
Lisette
Model faisait de la "street photography". Moi aussi.
Un peu. Ici
ou là...
Mais si j'ai trouvé un petit point commun entre mes photos et le
travail de Lisette Model, sachez qu'en dehors de deux poignées
de clichés magnifiques, un reflet, une jambe, une moue, ce travail
ne me touche pas*... Le travail d'Esther Shalev-Gerz — elle aussi
à l'affiche du Jeu de Paume — non plus, ne m'a pas touché,
enfin si un peu, d'ailleurs c'est l'installation la plus inconfortable
qui m'a happé ; il fallait donc rester debout pour écouter
cette femme saami**. Allons plutôt nous asseoir boire un café.
Vers 17h on se leva. Cela faisait bien 45 minutes qu'on papotait avec
MB mais le spectacle "Une fable sans importance
- L'importance d'être Oscar Wilde"
nous attendait métro Lamarck-Caulaincourt, un spectacle hétérogène
qui a pour principal défaut de trop vouloir en faire sans vouloir
trop en dire — un peu à l'image de ce titre bancal et à
rallonge —, sombrant maladroitement dans une assiette anglaise qui
aurait pu être beaucoup plus qu'agréable... Dommage.
Et c'est donc dans les bras des frères Larrieu, avec leur bluette campagnarde "Peindre ou faire l'amour", que cette journée haute en culture se termina dans la malice, la douceur et le libertinage. Ah quel(s) plaisir(s) !
* je t'en supplie, aies pitié de moi.
** Saami ! Pas salami ! Pfff vous n'êtes pas drôles...
Je le craignais. Lorsque tu m'as proposé de t'accompagner chez
ton chapelier préféré, je me suis dit que mes tentatives
actuelles de restrictions budgétaires personnelles risquaient de
vaciller. Et j'ai essayé ce chapeau. Orange. Et puis cette écharpe.
A carreaux. C'est un peu la folie des couleurs en ce moment... "Il
est soldé aussi celui-ci ?"... "Et ça
?".
Et vlan.
Orange, c'était aussi la couleur des sièges du cinéma où passait "La Reine des Pommes" (et où passait d'abord un court-métrage trop long), léger mais décevant en conséquence taisons-nous.
De son accent néerlandais, il nous avait plus ou moins conseillé hier "A Single Man", parce qu'hier il était là aussi même s'il ne fut pas cité. De mon accent français je le conseillerais aussi, touché malgré l'ambiance peut-être un peu trop beige où un trait de vie provenait d'une robe bleue, touché malgré la crainte envahissante du début, crainte que l'absolue perfection du trait ne rende tout cela indigeste, touché par l'évidence des désirs, touché parce que Julianne Moore, touché malgré... mais chut, non je ne dirai rien. L'ambiance d'après fut encore plus beige et baignée à nouveau de cet accent néerlandais, de ces accents d'ailleurs, c'était marrant d'ailleurs qu'on se retrouve rue de Verneuil une semaine après le Gainsbourg, c'était marrant oui, ce moment.
"Je constate que tu n'es pas plus en avance que moi", m'as-tu dit alors que je m'asseyais souriant sur la banquette du métro, souriant de ce hasard qui nous avait fait nous retrouver dans la même rame. Nous nous rendions évidemment vers la même destination où nous attendaient neufs abats-jour lunaires, des corps suspendus, une caravane, une voiture de sport multicolore, Su&Lo, le sourire malicieux de notre hôte et un taxi au bout de la rue Daguerre vers une heure bien tardive qui en contenait à peu près deux.
Ca tombait plutôt mal : je n'avais envie de traîner. J'avais encore deux trois choses à faire avant de partir pour Ivry retrouver Magdo et avoir la surprise des bugnes que tu rapportas de Lyon, et j'étais simplement aller au BiHêtchVi pour acheter un tube de colle car il devenait urgent de réparer ce qui pouvait presque sembler irréparable. C'est place Stravinski que les premières gouttes sont tombées tandis que je prenais quelques photos, comme quoi la non envie de traîner était toute relative... Quand les gouttelettes se sont transformées en cordes, c'est dans ce bar qui fait le coin que je me suis réfugié, la terrasse était abritée et le café médiocre, la vue à peine meilleure mais pourquoi pas.



