Ca sentait le croissant. Elle s'en étonna auprès de son mari : nul corne croustillante sur le buffet. "I think you shoud ask: I've seen some in the kitchen" lui dis-je avec un accent le plus mimétique possible et un appétit bien meilleur que la veille*. Quelques minutes plus tard, j'avais devant moi un mélange sucré salé au milieu duquel trônait fièrement une petite saucisse au pâté de foie ; je laissais les croissants aux moins téméraires.
L'estomac bien rempli nous partîmes pour :
- l'institut d'architecture (appelé NAI) où
j'ai pu regarder des maquettes j'ai toujours aimé regarder des
maquettes mais au fond de moi j'aurais surtout aimé en faire,
- la magnifique, merveilleuse et fantastique villa Sonneveld,
construite au début des années 1930 pour un homme riche
prêt à s'équiper du dernier cri (aaaaaah) en matière
d'architecture mais aussi d'électroménager ;
- le Luxor, où nous sommes restés 2 minutes car en fait
la projection était à l'ancien Luxor qui s'appelle aussi
Luxor mais qui lui était à côté de notre point
de départ contrairement au Luxor où il ne fallait pas aller
qui était de l'autre côté de la Meuse, ce qui nous
a offert l'épuisant avantage d'arpenter une nouvelle fois le pont
Erasmus sous un vent frois et fripon ;
- le hall du Hilton parce que c'était en face du ciné**
et pour un café ou des sandwitches club c'était parfait.
... Le ciné ? Ah oui encore le ciné, ben oui c'était le festival, je ne vous l'ai pas dit ? Alors cette fois, c'était "Los viajes del viento" un film colombien sous-titré en... néerlandais. Ah ben oui, faut faire des expériences dans la vie ! (Gracias a Dios, entiendo un poco l'espingouin pero avec un accent colombien c'est moins évident).
Et puis après tout ça on a repris le Thalys.
* What ? Je ne vous ai pas raconté mon problème de canard laqué pas frais ?
** Dois-je vous préciser qu'il s'appelle le Luxor ?





"Sold
out too", nous dit-il, accent on ne sait d'où, roulement
de R et moustaches. Le choix n'en serait donc pas un, et le film serait
le Eugène Green : La nonne portugaise,
à 22h30, par défaut voire dépit. Nous avions donc
toute la journée devant nous pour découvrir Rotterdam, son
architecture contemporaine, son Hotel New York musée, son musée
Boijmans Van Beuningen... Tout ça sous un beau ciel bleu... mais
sur de glissants trottoirs.
Je raconterai TOUT cela bientôt sur une page à part*, mais
notons déjà que le musée abrite une très jolie
collection de peinture flamande (évidemment) mais aussi allemande,
française ou italienne. Mais j'ose avouer que mon plus grand plaisir
est venu d'une expo temporaire sur Jac.
Jongert, graphiste hollandais des années 1910-1930... La Hollande,
l'autre pays du graphisme ?
* Je sais, j'avais déjà dit ça pour Liège, Nancy, Londres, Modène, Marseille, Madrid...



La "Nuit bleue" d'Ange Leccia nous attendait... Nous prîmes donc le Thalys, rouge, pour Rotterdam. Finalement, la nuit serait également blanche parce que blanchie sous les flocons...






Je
m'étais sagement immiscé chez miss C avec sa permission
et mes hommages. Ma mission : ramasser des images.
J'étais donc là à l'heure, un peu en avance non ?
L'après-midi passa, les notes repassèrent, point je ne m'en
lassai. Bien au contraire.
L'homme tient une boîte à chaussures dans les bras, comme on tiendrait un nourrisson. Pietà 2010 ? Il s'approche de moi sur le quai du métro et m'aborde : "Excusez-moi, je vous ai vu prendre des photos tout à l'heure...". Il vend un appareil photo. Un Canon. Le 50D. Évidemment il tombe mal : jamais je n'achèterais un appareil photo à un type qui pouponne une boîte à chaussures.
La femme est en peignoir rose et bottes en caoutchouc, elle marche dans un bois. L'image est insolite, l'image est belle. Evidemment elle me plait. Environ quatre-vingt cinq minutes plus tard, les polices de caractères utilisées pour le générique du début sont citées dans le générique de fin. Evidemment ça me plait, au point que j'y repense et que je lui dit un peu plus tard, là, au bar ; je crois qu'il n'a pas encore son entrecôte. "It's been six months that i've been waiting for that", me dit-il en me serrant la main. Le film c'était "The Anchorage", primé l'an dernier à Locarno et qui passait à la Fémis for a french première. Voilà.
PS. Il a commencé à pleuvoir quand je suis passé rue Flocon.



