin de la bibliographie, avant d'en être délogé, avant d'être froissé, jeté par terre, ramassé, jeté dans un sac poubelle, oublié. Il a servi de marque-page, mais la toute dernière ligne du roman a été franchie :

qu'il l'aimerait jusqu'à sa mort.

Sous cette toute dernière ligne du texte, deux lieux et deux noms de mois de l'année 1984, période d'écriture durant laquelle, pour ma part, j'étais à l'école primaire en pensant peut-être au séjour en Espagne qui viendrait en août. Le Goncourt suivrait, quelques mois plus tard, et sûrement l'auteur dans le téléviseur, son visage, sa voix, me parlerait-elle sans que j'y fasse attention, l'esprit alors peu enclin à l'écriture.
Quoi que...
N'est-ce-pas cet automne là, assis au bout d'un rang de vigne, que j'écrivis cette petite rédaction sur un carnet publicitaire offert par mon grand-père ? Un carnet ou un agenda, probablement estampillé d'une marque d'engrais, et peut-être fermé par un petit élastique, mais clairement dans mes souvenirs recouvert d'une couverture bleue ; une petite rédaction traitant des vendanges, que je lirais quelques jours plus tard devant la classe entière. Déjà, un avant-goût de ce journal ?

Dimanche 6

Quand elle a été vieille, les cheveux blancs, elle est allée aussi chez le photographe, elle y est allée seule, elle s'est fait photographier avec sa belle robe rouge sombre et ses deux bijoux, son sautoir et sa broche en or et jade, un petit tronçon de jade embouti d'or. Sur la photo elle est bien coiffée, pas un pli, une image. Les indigènes aisés allaient eux aussi au photographe, une fois par existence, quand ils sentaient que la mort approchait.

La lecture de l'Amant, de Marguerite Duras évidemment, s'approche de la fin, dans ce train plutôt tardif remontant vers Paris. Page 118, étonnemment (étonne, Amant), ces quelques phrases si belles et bien d'autres encore avant et après, bien d'autres encore sur le portrait, sur les portraits, ceux de la mère, ceux des enfants surtout. Jamais de photos de lieux, de paysages, écrit-elle. Etonnemment, disais-je, car j'avais continué de lire, un peu plus tôt, avant de m'assoupir, ce Réponses Photo sur le portrait justement, cette pratique photographique qui n'est pas de mes habitudes, sauf à vouloir rompre la lithanie de néons, de manteaux rouges et de volets usés.

Samedi 5

Commencer par couper la tête. Sur le thorax, un coup de couteau franc au départ, plus délicat ensuite en approchant du foie, juste pour le caresser et n'entailler que la peau. Détacher les magrets, puis extraire avec doigté la masse de gras qui retient le foie. Veiller à ne pas percer le fiel. Regarder avec étonnement les viscères, s'émerveiller devant la couleur rose-orange des poumons, masser le coeur en espérant une résurrection, s'amuser en tirant sur l'oesophage, faire la moue en voyant ce grain de maïs encore là. Couper le reste sans trop se poser de question puisque tout finira en rillettes. Mettre à cuire : longtemps pour les puristes, rapidement (donc sous pression) pour les parisiens arrivés vers 17h30 devant la table de torture et ayant 6 canards à préparer. Vers 22h faire cuire un gros magret mais trouver qu'un deuxième ce ne serait pas mal non plus. Vers 22h30 être repu. Vers 0h30 être satisfait d'avoir déjà tout fini.

Vendredi 4

Il est plus tôt que d'habitude, une heure plus tôt. L'arrêt de bus est baigné de la lumière artificielle et rose des stands des forrains. Je tente quelques clichés mais le bus arrive trop tôt. Pour une fois j'aurais aimé patienter cinq minutes : deux jours plus tôt je n'avais déjà pas pu faire plus et encore moins faire mieux.
Tant pis, le plaisir photographique sera côté spectateur, après un arrêt à Bastille pour une galerie de la rue Jacques Coeur où sont exposés de jeunes photographes argentins. Couleurs, qualité des tirages, lumières, diversité, idées, cadrages, mise en scène, humour... Très beau moment qu'il n'est plus possible de voir sur des cimaises mais toujours sur le web, car cela se terminait le 6 décembre.


Un très beau moment, suivi d'un très très très beau moment, car c'est encore le Festival Rencontres Internationales et ce soir, au Palais de Tokyo, c'est pour moi une découverte phénoménale, celle du cinéaste arménien Artavazd Pelechian, dieu du montage (du montage dit "à distance" plus précisément) et de la bande-son. Pour ceux qui connaissent, je n'ai pas besoin d'en dire plus sur la force de ses films, et pour ceux qui ne connaissent pas je n'ai pas envie d'en dire beaucoup plus si ce n'est : voyez !

Jeudi 3

11h55. J'ai 10 minutes de retard ; je n'y suis pour rien. La simili visite guidée est déjà passée devant mes photos. Qu'en a-t-on dit, je ne sais pas. Les a-t-on ignorées, je ne sais pas. On me présente un peu, je mets des visages sur des noms, puis du vin blanc sur la liqueur et du gras de chips sur mes doigts. On me parle d'un journal interne, je dis pourquoi pas : j'ai comme une envie, après 4 ans dans une tout petite équipe, de vraiment me sentir au milieu d'une grande équipe.
Raymond Domenech, sors de ce corps !

23h55. Les draps, abandonnés les jours précédents, se sont légèrement imprégnés d'une odeur de tabac. Une odeur de tabac provenant de la pièce à côté. Une odeur de tabac froid, tiède à l'origine. Désagréable. La fatigue était plus forte que la gêne et le dégoût, je dors donc déjà. Pour cinq minutes encore, avant une sonnerie, une question et ma réponse déjà nimbée de sommeil. Pour une nuit surtout, dans cette odeur de tabac, encore plus froid au réveil.

Mercredi 2

Il était légèrement teinté de vert, puisque verdâtre sonnerait péjoratif. Il était aux pointes d'asperges et ravit les convives, mais en précisant cela je vais générer des jaloux et quelques soupirs parmi les habitués de ces lignes.
Mais pour une fois, la soirée se termina par des deer dears ; et ça, ce ne sera pas tous les jours.

Mardi 1er

C'était le jour où il ne me fallait pas oublier mon téléphone. J'ai oublié mon téléphone. En conséquence, le soir, je me suis pressé. Pour rien. J'ai fait un détour. Pour rien. Alors j'ai laissé un message. En vain. Je devais peut-être voir JL... Eh bien ? Je ne l'ai pas vu. Ce n'est rien.
Péripéties obligent, JL n'aura pas profité de mon carton d'invitation pour boire un fond de vin rouge dans un verre en plastique. En plastique ? Oui, en plastique... parce qu'après le détour nous nous sommes moins pressés, je étant devenu nous, vous l'aurez noté. Les soirées se suivaient et se ressemblaient presque, la différence n'étant pas uniquement dans la matière du flacon dans lequel on aura pas eu l'ivresse, mais surtout dans la projection, beaucoup moins à mon goût. A notre goût ! Nous partîmes.