Les feuilles de format A4 s'entassaient sur deux boîtes de rangement
rouges. Pliées en deux, pliées en trois, un peu froissées,
obsolètes, écornées, des courriers, des salaires,
des contrats, des factures, la sécu, l'employeur, l'hébergeur,
le passé, les mois passés qui n'avaient pas le temps de
prendre la poussière, une nouvelle feuille déjà là.
Les feuilles de format A4 ont été rangées, jetées,
classées, déchirées. Je crois que je devrais acheter
une nouvelle boîte rouge.
Euh...
Ma
culture philosophique ayant été engloutie avec l'aigre confiture
de mon année de terminale, j'ignorais l'existence de René
Scherrer, à tort, évidemment à tort, car un peu de
réflexion philosophique ça ne m'aurait pas fait de mal depuis
18 ans... Bref... Le mac/val présentait ce soir la première
partie d'un film de Franssou Prenant (précédé de
deux fois 4 minutes de Bouchra Khalili* et d'un 16 minutes de Laurent
Grasso**) et si je ne suis absolument pas en mesure de transmettre la
pensée du penseur, et pourtant je n'ai nullement dormi, ces 50
minutes étaient un vrai bonheur, celui de la transmission, du partage,
de la parole offerte... ça valait bien l'effort d'y aller à
vélo.
Et puis comment on était dimanche, c'était plutôt
bien de finir par un film de dimanche soir. Un Lubitsch en l'occurence,
loin, bien loin de toute considération philosophique. La
huitième femme de Barbe-bleue n'est qu'un amusant
moment où le français (vendeur de grand magasin ou bourgeois
ruiné) en prend pour son grade... Amusant ? Sans plus. Décevant
? Un peu...
*souvenirs de Madrid...
** euh...
J'avais
appris la veille que mon arrière grand-oncle Gustave vivait rue
de la Quintinie, au numéro 59, lorsqu'il mourut, et comme j'avais
peur de ne pas m'en souvenir je m'étais dit "comme le département
du Nord" parce qu'à quelques exceptions près je suis
super bon en numéros de départements. C'était tout
juste avant la guerre, il y a cent ans, et depuis le numéro 59
a disparu, remplacé par des immeubles modernes au teint blafard.
Cela dit je ne suis pas allé vérifier sur place car je me
suis arrêté au numéro 11 et j'ai fait confiance à
gougueule map. Au numéro 11, ma foi quelle coïncidence tout
de même d'être invités dans cette même rue, mais
avez-vous noté le s au bout du participe passé ? Smiling
O' nous avait conviés à une foie gras / blanquette / gâteau
à l'ananas party au cours de laquelle nous n'avons même qu'éfleuré
Rotterdam, le Mali ou le futur appartement, sujets de conversations pourtant
inévitables. Au lieu de cela, nous avons évoqué des
sujets beaucoup plus drôles — ah oui non quand même
la réforme de l'éducation nationale je crois que ce n'était
pas drôle — avec ses amis PasLuMan. Je me demande à
présent si nous avons évoqué le détour par
l'opticien et surtout par la rue Louise Weiss pour Body Double
22, oeuvre de Brice Dellsperger avec le multi-étoilé
Jean-Luc Verna et je me demande à présent, faute de temps
parce que vous avez vu l'heure ?, comment résumer Body
Double 22... Alors vous voyez la Kidman dans Eyes Wide
Shut de Kubrick ? Et bien oubliez-la
!
Ca commence bien, même très bien, très à mon goût, des idées amusantes ou intelligentes, des personnages réels semblant romanesques sur l'écran, une Anna Mouglalis qui ressemble à Fanny Ardant et pourtant elle joue Juliette Gréco, une pétillante sheebam-snap-pop-laetitia-casta-wiiiiz... et puis après ben les petits bouts de vie de Gainsbourg, piochés ici ou là, ça fait plus bof que wiiiiz. I'm sorry (angel) mais le film Gainsbourg : hélas (e dans l'a t i t i a) !
Il suffit de dire "Allemagne" et "1933" pour tout de suite avoir, au choix, la nausée ou des sueurs froides. Le Testament du Docteur Mabuse, de Fritz Lang, est sorti en Allemagne en 1933. Alors ? Nausée ou sueurs froides ?
Passé
devant, combien de fois ? Tant. Cette fois je m'y arrête, j'y dîne
avec N et les parfums libanais passent de l'assiette aux papilles. C'est
ensuite dans le fauteuil rouge pisseux* d'un cinéma voisin que
l'on prend place pour ce "White lightnin" qui commençait
bien. Mais les effets c'est parfois vite indigestes... surtout quand ça
se termine en auto-eucharistie de cul béni/terreux.
* Private bad joke
- Alors, tu l'as vue la fin du film ?
- Quel film ?
- Ben le film de l'autre jour devant lequel tu t'étais endormi.
L'histoire de ce type qui vole 30 000 dollars.
- Ah celui-là ?! Ben on a regardé la suite.
- Et alors ?
- Ben je me suis encore endormi.
- Ah... Et c'était quoi le titre alors ?
- Euhhhh...
- Eh ben, j'étais pas venu ici depuis des lustres, mais ça
n'a pas changé (toujours ce même parfum léger)
Aujourd'hui, dans les Dossiers de l'écran : "La chemise,
ce douloureux problème". Parce que le pull, que dis-je
LE pull, oui oui oui LE pull avec un grand leu n'allait pas du tout avec
une chemise (cf. chapitre 5, paragraphe 3 du petit dandy illustré)
il fallait trouver une solution.
Après moultes essais, l'espoir se dévoila sous la simplicité
: un tee shirt, la douceur du cachemire se mariant parfaitement avec des
bras sans manches. Tiens à propos de bras, j'allais pas à
la salle de sport moi autrefois ?
Toutes ces familles d'origine asiatique dans le métro... je ne comprenais pas trop le rapport avec la Saint Valentin. "C'est pas le Nouvel An chinois ?", me demandas-tu, perspicace.
Nos chemins s'étaient séparés dans un couloir de Chatelet lorsque j'eus réponse à ta question : lampions rouges aux réverbères, rues coupées, badauds patientant... puis, après un détour par chez moi pour m'alléger d'un sac et m'alourdir de deux appareils, des couleurs, des pétards... C'était bel et bien le nouvel an chinois.