En fait le catharre était tubaire. Enfin... il l'est toujours aux dernières nouvelles.
Comment ?






"Je me retrouve dans la décadence". C'était la phrase. Il était à nouveau là aujourd'hui, mais cette fois cette expression maladroite a bien marqué mon esprit. J'avais 2 pièces de vingt centimes et un bouton dans la poche droite de mon sac. J'ai gardé le bouton.
"Catar tubien". C'était là le souci. Gné ? Je lui ai fait répéter. Il a répété. "Catar tubien". Mais mon médecin, un peu partisan du moindre effort, m'a simplement expliqué l'origine du "tubien" en gromelant un "gmgmlmgl tube" accompagné d'un mouvement de doigts derrière les esgourdes. Je l'ai regardé avec de grands yeux, j'ai prononcé un "bon..." de dépit et je n'ai pas insisté. Depuis, catar, cathare ou cratère... que nenni... Google ne m'a pas aidé, mais mes oreilles sont (du moins en ai-je l'impression), un peu moins bouchées, ce qui, au bout de 15 jours de tryphontournesolite chronique, serait une bonne chose.
Qui dit nouvel appareil photo dit... essais...
















ou essais...



Quand je suis arrivé devant l'espace Adhésion de la FNOC* et que l'on m'a appris que la panne informatique était là depuis 1 heure 30 et pour un temps encore incertain voire inconnu, je me suis dit que c'était une machination**, qu'on voulait me mettre un bâton de plus dans les roues ("Ah non, faut pas embêter les roux !", cria Stéchagi).
Quand je suis revenu vers 18h30, les doigts croisés malgré les gants, par chance le service était à nouveau ouvert. Et bondé de futurs adhérents ou de je ne sais qui, en tout cas bondé. Cinq minutes de lecture, sept appelés absents et vingt minutes de papotage-chuchotage avec Fredichou Poussinou plus tard, j'adhérai avec un bonheur et un soulagement qu'aucun adhérent n'avait peut-être jamais ressenti en des décennies.
Quand je suis revenu à Ivry après 25 minutes de métro, j'ai fébrilement ouvert mon paquet. Le Nikon D700 était là, dans mes bras, juste le temps de le tester et de m'émerveiller.
Quand je suis (encore !) revenu à Ivry après 25 minutes de vélo, 4 heures de dîner, 32 minutes de vélo, la batterie était chargée, la carte était glissée.... une nouvelle vie pouvait commencer (enfin une nouvelle nuit surtout parce que nom de Zeus le vélo ça m'a tué d'ailleurs le pont je l'ai monté à pied, mais chut ne le répétez pas).
* Evidemment, les puristes diront que j'aurais dû acheter cet appareil photo dans un magasin spécialisé, mais je vous épargne les raisons (financières, pratiques et organisationnelles) pour lesquelles, finalement, j'ai atterri à la FNOC.
** Evidemment je vous épargne les détails (financiers, pratiques et organisationels) pour lesquels, finalement, je dis ça.
L'immeuble
est un quartier, disait joliment et justement le titre de
la conférence. Une conférence ? Oui, une conférence,
une fois n'est pas coutume. A cause des relations humaines que j'évoquai
discrètement récemment. A cause de ce quartier que je connais
bien dorénavant, mais que je vois, à présent, d'un
autre oeil. A cause, simplement, de l'intérêt que je porte
à l'architecture, qu'elle soit des années 1900 ou 2000,
quand elle rime avec audace, inventivité, générosité...
Renée Gaihoustet, architecte ayant principalement oeuvré
à Ivry, nous a donc fait partager son amour philantropique de l'espace*
pendant 1 heure 30. Et 1 heure 30, parfois, c'est vraiment trop court.
PS. Une autre fois, peut-être, si je n'ai rien d'autre à
dire, je parlerai du dernier album de Muse, que je trouve molto lourdo
avec son revival un peu depechemodesque mais énormément
queenien, mais qui aura eu l'avantage, ce soir, de me faire revenir en
mémoire cet album de Styx, Paradise Theatre, que j'écoutai
en boucle vers mes 17 ans. Boucle toute relative : d'abord c'était
un vinyl et il fallait donc retourner la galette, ensuite mon beauf' m'avait
prêté en même temps "London 0, Hull 4"
des Housemartins, et la concurrence était presque déloyale.
Dans ce petit coffret en bois restaient quelques boîtiers en plastique, bleus ou noirs. Ils allaient contenir les cd gravés depuis quelques jours et les jaquettes noir et bleu imprimées ce soir même. La compil était prête, celle qui depuis dix ans, personnelle et amicale (et prosélyte ?), venait rappeler les heures musicales de l'année écoulée. Des heures plutôt bleues, comme celles de fin de journée propices à quelques notes, avant qu'elles ne virent au noir.

