"Ohé Arnaud". Un appel qui vient de la droite,
derrière les arbres on aperçoit les bras levés de
Su&Lau, signalant
leur présence. Le hasard aurait pu bien faire les choses,
ç'aurait été beau qu'on les y retrouve sans
l'avoir prévu avec ta roue arrière déjà
bien à plat. Mais non, le rendez-vous était
organisé, et me voilà parti à jouer au badminton
en ayant prévu que j'allais avoir chaud - j'avais apporté
un tee-shirt de rechange - mais pas suffisament - j'aurais dû
apporter un short.
Après l'effort, la suite, et nous voilà tranquillement
installés dans quelque confortable fauteuil au cannage
synthétique et marron pour un Chardonnay pas donné mais
offert. La suite, vous la connaissez, conviviale sur la terrasse,
après un dernier effort, celui nécessaire pour arriver
à l'heure juste avant la fermeture de la supérette.
Nécessaire mais pas suffisant, l'homme derrière la porte
vitrée me faisant un non de la tête en réponse
à ma moue. D'effort, j'avais sûrement le visage un peu
cramoisi. C'est la moue roussie, mon cher Yves.

J'ai
commencé Les
années dans l'avion de retour de Corse, en en lisant une soixantaine de pages d'une traite ; j'avais alors fini le
délicieux La
télévision de Jean-Philippe
Toussaint.
Ce vendredi, entre la page 142 et 143, j'ai glissé la carte
postale publicitaire qui fait office de marque-page. Annie Ernaux est
passée du elle
au on
depuis belle lurette. On indéfini,
indéfinissable, presque fictif pour ce récit qui
n'est fait que de réel. La lecture n'en finit plus, la
litanie de détails et de souvenirs de surface devient
interminable. Moi qui, habituellement, me prend si facilement
à son je,
j'ai soupiré et j'ai feuilleté la centaine de
pages qu'il me reste : qu'en faire ? Le livre est retourné
dans mon sac, entre cette bouteille fraîche de
Ménetou Salon emballée dans un sac jaune, et du
linge blanc peut-être encore humide de la séance
de sport emballé dans un sac incolore.
Pure fiction, plus tard, sur le canapé, avec "Coupable",
de Laetita Masson. Oui, non, peut-être, je ne sais pas. C'est un
peu comme manger des haricots verts : je n'ai aucun plaisir à en
manger et je ne sais pas quoi en penser.



Double-porte vitrée. Sortie. Lumière de fin de journée. Le soleil est là-bas, un peu à droite de la Défense. Ciel rouge, superbe lumière orange à travers les vitres du cinquième étage du centre Pompidou, tu filmes, je photographie, j'hésite, tu fixes, je cherche, qu'as-tu trouvé de bien dans cette exposition ? Dreamlands, mondes de rêves ? Soit. La fin du parcours m'a plus capté l'attention, il suffit d'une sculpture comme fondue, du film Paracinéma de Laurent Grasso ou évidemment de photographies contemporaines dont je note les noms des auteurs sur le double-feuillets pris à l'entrée, surtout ceux de Julia Fullerton-Batten et Stéphane Couturier.


Le matin même, le RER s'appelait RADI56.
Panic on the
streets on London, panic on the streets of Birmingham... La
voix est hésitante. La mienne. Je me demande si, dans la
pièce à côté, on m'entend.
Voilà bien longtemps que je n'avais pas fait ce geste de
glisser un CD des Smiths dans le lecteur. Les titres
s'enchaînent, jusqu'à ce qu'il soit l'heure de
partir, ça tombe bien, Morrissey chante "Take me out
tonight". Je pars. Dans le métro cette fille me rappelle
Nadège V, mimique similaire et pantalon de
survêtement ; auparavant il y avait eu ce garçon
ressemblant étonnament à Virginie Ledoyen et
j'avais repensé à cette soirée
cinéma en plein air à St Florent, à ma
gifle et à ton rire.
Chez Valentin, j'écoute quelques courtes minutes mes voisins
de table et leurs histoires de Porsche cannelle, je ne sais pas si
c'est cannelle mais j'ai compris "cannelle", c'est peut-être
Carrerra tout simplement, en tout cas, d'après cet homme que
j'évite de regarder, cette voiture fait faire de grands
sourires aux pompistes. Natt arrive, sur la carte on nous propose des
auberguines, les voisins de table partent fumer, son regarde se porte
sur le sac Vuitton à-côté de moi, les
yeux s'écarquillent, la question fuse dans un air
estomaqué : "C'est à toi le sac ?".


A 0h03, c'était déjà mardi,
un SMS me
réveilla pour m'expliquer pourquoi ma
couette était, la veille, rangée dans un sac,
prête à partir je-ne-sais-où ; j'avais
alors
laissé un message concis pour obtenir une explication. Les
chattes, ces inutiles bestioles qui habituellement ne font que vomir et
abandonner leurs poils dans ma chambre quand elles arrivent
à s'y glisser parce que l'on n'a pas fermé la
porte, oui donc les chattes, du moins l'une des deux, avait, je cite :
"pris ma couette pour une litière".
J'ai donc nettement préféré le SMS de
14:56 qui attendait un blanc fruité pour accompagner une
famille maquereaux. Un Viré-Clessé, qui sous les
conseils du caviste au tablier anthracite serait plus fruité
que le Chablis. A notre avis, on cherchait tout de même un
peu le fruit.


