Le journal de l'Arno - juillet 2010

 

 

 


Samedi 31

"Ohé Arnaud". Un appel qui vient de la droite, derrière les arbres on aperçoit les bras levés de Su&Lau, signalant leur présence. Le hasard aurait pu bien faire les choses, ç'aurait été beau qu'on les y retrouve sans l'avoir prévu avec ta roue arrière déjà bien à plat. Mais non, le rendez-vous était organisé, et me voilà parti à jouer au badminton en ayant prévu que j'allais avoir chaud - j'avais apporté un tee-shirt de rechange - mais pas suffisament - j'aurais dû apporter un short. 
Après l'effort, la suite, et nous voilà tranquillement installés dans quelque confortable fauteuil au cannage synthétique et marron pour un Chardonnay pas donné mais offert. La suite, vous la connaissez, conviviale sur la terrasse, après un dernier effort, celui nécessaire pour arriver à l'heure juste avant la fermeture de la supérette. Nécessaire mais pas suffisant, l'homme derrière la porte vitrée me faisant un non de la tête en réponse à ma moue. D'effort, j'avais sûrement le visage un peu cramoisi. C'est la moue roussie, mon cher Yves.

Vendredi 30

J'ai commencé Les années dans l'avion de retour de Corse, en en lisant une soixantaine de pages d'une traite ; j'avais alors fini le délicieux La télévision de Jean-Philippe Toussaint.
Ce vendredi, entre la page 142 et 143, j'ai glissé la carte postale publicitaire qui fait office de marque-page. Annie Ernaux est passée du elle au on depuis belle lurette. On indéfini, indéfinissable, presque fictif pour ce récit qui n'est fait que de réel. La lecture n'en finit plus, la litanie de détails et de souvenirs de surface devient interminable. Moi qui, habituellement, me prend si facilement à son je, j'ai soupiré et j'ai feuilleté la centaine de pages qu'il me reste : qu'en faire ? Le livre est retourné dans mon sac, entre cette bouteille fraîche de Ménetou Salon emballée dans un sac jaune, et du linge blanc peut-être encore humide de la séance de sport emballé dans un sac incolore. 

Pure fiction, plus tard, sur le canapé, avec "Coupable", de Laetita Masson. Oui, non, peut-être, je ne sais pas. C'est un peu comme manger des haricots verts : je n'ai aucun plaisir à en manger et je ne sais pas quoi en penser.

Jeudi 29

Double-porte vitrée. Sortie. Lumière de fin de journée. Le soleil est là-bas, un peu à droite de la Défense. Ciel rouge, superbe lumière orange à travers les vitres du cinquième étage du centre Pompidou, tu filmes, je photographie, j'hésite, tu fixes, je cherche, qu'as-tu trouvé de bien dans cette exposition ? Dreamlands, mondes de rêves ? Soit. La fin du parcours m'a plus capté l'attention, il suffit d'une sculpture comme fondue, du film Paracinéma de Laurent Grasso ou évidemment de photographies contemporaines dont je note les noms des auteurs sur le double-feuillets pris à l'entrée, surtout ceux de Julia Fullerton-Batten et Stéphane Couturier.

Le matin même, le RER s'appelait RADI56.

Mercredi 28

Panic on the streets on London, panic on the streets of Birmingham... La voix est hésitante. La mienne. Je me demande si, dans la pièce à côté, on m'entend. Voilà bien longtemps que je n'avais pas fait ce geste de glisser un CD des Smiths dans le lecteur. Les titres s'enchaînent, jusqu'à ce qu'il soit l'heure de partir, ça tombe bien, Morrissey chante "Take me out tonight". Je pars. Dans le métro cette fille me rappelle Nadège V, mimique similaire et pantalon de survêtement ; auparavant il y avait eu ce garçon ressemblant étonnament à Virginie Ledoyen et j'avais repensé à cette soirée cinéma en plein air à St Florent, à ma gifle et à ton rire.
Chez Valentin, j'écoute quelques courtes minutes mes voisins de table et leurs histoires de Porsche cannelle, je ne sais pas si c'est cannelle mais j'ai compris "cannelle", c'est peut-être Carrerra tout simplement, en tout cas, d'après cet homme que j'évite de regarder, cette voiture fait faire de grands sourires aux pompistes. Natt arrive, sur la carte on nous propose des auberguines, les voisins de table partent fumer, son regarde se porte sur le sac Vuitton à-côté de moi, les yeux s'écarquillent,  la question fuse dans un air estomaqué : "C'est à toi le sac ?". 

Mardi 27

A 0h03, c'était déjà mardi, un SMS me réveilla pour m'expliquer pourquoi ma couette était, la veille, rangée dans un sac, prête à partir je-ne-sais-où ; j'avais alors laissé un message concis pour obtenir une explication. Les chattes, ces inutiles bestioles qui habituellement ne font que vomir et abandonner leurs poils dans ma chambre quand elles arrivent à s'y glisser parce que l'on n'a pas fermé la porte, oui donc les chattes, du moins l'une des deux, avait, je cite : "pris ma couette pour une litière".

J'ai donc nettement préféré le SMS de 14:56 qui attendait un blanc fruité pour accompagner une famille maquereaux. Un Viré-Clessé, qui sous les conseils du caviste au tablier anthracite serait plus fruité que le Chablis. A notre avis, on cherchait tout de même un peu le fruit.