Le
métro était arrivé un peu trop tôt, ou peut-être
avais-je lu un peu trop lentement. Quoi qu'il en soit, arrivé au
terminus, tous les voyageurs sont invités à descendre et
je fus invité à cesser ma lecture sans savoir ce qu'il allait
advenir du quatrième chat, puis du cinquième. Quelques courses
et 1 gigolette bien mitonnée plus tard, je pus rapidement conclure
le chapitre 16 et regarder "Boys don't cry",
un film beaucoup moins consensuel que celui de la veille, surtout sur
le fond, car du côté de la forme ça a tendance à
vouloir tricher, bandage ou chaussette aidant.
La
voilà qui criait "Fraaaanz" dans les rues sombres, trainant
sa robe à crinoline quand d'autres crient Aline. Mais cet humour
à deux florins dénature un peu ce qui, pendant deux heures,
avait été ce cinéma avec un grand A comme Aaaaaaah.
Costumes, musique, couleurs, décors époustouflants (voire
naturels), casting internachonôle, tout ce qu'il faut comme scénario
(amour, désir, trahison, danger, scènes de guerre...) et
en haut de l'affiche le nom du maître : Luchino Visconti qui, en
1954, offrait ce brillant Senso.
Soudain,
tout se bousculait. Parce qu'un petit projet de photos pour je ne
dirai pas qui avait soudain débarqué dans mon esprit
puis mon agenda, j'y avais vu là le moment adéquat pour
m'équiper d'un réflex à la portée de mes envies
et de mes moyens (d'emprunt). Au guichet photo de la FNAC, j'ai eu ce
soir dans les mains ce qui serait probablement mon futur jouet, un jouet
pour les grandes occasions et les jolies virées car on ne trimballe
pas 2kg dans un sac à main, ce qui fait trois mains pour une même
phrase. Mais évidemment, j'hésite. Parce que tout le monde
conseille le Nikon, mais parce que le Canon a dans sa besace un mode vidéo
et un plus grand nombre de pixels pour des impressions plus grand format...
C'est la folie des grandeurs ?
A propos de folie, petit amusement avant la nuit avec "Aiwa
to Zen", court-métrage de Candice Breitz. Si je vous
dis que les dialogues du film ne sont constitués que pas les 150
mots (noms communs, noms propres ou noms de marques) qu'elle connaissait
alors en japonais cela vous suffit ? Tssst non : c'est encore plus drôle
que ça.
N'oubliez pas : pour le hachis parmentier soit meilleur, il faut faire précuire la viande dans du vin blanc et être accompagné d'une grand-mère aux conversations de béton : ça ne rend le déjeuner que plus savoureux. A propos de hachis, c'est le moment de tailler les rosiers.
Evidemment,
c'était samedi, alors ça allait se bousculer par ici, en
images autant qu'en mots.
Parce que j'ai enfin pu voir ce "I wish your eyes"
baigné de nombreux sourires.
Parce que l'exposition Delpire (qui fut éditeur,
publicitaire, président du centre national de la photographie,
etc.) à la Maison européenne de la photo est un merveilleux
moment où se côtoient des souvenirs d'enfance (Les larmes
de crocodile par André François), les figures historiques
de la photo (terrible cliché d'un condamné à mort
par Alexander Gardner en 1865, pour ne citer qu'un exemple) et les plus
grands noms de la photo des dernières décennies (Sarah Moon
et William Klein principalement).
Parce que le visage de Mireille Perrier et le montage pelechianesque de
"Les yeux brûlés" de
Laurent Roth m'ont offert une heure étonnante au 104.
Parce que Casablanca en blu-ray, c'est comme
si Ingrid Bergman fredonnait As time goes by à votre table.