C'était
en fait sur ce fauteuil années 30 que j'aurais volontiers posé
mon postérieur et jeté mon dévolu, et non pas sur
ce miroir Art nouveau sans grand intérêt et chevauché
de deux iris, miroir que j'était venu voir de près puique
après tout, pourquoi pas, je n'avais jamais mis les pieds dans
une salle des ventes. Levant le nez, les années folles étaient
là, sous la verrière et les ferronneries qui font de Tajan
un lieu magique, au-delà du bric-à-brac qui s'y trouvait
exposé en cette veille de vente et du luxe relatif (très
relatif) qui y règne mais c'est uniquement pour faire la liaison...
... Car du luxe à Lux il n'y a qu'un
pas, parce que Lux était le nom du beau spectacle du chorégraphe
Daniel Larrieux vu ce soir à la Ferme du Buisson.
"Encore cette ferme ?" diront les esprits étonnés.



Ca
tombait plutôt bien que tu reviennes de la Ferme, mais plutôt
mal que j'aie un doute soudain sur quelques vulgaires imparfaits du subjonctif
remplacés par un présent à présent. Ca tombait
plutôt bien car j'avais fait du lapin, on comprendra facilement
le rapport avec la Ferme, même affublée d'une majuscule,
d'un complément nominal et d'une précision géographique
: du Buisson.
J'ai oublié. Le cadeau impossible à emballer avait pris trop d'espace et j'ai oublié celui-là, fourré rapidement dans la poche de mon sac avant de descendre. Nous allions vers la rue Ste Anne, par là, un resto japonais pourquoi pas ? Tu sais, je crois que tu as mangé ma salade.



Le dicton du jour : Neige à la St Arnaud, oh chouette.
Nous avions rendez-vous à 19h. A 19h05 je n'y étais pas, je t'appelai, te prévenai d'un "le temps de..." incomplet. Le temps de deux changements en vérité : un de métro, un de chaussures. J'arrivai donc là-bas bien tard. Au fond du bar, sa blonde chevelure de dos, toi face à elle et un thé ; elle n'avait pas encore commandé. Je lui remis le cd de photos à peine triées et l'on parla. Surtout vous, parce que moi...