Lundi 26

Les touristes aux accents germaniques que j'écoute ne sont plus attablés à la terrasse d'A Piazzetta mais sur une banquette en skaï marron clair, et leur voix est masquée par le bruit assourdissement du RER. Je reprends ce rituel plaisant de regarder les autres, assis dans leurs rêveries sur le chemin du travail ou sur n'importe quel autre, plongés dans leur roman ou leur téléphone - les journaux gratuits sont en vacances -, cette fille en tee-shirt bleu, visage bouffi par la tristesse ou la fatigue, ce garçon mince, les bras masquant une partie du texte blanc sur le tee-shirt rouge. NO ANIMAL TESTING (...) SHIRT.

Le rythme habituel a donc repris son cours, sans trop de dommages, les collègues s'interrogent "Pas trop dure la reprise ? C'était bien les vacances", alors je réponds que oui, c'était bien les vacances, mais parfois la moue, l'hésitation, quelques images qui viennent à l'esprit, et oui c'était bien, mais...


PS. "Les lois de l'attraction" dans mon souvenir c'était pas mal... Oui bon, c'est pas mal, quoi... mais le DVD qui le propose en VO sans sous-titre ça c'est encore moins bien.

Dimanche 25

Un dimanche derrière les fenêtres, un dimanche devant ce petit écran posé sur ce grand bureau en bois clair. Petit à petit l'envie d'aller au cinéma s'estompe, cette air doll se dégonfle, pffffuiiit. C'est donc Hitchcock qui s'immisce sur le téléviseur, pour Les 39 Marches.

Samedi 24

Soudain, le doute s'installa. L'idée de faire un risotto en plat principal engendra au fur et à mesure de l'après-midi quelques questions d'importance : à quoi ? quelle quantité ? que manquait-il ? on le prépare avant qu'ils arrivent ? ai-je mis assez d'oignons ? tu as mis combien de vin blanc ? tu as du parmesan ? ça suffira la quantité de champignons ? on ajoute des champignons noirs ? Et si on mettait de la roquette ? 

Porca miseria, j'avais oublié le vin blanc en début de cuisson, évaporé de mon esprit car glissé logiquement dans le frigo. Et puis les champignons noirs, c'était pas vraiment une bonne idée. M'enfin, les invités sont bien élevés,  ils en ont même repris...

Vendredi 23

Je vous appelle, triste nouvelle pour lui, vous fais part du faire-part. Quelques minutes plus tôt, j'ignorais qu'il allait pleuvoir, j'étais accroupi devant un trop vaste choix de bacs à glaçons mais je ne quitterais la boutique qu'avec un nouveau carnet anthracite et deux stylos à pointe fine de 0,38 mm, un noir et un bleu. Ils m'accompagneraient pour cette fin juillet et cet août approchant, peut-être un peu plus longtemps, qu'en sais-je ? A la terrasse d'un café aux tables en formica jaune, je tourne la première page, et reprend mon journal. J'écris : "Après la Corse", comme pour bien marquer que les vacances sont finies, que je passe à autre chose que ce style académique et descriptif de mes écrits de vacances dans mon petit carnet rose. Tu m'appelles. "Où es-tu ?" Joli hasard, je suis à 10 mètres de toi. 

Boutique Gaspard Y pour sourire, galerie Almine Rech pour l'expo d'Ange Leccia, Beaubourg pour l'expo Valérie Jouve et pour apercevoir un banquet de Blanche-Neige, une jeune femme qui fauche deux dvd, une Fille coupée en deux sur le canapé, quelques clichés... sans oublier, avant de t'avoir retrouvé, les effluves racistes de mon colocataire tandis qu'il repassait ses chemises R.L. en parlant stars, yacht et limousines : la vie parisienne reprend son cours et je te remercie pour le livre de Valérie Jouve. Livre photographique, journal, témoignage émouvant d'une année en Palestine. 

Mercredi 14 - Jeudi 22 : La Méditerranée 

La Corse, troisième étape de ces vacances. Tu es là, les éclats de rire des filles aussi. Je découvre, huit jours, cette île, île de Beauté, île de soleil, île de repos, île de plaisirs découverts ou retrouvés. 

Et si je vous dis que ça se termine par un marcassin sur de la musique disco, vous me croyez ?

Mardi 13

Oublier ?

Lundi 12 

Raconter.

Jeudi 8 - Dimanche 11 : La Manche

C'était pourtant bien, la nappe blanche sur la falaise et la brume qui nous enveloppait à midi. C'était pourtant amusant, l'alignement de casques rouges et ces deux femmes incroyables qui nous accompagnaient. C'était pourtant beau, la lumière qui revenait sur la plage en contrebas et celle qui baignait la pièce verte de l'école. 

Dimanche 4 - Jeudi 8 : l'Atlantique

L'Atlantique... Mais surtout la campagne, calme et belle, et tellement amicale pendant deux jours.

Samedi 3 

La dernière BD de Ralf König parce qu'il va falloir mettre le site à jour, un polo Fred Perry parce que seulement 45 euros, des boutons de manchette parce que je n'en avais toujours pas, quatre romans chez Colette Kerber parce que c'est l'été, la revue Rouge Déclic parce que c'est évident, une petite trousse de toilettes parce que c'était nécessaire et un stylo violet chez M pourquoi pas.

Et sur les toits, là-bas, presque loin, une cravate, deux bouteilles et quelques verres pour fêter un anniversaire ou deux.

Vendredi 2

Quelle heure est-il ? Tard. 

Mais.

Ca y est.

Vacances.

A moi les vagues.

Jeudi 1er

Allez... plus qu'un jour !