"J'en ai ras-le-bol" me cria-t-il en découpant les étiquettes de vêtements gris probablement achetés en soldes tandis que j'enfournais dans la machine à laver quelques vêtements foncés, à supposer que l'on puisse enfourner dans autre chose qu'un four. Je m'étais douté de sa saturation avant qu'il n'arrive, en voyant un peu plus tôt dans la salle de bain que nous partageons un désodorisant dont le nom rime avec le mien, et juste après qu'il était arrivé, en l'entendant ouvrir en grand les fenêtres du salon. Il avait ras-le-bol de l'odeur de tabac qui règnait de manière permanente dans les pièces communes et qui, insidieusement, s'infiltrait dans les autres (à savoir sa chambre et la mienne) et petit à petit imprégnait les vêtements, draps et autres sacs, détruisant le moindre plaisir que l'on trouve en théorie dans l'odeur d'assouplissant d'une serviette de bain au sortir de la douche, le visage enfoui dans la douceur veloutée du coton, tandis qu'un peu de vapeur s'échappe par le vasistas. Parce que là, les serviettes, elles puent la clope.
Boltanski, deuxième !
Cette fois c'était au Mac-Val et si la Mort est un lieu en plastique noir et des épouvantails en néons, moi je dis non.
Bon donc je vous replace mon statut facebouc du lendemain en le changent un peu : Arnaud a pensé bof...tanski mais a fort bien dîné... si !
L'attente
du RER, qui tel le Titanic semblait ce mercredi sombrer pour un peu de
glace, fut longue mais adoucie par la lecture de "Kafka
sur le Rivage", ce Murakami avec Van Dongen pour marque-pages
mais je radote. Adoucie aussi ma garde-robe. C'est qui qui s'est acheté
un pull FredPerry® en laine Mérinos ?
En revanche je ne radoterai pas en évoquant la séance cinéma
de ce soir, "La Dame de Trèfle",
film de Jérôme Bonnell avec l'excellent Malik Zidi et la
presque excellente Florence Loiret-Caille qui ne me fera pas gober la
fin mais film plutôt pas mal ma foi, oui non bon le scénario
c'est peut-être un peu pas toujours ça quand même hein
oui là ce passage là et puis la fin là, quand même,
j'insiste mais quand même...
Ah oui... au fait... violet le pull.

Boltanski
ce n'était qu'un nom, un visage puisque deux jours plus tard j'allais
le reconnaître, sûrement quelques images dans un magazine
mais quelques images oubliées. Boltanski, j'avoue, ça ne
m'évoquait rien. Ce mardi 12, vernissage de Monumenta
dans la Nef du Grand Palais, Boltanski m'a ému. Quelques instants,
le temps de te retrouver et que la discussion l'emporte sur l'émotion,
pas aux larmes, pas assez car cette pince au bout d'une grue, ça
m'a semblé un peu... un peu trop.
Un peu trop, c'est le cas de ce film "L'histoire de Richard O.". Quoi que.... il n'est peut-être pas assez plutôt que trop. Mais j'en dis déjà trop. Bonne nuit.
PS. Bon j'ai aussi vu une expo à Nogent sur les Mairies du Val-de-Marne, c'est très intéressant pour ceux que ça intéressent et vous devriez y aller mais là j'arrive pas à fournir alors j'en parlerai peut-être une autre fois, mais peut-être plutôt ailleurs.
J'ai sorti mon carnet un peu trop tard, le temps de prendre trois pièces
de mon porte-monnaie ; j'avais alors déjà oublié
la phrase précise qu'il avait prononcée dans ce RER moins
rempli car c'était lundi. Etait-il tombé dans la déchéance
ou dans la décadence ? Pourquoi avais-je si vite oublié
ce mot qui, justement, m'avait surpris dans son bref discours ?
J'ai d'ailleurs un peu oublié ce qu'a dit cet autre type, là,
assis en face de moi à côté de cette fille en pantalons
larges et gris, un truc du genre "En 88, y avait les Rocardiens,
les Miterrandiens et les Fabiusiens. Quand ça a explosé
j'ai abandonné" mais le plus amusant c'est qu'il avait
ces gants que portent les cyclistes ou les souleveurs de fonte ; on était
pourtant dans le métro. Il est descendu où déjà
?
J'avais alors, un peu plus tôt, glissé cette carte postale de Van Dongen dans le Murakami que tu m'avais offert par grand vent, vers minuit, minuit passé de deux ou trois minutes peut-être, décidément que n'oublie-je pas ? Même les minutes ?
On avait alors, un peu plus tard, tenté de regarder "As tears go by", de Wong Kar Waï. Un film de 1988. Avant même de vérifier l'année, c'était évident, ça puait le clinquant de ces années-là, la musique, les coiffures et les fringues ajoutant une couche indigeste de vulgarité à ce truc qui fut éjecté du lecteur au bout de 15 minutes. Tant que ça ?
Ca s'est donc fini avec un court-métrage muet d'Ozu. Muet ! Une grande première pour moi j'avoue. Et comme ça fait pas de bruit c'est encore plus facile de s'endormir devant. Parce que je me suis endormi devant, non ?
A ce rythme là, la centaine de films vue en 2009 va être
largement dépassée en 2010.
- Séance cinéma avec un "Persécution"
Chéreau qui ne porte pas très bien son nom, et c'est d'ailleurs
un peu dommage car Anglade est un excellent persécuteur. Les deux
autres têtes d'affiche, le Duris et la Gainsbourg, forment et déforment
merveilleusement bien leur couple, et l'on regrettera juste que la fin
traîne un peu des pieds.
- un "Printemps tardif"d'Ozu sans
la moindre relation avec les trottoirs glissant. Les vieux films japonais
sont décidément une belle découverte récente,
et celui-ci ne déroge pas à la règle... avec cette
fois-ci cette oeuvre de 1949 où le poids des Etats-Unis se glisse
dans quelques plans.

