Le journal de l'Arno - mars 2010

 

 

Mercredi 31

Une anecdote, puis une deuxième et déjà je pense à Mréjen. Puis une troisième et j'ai oublié les deux premières. Plan fixe, couleurs ternes, très bons jeux d'acteurs. Trop bons ? Les anecdotes se succèdent, vingt-trois au total ai-je cru lire, anecdotes insignifiantes ou touchantes, souvenirs douloureux ou amusants... Où est le lien, où est le liant ? Où est le fil, à part dans le dos de cet homme qui, avec son histoire de folie douce, me fait espérer une rupture, une envolée, une descente de ce train-train. Non. Je n'ai pas pleuré, je n'ai qu'à peine ri, je n'ai que si peu souri. Mais je ne me suis pas ennuyé. J'ai eu, face à cette Suite parlée, un doux sentiment d'indifférence.

Et puis j'ai fini Ogawa.

Mardi 30

Horaire confirmé, voilà qu'on pouvait diffuser l'information précisément, et inonder de bleu les boîtes-aux-lettres amies. Le procès d'Oscar Wilde sort mercredi prochain... mais vous le saviez déjà, non ?

Comment ça non ?

Lundi 29

Dimanche 28

Ce n'est pas la saison des torses nus ni des sandalettes. C'était pourtant, à Clichy, l'occasion d'en mirer. Parce qu'il y avait concert, parce qu'il y avait d'abord un raccord, et qui dit raccord dit moment adéquat pour faire des photographies sans gêner personne, ou du moins si peu...

Samedi 27

"Ici c'est le marais du fond du coeur. C'est le dernier endroit où échouent les souvenirs"

Je ne lirais ces deux phrases que quatre jours plus tard dans le roman "Cristallisation secrète" de Yoko Ogawa, roman enfourné dans mon sac depuis un moment déjà, mais la citation méritait sa place ce samedi, dernier de quatre jours de rangement, pendant lesquels mes souvenirs ont fini, pour certains, déchirés dans un sac poubelle. D'autres, en revanche, continueraient leur existence dans des chemises, des boîtes, des enveloppes ou des tiroirs, parce que non, il fallait pas, je ne voulais pas, je ne pouvais pas me résigner à jeter toutes ces traces du passé.

Finalement, cette histoire de souvenirs ou de pages de magazine dont je me débarrasse, c'est un peu comme ces phrases de Perec, retrouvées aujourd'hui dans un film :

Au fil des heures, des jours des semaines, des saisons, tu te déprends de tout, tu te détaches de tout. Tu découvres avec presque parfois une sorte d'ivresse que tu es libre, que rien ne te pèse, ne te plait ni ne te déplait.

... Mais je ne me sens pas plus libre en me détachant de tous ces souvenirs de papier. Qu'importe, ces phrases, c'est simplement leur beauté qui m'a émerveillé, il était 15h, je n'y voyais aucun sens caché, ni celui-ci ni un autre.


Et puis tu m'as dit que cela durait 4 heures, oui ce que nous allions voir ce soir durait quatre heures, moi j'ai dû lâcher une onomatopée faite de surprise et d'inquiétude, imaginant l'ennui sur un siège au confort éphémère ou improbable, parce que le nom Mnouchkine, qui ne m'était pas inconnu, était empreint d'une image... théâtrale. C'est bête, mais c'est l'adjectif qui me vient à l'esprit, reste à faire comprendre ce que je sous-entend, mais bon, bref...
Et donc ? Ennui ? Que nenni ! Du mouvement, de la vie, du spectacle, de la surprise, enfouissant sous de la neige en confettis, noyant sous des vagues en tissu et étouffant sous la performance physique des acteurs cette image ronflante que j'avais de Mnouchkine. Allez savoir pourquoi.

Vendredi 26

Ca sentait la pluie, de celles qu'on craint simplement parce que l'on aimerait bien profiter de cette journée supplémentaire de congés pour faire un petit tour ici ou là, mais j'avais dans l'idée d'aller surtout là-bas. Je sortis. Trente secondes plus tard il grêla. Demi-tour.

Ca ne dura que peu. Un oeil sur ma montre, l'autre sur le ciel je ressortis. J'avais dans l'idée d'aller dans le 16ème voir ce cher Hector Guimard, son hôtel du 122 avenue Mozart et son édicule de la Porte Dauphine que je n'avais jamais pris le temps d'aller admirer...