Les touristes aux accents germaniques que j'écoute
ne sont plus attablés à la terrasse d'A Piazzetta mais
sur une banquette en skaï marron clair, et leur voix est
masquée par le bruit assourdissement du RER. Je reprends ce
rituel plaisant de regarder les autres, assis dans leurs
rêveries sur le chemin du travail ou sur n'importe quel
autre, plongés dans leur roman ou leur
téléphone - les journaux gratuits sont en
vacances -, cette fille en tee-shirt bleu, visage bouffi par la
tristesse ou la fatigue, ce garçon mince, les bras masquant
une partie du texte blanc sur le tee-shirt rouge. NO ANIMAL TESTING
(...) SHIRT.
Le rythme habituel a donc repris son cours, sans trop de dommages, les
collègues s'interrogent "Pas trop dure la reprise ?
C'était bien les
vacances", alors je réponds que oui, c'était bien
les vacances, mais
parfois la moue, l'hésitation, quelques images qui viennent
à l'esprit,
et oui c'était bien, mais...



PS. "Les lois de l'attraction" dans mon souvenir c'était pas mal... Oui bon, c'est pas mal, quoi... mais le DVD qui le propose en VO sans sous-titre ça c'est encore moins bien.
Un dimanche derrière les fenêtres, un
dimanche devant ce petit écran posé sur
ce grand bureau en bois clair. Petit à petit l'envie d'aller
au cinéma s'estompe, cette air doll se
dégonfle, pffffuiiit. C'est donc Hitchcock qui s'immisce sur
le téléviseur, pour Les 39 Marches.
Soudain, le doute s'installa. L'idée de faire un
risotto en
plat principal engendra au fur et à mesure de
l'après-midi quelques questions d'importance : à
quoi ?
quelle quantité ? que manquait-il ? on le prépare
avant
qu'ils arrivent ? ai-je mis assez d'oignons ? tu as mis combien de vin
blanc ? tu as du parmesan ? ça suffira la
quantité de champignons ? on ajoute des champignons noirs ?
Et si on mettait de la roquette ?
Porca miseria, j'avais oublié le vin blanc en
début de cuisson,
évaporé de mon esprit car glissé
logiquement dans
le frigo. Et puis les champignons noirs, c'était pas
vraiment une bonne idée. M'enfin, les invités
sont bien élevés, ils en ont
même repris...
Je
vous appelle, triste nouvelle pour lui, vous fais part du
faire-part. Quelques minutes plus tôt, j'ignorais qu'il
allait pleuvoir, j'étais accroupi devant un trop vaste choix
de bacs à glaçons mais je ne quitterais la
boutique qu'avec un nouveau carnet anthracite et deux stylos
à pointe fine de 0,38 mm, un noir et un bleu. Ils
m'accompagneraient pour cette fin juillet et cet août
approchant, peut-être un peu plus longtemps, qu'en sais-je ?
A la terrasse d'un café aux tables en formica jaune, je
tourne la première page, et reprend mon journal.
J'écris : "Après
la Corse", comme pour bien marquer que les vacances sont
finies, que je passe à autre chose que ce style
académique et descriptif de mes écrits de
vacances dans mon petit carnet rose. Tu m'appelles. "Où
es-tu ?" Joli hasard, je suis à 10 mètres de
toi.
Boutique Gaspard Y pour sourire, galerie Almine Rech pour l'expo d'Ange Leccia, Beaubourg pour l'expo Valérie Jouve et pour apercevoir un banquet de Blanche-Neige, une jeune femme qui fauche deux dvd, une Fille coupée en deux sur le canapé, quelques clichés... sans oublier, avant de t'avoir retrouvé, les effluves racistes de mon colocataire tandis qu'il repassait ses chemises R.L. en parlant stars, yacht et limousines : la vie parisienne reprend son cours et je te remercie pour le livre de Valérie Jouve. Livre photographique, journal, témoignage émouvant d'une année en Palestine.




La Corse, troisième étape de ces vacances. Tu es là, les éclats de rire des filles aussi. Je découvre, huit jours, cette île, île de Beauté, île de soleil, île de repos, île de plaisirs découverts ou retrouvés.
Et si je vous dis que ça se termine par un
marcassin sur de la musique disco, vous me croyez ?
Oublier ?
Raconter.
C'était pourtant bien, la nappe blanche sur la
falaise et la brume qui nous enveloppait à midi.
C'était pourtant amusant, l'alignement de casques rouges et
ces deux femmes incroyables qui nous accompagnaient. C'était
pourtant beau, la lumière qui revenait sur la plage en
contrebas et celle qui baignait la pièce verte de
l'école.
L'Atlantique... Mais surtout la campagne, calme et belle, et
tellement amicale pendant deux jours.
La dernière BD de Ralf König parce qu'il va falloir mettre le site à jour, un polo Fred Perry parce que seulement 45 euros, des boutons de manchette parce que je n'en avais toujours pas, quatre romans chez Colette Kerber parce que c'est l'été, la revue Rouge Déclic parce que c'est évident, une petite trousse de toilettes parce que c'était nécessaire et un stylo violet chez M pourquoi pas.
Et sur les toits, là-bas, presque loin, une
cravate, deux
bouteilles et quelques verres pour fêter un anniversaire ou
deux.
Quelle heure est-il ? Tard.
Mais.
Ca y est.
Vacances.
A moi les vagues.


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