Face
à l'embarras, le choix se porta sur le film de midi rue Christine
au lieu du film de 11h rue Balzac. C'était plus près, c'était
plus tard, et c'était tellement plus loin, le début de cette
relation amicale, que c'était peut-être plus important. Après
quinze trop courtes et si jolies minutes du court-métrage "Au
fond de l'eau" de Tigrane Avedikian, direction le RER Musée
d'Orsay - utopie ! - à pieds, et nous voilà glacés
par le vent qui courait sur les quais. Un peu refroidis ensuite, mais
par la déception. L'invitation au voyage que constitue l'exposition
de photographies actuellement à la Maison du Japon
et les quelques jolis noir et blanc ou éclats de couleurs de ci
de là ne m'ont pas suffi.
Plus tard, on dîna. Des têtes inédites autour de la table, d'autres pas. Une tête couronnée, d'autres pas. Des destinations inédites, d'autres pas : Beyrouth, Madrid... et puis quoi ? Ramallah ? Non, pas pour moi.
Des
sourires, des brushings, des cravates, des mains à serrer, des
canapés, deux kirs, deux discours, des tranches, une cuisse, trois
verres, trois morceaux, trois parts, deux flûtes, deux tablées,
un rock, un tango, vite vite lent, vite vite lent, une valse, un rer.
La lumière froide à travers la vitre du RER m'indique que nous avons dépassé Vincennes. Je soupire. Depuis 30 pages, depuis hier je crois, cette histoire de canasson n'en finit pas. Mon coeur continue donc de balancer au sujet de Jean-Philippe Toussaint : son écriture peut être si belle quand elle se retient et si drôle quand il se lâche ! Mais entre des formules ampoulées ou terrifiantes ("où ne luisait que la lueur"..."d'arabisantes arabesques"*) et un récit qui finit par me plonger dans un profond ennui (oui donc cette interminable histoire de cheval qui s'échappe dans un aéroport et puis qu'on charge en soute en nous rappelant qu'il a peur et qu'il a une blessure à un genou**) je commence à saturer. Vite, vite, que j'en finisse, Murakami m'attend.
* Désolé je n'arrive pas à croire que ce soient des effets de style perdus volontairement au milieu du reste.
** L'étalon est à présent boîteux... Faut-il y voir une allégorie des relations amoureuses (et sexuelles évidemment) des personnages ?