J'admirai.

Jeudi 25

C'est dans une salle obscure que j'ai rencontré l'Afrique, continent loin de moi, de mon esprit, de mes connaissances, de ma culture, de mon intérêt. Une salle de la Maison Européenne de la Photographie, où la scénographie offrait aux clichés de Philippe Bordas un écrin ténébreux pour leurs teintes d'or, de bronze, de cuivre. Une merveille. D'autres merveilles, tout est peut-être relatif, d'autres émotions en tout cas depuis Luc Choquer au sous-sol jusqu'à Elliot Erwitt au deuxième, étonnant Erwitt entre charme et humour, entre Marylin, naturistes et petits chiens...
Ces photographies, ça ne me suffisaient pas ? C'est un peu plus tard, dans le sous-sol du Centre Iris que j'ai rencontré Félicie que j'ai découvert la travail de Quinn Jacobson, sur lequel je lorgnais depuis deux semaines chaque fois que je passais devant la vitrine. Beau, très beau travail de portrait employant une technique photographique très ancienne...

C'est dans une salle obscure que j'ai retrouvé l'Afrique, ce même jeudi, un peu plus tard encore et puis encore, la séance était à 20h et j'avais retenu l'adresse : 16 rue Victor Cousin. Il y passait "White Material". J'ai donc également retrouvé Claire Denis, cinéaste qui m'émerveilla autrefois par-ci, qui m'ennuya l'an dernier par là, qui me plut cette fois dans cette chaleur, cette terreur, cette tension, cette rudesse, cette Huppert moins rêche que dans le Barrage contre le Pacifique qu'il fallait que j'essaye d'oublier... ne pas comparer... oublier... même si ici aussi c'est peu moite.

Mercredi 24

Congés, ça rime avec ranger, manger, songer, plonger, Angers et Roger. Trouvez les intrus.

Mardi 23

Là je crois qu'il ne s'est rien passé d'intéressant.

...

Qui a dit "comme tous les jours" ?

Lundi 22

- Alors maître Capello, le mot du jour est ?
- Alors le mot du jour est un verbe !
- Ah !
- Et c'est le verbe rejimber.
- Runjamber ?
- Non re-jim-ber
- Aaaaah !
- Et ça veut dire quoi ?
- Euh...
- Pfff... Ca veut dire... oh merde, je reviens... j'ai oublié mon rôti de boeuf dans le four...

 

... ça c'était le fou rire de ce lundi 22, avec "Une femme est une femme" de Godard.

Dimanche 21

Le petit garçon est assis en tailleur. Il tient un bloc de papier et un crayon. Il reproduit la toile en face de lui. En face de lui : Le Christ en Croix de Léon Bonnat, toile de 1874. Il fait partie de ce public prévenu qu'il pouvait être choqué par certains pièces de l'exposition que nous visitons alors : "Crime et châtiment", au musée d'Orsay. Le christ en croix offert à tous les yeux sur tous les crucifix, ici ou ailleurs, n'est, de toute façon, plus à même de choquer qui que ce soit...

Après cette heure, peut-être plus, passée au milieu de têtes coupées et de autres morts photographiés, il fallait un peu s'aérer. S'aérer au sens figuré dans le beau salon de thé du musée, puis au sens propre dans les rues de Paris, rues bourgeonnantes et ensoleillées, pour un long parcours à pied d'Orsay à Ivry, avec cependant un petit trajet en bus entre... euh... entre ici et là...

Rues de Paris bourgeonnantes... mais c'est une autre saison qui apparut sur l'écran le soir même. Les feuilles orangées et dorées virevoltaient sous les bourrasques, bourrasques symbolisant ce qui allait se tramer dans ce "Ecrit sur du vent" de Douglas Sirk... ffffffffffffffffffffffff...

(Je fais bien le vent, non ?)

 

Samedi 20

En fait ça aurait pu ressembler à une journée pourrie.

Parce que tu as voulu aller là-bas à vélo.

Mais ce n'était pas si loin.

Parce qu'au retour le premier sac s'est éventré puis la poignée du deuxième a craqué.

Mais ce n'est pas moi qui portais les sacs.

Parce que j'ai décidé de nettoyer la terrasse.

Mais j'aime faire ce genre de boulot.

Parce qu'à 19h10 je me suis cassé le nez sur la porte du relais-colis et que je suis donc retourné chez moi.