Parce qu'L en avait apporté
A la commissure, magret.
La Grèce Antique, avec un grand A pourquoi pas, ne fait partie que de vagues souvenirs scolaires ou télévisés, où les dieux de l'Olympe s'agitaient au milieu de colonnes doriques, éventuellemen transposés dans le trente-et-unième siècle pour un Ulysse interplanétaire. La Grève antique ne fait pas non plus partie de mon fonds iconographique... d'où une certaine difficulté et une difficulté certaine à trouve quelques ilustrations... voire des idées, mais ceci est un autre problème.
Déjà
vue. Dans le quartier ? Ailleurs ? Pour être ailleurs, c'est sûr,
elle est ailleurs. La voilà qui marmonne et s'approche de moi,
moi qui suis là, grignotant du bout des dents et tenant du bout
des doigts ma part de pizza un peu chaude et vraiment grasse au pied du
feu tricolore. Elle m'attrape le bras, me propose en une phrase trop rapide
d'aller manger quelque chose ensemble, et n'obtient pour réponse
qu'un "Vous ne me touchez pas" et ma silhouette qui
s'éloigne précipitamment vers ce bonhomme enfin vert, débarrassée
du moindre embarras et de quelques principes de base de la sécurité
routière.






Au
loin, deux tricots de métal. Sous la lumière des néons
se dessinent des sourires, des conversations et des scènes entrecoupées
de transparence et de délicats dégradés. Noir. La
lumière tremblent, les joues se gonflent et font vaciller les cinquante
flammes, mourant au bout de bougies blanches posées sur un gâteau
vert. Noir.
La petite fille ne veut pas être photographiée. Mon regard se pose ailleurs, sur une adolescence qui projette et s'engage. Puis dégage. Trop tôt. Tant pis, moi aussi.



Il fait encore froid. Sur un quai de la ligne 6 elle part travailler, couvre-chef de rigueur. Je suis assis sur le strapontin vert et raide d'un wagon, je tourne la tête, je l'aperçois sur le quai d'en face. Je la regarde fixement : me remarquera-t-elle ? Oui. Son regard s'arrête dans ma direction, on y lit l'interrogation. Je lui souris, elle me renvoie un sourire, oui c'est bien moi, des saluts de la main, un ou deux hochement de tête à travers la vitre, une moue qui dit "tant pis", signes fugaces et mon métro s'éloigne.


Sylvia von Harden est dans la foule et les volutes. Sylvia van Harden ? Oui et non : son portrait, sa représentation par Otto Dix dans ce superbe tableau de 1926 est là, dans le public du cabaret, regardant sur scène se succéder la grivoiserie et l'insouscience... jusqu'à quand ? Wilkommen, bienvenue, welcome, ritournelle éternelle, connue et reconnue que l'on ait vu Cabaret ou pas. Je n'avais jamais vu Cabaret. Pourquoi ? Sachant qu'évidemment il me plairait, espérant qu'il en serait de même pour toi, je t'ai proposé avec enthousiasme la séance de 19h puisque le film ressortait sur les écrans ce mercredi. L'enthousiasme était là à la sortie, rue Christine, le petit ticket rose de cinéma au fond de la poche, un ticket comme on n'en fait plus. Un film comme on n'en fait plus ?



L'exposition "La main numérique" actuellement à la Maison Bernard Anthonioz de Nogent-sur-Marne est un curieux mélange. Curieux... euh.... tout est relatif... Disons un mélange dont le sujet de fond (présenter des artistes ayant plusieurs pratiques : dessin, multimédia, etc.) est intéressant, mais ça ne mérite peut-être pas qu'on s'en esbaudisse* comme le fit le commissaire d'exposition, cheveux au vent et gaudriole au coin du sourire, nous faisant partager son enthousiasme (et sa retenue pour une ou deux pièces) au cours de la visite guidée. Un enthousiasme que je partageai complètement sur certaines pièces et surtout sur un nom que je retins, celui de Thibault Waré, un nom rimant, le peu que j'en vis, avec humour, légèreté, onirisme, sensibilité et poésie... Un nom qu'il faudra revoir.
* Dominique bien sûr.
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