P.S. Effectivement tu as bien fait de me dire Fernandez. Philippe Fernandez. Avec un Z lui aussi. Avec une sacrée dose d'humour aussi pour ce "Connaissance du Monde" pour lequel je retiendrai surtout la scène chez la mère.
Il m'a dit : "C'est normal, c'est comme un songe". La formule était jolie et tentait de me consoler de m'être assoupi pendant la projection de ce film magnifique. Parce que j'en ai assez vu pour le considérer comme magnifique. Assez vu pour en vouloir plus, vouloir tout, vouloir le revoir et réentendre la voix et la musique de ces Nocturnes pour le Roi de Rome. Vouloir revoir Rome aussi. Et puis les autres films de Jean-Charles Fitoussi. Ceux de Philippe Fernandez aussi, me dis-tu ? Très bien, je note... regarde, c'est écrit à droite..
Etalées sur mon lit : des feuilles de papier photo ultra glacé 300g/m² et une feuille de papier mat. Sur les feuilles : des photos. Mes photos. La plupart jamais imprimées. Soudain, elles vivent. Elles n'attendaient que ça : sortir de ces fichiers et respirer, faire éclater leur lumière, éclabousser de leurs couleurs vives. Et m'enthousiasmer. Soudain ces quelques photos que j'aime sont devant mes yeux en dehors d'un écran, la plupart encore plus belles, d'autres surprenantes en raison du calibrage de l'imprimante. Si être heureux c'est voir la vie en rose, alors j'ai encore plus de chance, car je la vois aussi en orange, en rouge, en bleu, en vert...
C'était pour moi un nom connu, un visage aperçu, une voix oubliée glissée entre trois circonstances et deux plages sur une quelconque compil. Le nom et le visage étaient présents dans ce hors-série des Inrocks acheté au Relay du RER, car un album de l'artiste était paru en 2009. "Il faut que j'achète ça" , me dis-je en tapotant la page de l'index de la main droite. J'étais pourtant incapable de me rappeler quoi que ce soit d'elle, ni un son, ni un air ; je savais simplement, comme une évidence, que j'allais aimer et que j'aurais dû aimer de puis longtemps. Deux heures plus tard, j'apprenais sa mort. J'avais manqué mon rendez-vous avec Lhasa. L'amour serait posthume.


Un sourire délicieux éclairait mon visage : le désir avait décidément des effets bien positifs. Le désir en question, c'était celui de Tom pour Madeleine, dans ce film Desire de 1936 où Marlène Dietrich et Gary Cooper forment un duo irrésistible de charme et de drôlerie. De quoi faire aimer les dimanches et c'était pourtant mal parti, ciel trop foncé et sourcils froncés sous l'emprise d'un mal de tête effronté. Celui-ci eut malgré tout du bon, me poussant loin de l'écran, dans un bain puis dans la rue, dans un bain pour confirmer que Jean-Philippe Toussaint est vraiment bon dans l'urgence, dans la rue pour confirmer que la Poste du Louvre est vraiment pratique dans le même cas*.



* Une urgence toute relative puisque le pli ne partirait que le lendemain à destination d'un magazine pour lequel j'avais franchi un pas énorme, celui de sélectionner quelques photos pour affronter le regard de spécialistes... Rien à gagner, si ce n'est le sentiment (déjà acquis via une enveloppe affrancie à 1,35 euros) d'aller de l'avant.
C'est l'hiver. C'aurait pu réchauffer d'aller vers le Sud. Plein Sud. Pour aller pique-niquer par exemple. En emportant les sandwitches et un paquet de chips. Mais emporter les chips c'est une chose, se laisser porter par Lifchitz c'en est une autre.
Première résolution de 2010 : continuer les jeux de mots pourris qui permettent de ne pas s'étaler sur un film qui laisse une impression de bof bof et pour lequel on aurait quand même des choses positives à dire mais quand même pas beaucoup.
C'était
de bonne augure pour 2010 : derrière les rideaux épais le
soleil tentait de s'infiltrer. Les rideaux tirés, il suffisait
de lever un peu la tête pour voir un beau bleu au-dessus de l'épicerie.
Elle était ouverte, j'y trouvai jus de fruit et yaourts.
Tu restas accompagné d'un livre tandis que j'allai voir la mer.
Les vagues se fracassaient sur la plage, version aqueuse des rafales de
la veille : sale temps pour les galets. Mais mes piles flanchèrent,
cela n'allait pas de paire avec l'attente de prendre des grandes vagues
en flagrants délits. Le temps de faire les valises et de grignoter
quelques restes salmono-fromagés, piles et estomacs se rechargèrent.
Voici alors les vagues et les berges soudain bien peuplées. Voilà
enfin les jolies rues de Veules.
Petit à petit, l'horizon s'assombrit. Au fur et à mesure
de la remontée vers le Nord et des arrêts majestueux, venteux,
crayeux ou boueux (Sotteville, St Aubin, Guerville, Ste Marguerite...),
le ciel noir nous rattrapa. C'est à travers la vitre d'un salon
de thé, après la dernière escale à l'église
de Varengeville, que la neige se montra enfin. Il était temps de
repartir.





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