Parce qu'à 19h20 je me suis cassé le nez sur la porte du caviste qui avait vraisemblablement brûlé et que je suis allé tout là-bas rue Rambuteau.

Parce qu'à 19h25 il a commencé à tomber des gouttes et que mon parapuie était chez toi.

Parce qu'à 19h38 tandis que je me dirigeais vers le métro il a commencé à pleuvoir très très fort.

Parce qu'à 19h40 j'ai décidé de transiter par chez moi.

Parce qu'à 19h46 j'étais trempé.

Parce qu'à 19h53 j'hésitais vraiment sur le pull à mettre avec cette cravate rouge.

Mais ce ne fut pas une journée pourrie parce que c'était fiestounette chez Mister Ste' !

Vendredi 19

Tu m'attendais à la librairie, LA librairie, mais point de housse cette fois, éventuellement des couettes ici ou là. Au pick'lops nous les attendîmes, un verre puis deux, derrière la vitre F - surprise -, une planche et les voilà, finaement on dîna. Aux Souffleurs on partit, l'endroit à la mode on dit the place to be, pas envie de this place to stay, ça c'est trop lourd, là c'est trop petit, une autre fois, trois fois oui.

Jeudi 18

A 22h c'était fini. Finalement ça n'a pas fait un pli...

Mercredi 17

La librairie a beau être très proche, je n'y étais jamais rentré. Jusqu'à ce ue je vienne, ce mercredi 17, y chercher... une housse de couette.

Mardi 16

Non ça n'a pas duré longtemps, c'est presque oublié malgré un réveil hésitant. Et heureusement que même à midi c'était presque oublié, ç'aurait été dommage de louper le ciel bleu... puis de gâcher la soirée, japonisante, arty comme tu dis, rascasse et fenouil, etc.

En plus j'ai dit sayonara à une japonaise. Demain je dis japonara à une mayonnaise.

Lundi 15

Le 15 mars était arrivé. Déjà. Ca m'a rendu fébrile on dirait... Pourquoi ? Pourquoi ses frissons, sûrement cette fièvre, cet état plus ou moins grippal, ça vient d'où ? ça va durer encore longtemps ?

Dimanche 14

C'était dimanche, c'était bien pour un poulet rôti, non ? Mais comme elles déjeunaient ailleurs, on se contenta avec plaisir de quelques restes de Morteau aux lentilles après la visite de V et pendant celle d'A venu un peu en avance pour une histoire de petit film, quoi, 18 minutes je crois, de jolies minutes en tout cas, enfin moi j'ai bien aimé l'idée et les couleurs. Et puis il y eut le Louvre, il y aura toujours le Louvre, les statues de l'école française avant de poursuivre vers le Jeu de Paume où se terminait la rétrospective Marc Recha et où était donc projeté "C'est ici que je vis", une projection un peu troublée par les allers et venues de tout un tas de casse-pieds entrant ici comme dans un moulin (avec ton terrible cortège). Il était encore temps pour voter, ne comptez pas sur moi pour faire partie des abstentionnistes, et j'ai glissé mon papier vert dans mon ancien quartier, occasion faisant le larron pour aller papoter chez F et vous noterez donc que je ne vais pas beaucoup d'efforts sur le style en ce moment.

Samedi 13

Jarmusch avait été sur l'écran la veille après que l'on avait découvert qu'à 19 ans, une étudiante japonaise ne parlait absolument pas anglais et n'avait pas le droit de boire de l'alcool, l'un n'ayant aucun rapport avec l'autre. Mais Jarmusch s'était vu coupé dans son élan par l'immuable assoupissement du vendredi soir. S'assoupir ? Ah ! soupirs ! Session de rattrapage donc ce samedi pour voir la fin... euh... enfin non : pour voir la suite, parce que regarder un film à l'heure de la sieste... c'est pas mieux... puis à 0h30... non plus La belle épopée en noir et blanc se terminera une autre fois... mais quand ?

Ah oui au fait, Goma Sio c'est japonais et zucchini... aussi !

Vendredi 12

21h. Un bruit de valise dans l'escalier. Un bruit qui cesse devant la porte. "Tu es sûr qu'elles aterrissent à 21h ?". Tu me réponds que oui. Et pourtant les voici.

Jeudi 11

Mercredi 10

- Alors ça y est ? T'as filmé ?
- Oui !
- Et ça donne quoi ?
- Euh... du muet...
- Du muet ?
- Ben... sur le micro... y avait un bouton ON / OFF. Je ne l'ai vu qu'au moment de partir.
- ...
- Hi hi hi
- Et ça te fait rire ?
- Oui, bon c'est pas grave je vais faire une voix off.
- Ben fais plutôt une voix on !
- Hi hi hi
- Hi hi hi
- Hi hi hi
(ad lib)

Mardi 9

Qui suis-je ? Ramené la veille en terrine, je fus acheté ce mardi en version tétra-jambière en barquette rose au rayon frais du Momoprix pour finir en cocotte... Je suis... Je suis... BRRRRUUUPPPP. Perdu, c'était le lapin.

Lundi 8

Moins rude, moins fort le vent... moins froid ? Moins loin, moins longue la promenade, il faut repartir...

Dimanche 7

A travers la fenêtre, je regardais le vent. Peut-on regarder le vent ? Il soufflait du Nord-Est ; la météo le confirma, le froid extérieur aussi. Je bravai cependant ces températures presque hostiles, parce que tout de même ! Ce ciel bleu ! C'aurait été dommage de ne pas en profiter, non ?

Samedi 6

Je regarde le sol récemment boueux, sec à présent, sur ce chemin que je n'avais jamais emprunté, ce chemin qui n'est peut-être pas le bon. Un bruit à ma droite, dans le bois. Mon regard balaye doucement l'alentour et tombe sur la bête, tête rousse entre les troncs. Pas le temps d'en voir plus, elle détale. Je n'ai pas de chance avec ce genre de bête, elle ne veulent jamais se faire photographier... Ce n'est pas le cas de celles en captivité chez la voisine... ou des sacrées bestioles qui jouent du piano !

Vendredi 5

Saumon-poireau, c'était peut-être un choix un peu léger, car débarquant fraîchement du TER, j'avais l'estomac presque dans les talons après qu'il avait été sous le tablier. Un TER ? Oui, je suis parti au vert...

Jeudi 4

Nous avions rendez-vous à 20h30, mais j'ai franchi la porte du restaurant à 20h43 pour de sombres histoires de fichiers, et ce après seulement 21 minutes de trajet ce qui, reconnaissons-le, a drôlement surpris L. Le temps d'un merveilleux plat et je franchissais la porte dans l'autre sens, avec sous les lèvres et sur les doigts la présence des cailles.

Mercredi 3

22h38. Le RER entre en gare. Mes doigts sont râpeux, noircis, peut-être un peu (Giuseppe) verdis. J'ai vu passé du gris, du bleu, du trop bleu, du vert, du orange, du rose, du rouge... Arc-en-ciel démocratique... D'autres, à l'heure qu'il est, sont encore attablés... mais pour seules victuailles que des enveloppes, des listes et des professions de foi... Et certains se disent ma foi, c'est la dernière fois, etc.

Mardi 2

C'était un peu dans ma tête comme dans les magazines féminins du printemps approchant. Il s'agissait de retrouver une ligne ventrale en adéquation avec le reste de ma silhouette et les tailles de ce pantalon, oui celui-ci en particulier, mais celui-là également, afin de voir disparaître... euh... comment dire ?... ce bourrelet tsunamique qui déborde, regardez bien, voilà, je ferme le bouton et splash ! Neuf mois loin de la moindre salle de sport, un nombre d'années qui augmente et un régime alimentaire un peu plus riche (qui a dit "surtout en vin rouge" qu'autrefois) ne nous voilons pas la face puisque c'est du côté du ventre que ça se passe et voilà un belle période de gestation graisseuse à oublier... Bref... tout ça pour en arriver à cette conclusion : aujourd'hui, j'ai repris le sport.

Lundi 1er

"C'est toi qui vent de me laisser un message ?". Elle a un doute. Oui c'est moi. La voilà amusée, un peu déçue dit-elle. L'accent italien avec lequel j'avais prononcé mon message était plus qu'approximatif, matiné de sonorités improbables, mais elle avait espéré que ce fût je ne sais pas quel italien presque oublié, un nom que je n'ai pas très compris au milieu de la circulation, encore moins retenu. On décida de se retrouver le soir même ; elle nota mon adresse, la griffonna peut-être.
On se retrouva le soir même, som homme avant elle et heureusement il restait des pistaches, plus très fraîches. Il restait aussi du boeuf bourguignon dans ce petit restaurant que je choisis, mais je préférai le coq au vin tandis que l'on testa son casse-tête en vain.