Les minutes défilent, insuffisantes ou pas assez lentes ; au bout de la journée 10 jours de vacances. Il faut finir. Il faut boucler. Il ne rien laisser traîner. Sur le bureau à la rigueur, quelques papiers.
C'est la rentrée,
comme ils disent, alors on retrouve les habitudes, le rendez-vous, le
lieu, la lourde grille, le grand escalier métallique, les
connaissances, les regards interrogatifs... A la Fémis ce
soir, ça commençait par un court, qui aurait pu
à mon goût être encore plus court au
point de disparaître. Ca se poursuivait par les
dernières répliques joliment mises en images et
presque en silence, un silence rompu par un fou rire, il suffisait
vraisemblablement sur l'écran d'une moue et d'une coiffure
pour le déclencher. Ca se terminait par des photographies
piochées, doucement rassemblées, doucement
accompagnées d'une voix et de musique, des photographies
dont il me reste, quelques jours plus tard, une vision
délicate et brumeuse, rapprochement permis avec les pages
ouvertes de ce "Le corps
des anges".
Ligne 7. Mon esprit flotte dans la fin de journée. Par hasard mon regard se pose sur le magazine de mode que lit la jeune fille. Un garçon à moitié nu, elle passe la page rapidement, mais sur la suivante... il n'est plus à moitié nu. Elle pousse la page, la suivante, les suivantes très vite, de manière gênée, amusante et difficile à décrire. La preuve. Tant pis.
Le garçon aux rayures légères
sur ce pull blanc souriait sur le quai, son regard dans ma direction,
tandis que le train partait. Me souriait-il ? Il ne restait que
quelques pages.
A présent le dernier paragraphe est achevé et je
crois que j'ai jamais rien lu d'aussi fort. Le livre est
refermé, il retournera là où il
était, au bout de cette étagère, sa
couverture orange presque ostentatoire dominant ce coin où
il restera quelques temps avant d'être ouvert à
nouveau pour offrir la poésie de son verbe à qui
veut s'émerveiller, moi une fois de plus
peut-être, toi qui a oublié les mots
peut-être.
Effacée ces soirs-là, Alix des coulisses veille à tous les grains, elle sait que Constance orchestre chaleureusement. Elle observe Jérôme dont elle voit le grand dos du fond de la cuisine obscure où elle s'attarde : il se penche, sa main saisit le verre que sa bouche tarde à boire, puis de nouveau s'adosse à la chaise, et tout assis qu'il est, parvient à se déhancher des épaules. Il a vingt ans.
Ce n'est peut-être pas le plus beau passage de ce roman, mais il représente bien la maîtrise de l'écriture de l'auteur, les mots qui se suivent, s'assemblent, glissent avec une limpidité aussi belle que le déhanché de Jérôme. Mais les mots sont meurtris : ces deux-là parlent trop fort, même un peu trop tout court. Le métro, non, n'est pas le lieu idéal pour ce genre de lecture, j'en ferai la démonstration le soir-même, sous la couette, les plus beaux passages flottant sous mes yeux avec au fil des pages une émotion rare.
Mais avant la couette, le chignon sage de la rousse Hélène, une femme infidèle offrant le titre de ce Chabrol.
Le vélo est encore là, attaché à cette station de la ligne 2 où je ne prête même pas attention aux écussons Guimard. J'ai devant moi trente-cinq minutes de pistes cyclables et de voies partagées, sans presque aucune hésitation dans le parcours. Etonnant, non ? Aussi étonnant que de s'endormir devant Que la bête meure, Chabrol 1969, supplément conjugué avec un autre film vu le lendemain, qui m'a fait acheter Télérama. Mais ce n'est pas moi qui me suis endormi. Etonnant, non ?
- Allo ?
- Tu as deux minutes ?
- Ben oui même plus de deux minutes.
Deux minutes ont suffi pour raconter la chute assez grave, les douleurs
vraiment aigues, et l'accent circonflexe du plâtre.
J'avais quitté
la biennale de Nogent après un coup d'oeil
étonné sur ma montre ; il était
déjà 21h. J'avais attendu un RER vaguement
annoncé, retardé, retardé
jusqu'à 65 ans ? J'avais l'esprit assez
éveillé pour oser les jeux de mots du type "one
foot in the grève". Dans la rame les endormis somnolaient,
celui-ci ne savait plus quels chiffres inscrire dans les cases,
celui-là n'avait pas remarqué que sa cravate
était retournée et je feuilletais sans
énergie le "Réponses Photo" dans lequel
n'apparaissait pas la photographie que j'avais envoyée,
photo peut-être trop facile pour le jury, photo
sûrement trop de travers ; je n'avais pas vraiment
respecté l'horizon. Ne pas respecter l'horizon, n'est-ce pas
se perdre un peu ?
J'avais hésité entre un repos (mérité) et un peu de soleil sous lequel je me serais assis quelque part, cet autre roman de Mathieu Riboulet à la main, un roman commencé le matin même, livre aimant, livre amant, l'Amant des morts ça s'appelait, et j'étais arrivé en avance à la Cinémathèque puisque mon choix s'était porté sur le livre et le soleil, j'étais arrivé tellement en avance que j'avais pris quelques photos, pas assez en avance pour vraiment profiter du soleil car j'avais oublié que nous étions fin septembre. Tu étais déjà là et l'on profita donc ensemble de cette moment et de cette table ; j'oubliai cette envie de soleil.
Tu avais le regard perdu dans la foule, nous étions assis, tu chuchotas comme il est difficile de chuchoter plus doucement. Mais je ne pouvais pas me retourner, ce n'est pourtant pas l'envie qui m'en manquait, ben oui, tout de même, elle, là, derrière moi, ce visage que tu évoquas, cette voix que je n'entendis pas, cette voix, cette voix. Nous étions là pour une autre voix, celle de Delphine Seyrig, inimitable, pourtant je tentais de l'imiter en ouvrant le frigo plus tard lorsque ce fut l'heure du souper. La rétrospective Delphine Seyrig avait commencé par "Muriel ou le temps d'un retour" et j'avais vaguement (nouvelle vaguement) cherché à comparer parce qu'il y avait dans les ruptures du montage quelque chose de Pierrot le Fou (faut croire que je n'osai pas citer L'année dernière à Marienbad) et je me disais qu'une fois que je maîtriserais le vocabulaire architectural je me pencherais sur celui du cinéma. C'était absurde de comparer, mais face à un montage qui, dès la première seconde, vous met une grande baffe dans votre culture cinématographique, il faut essayer de respirer normalement.



Sur les murs blancs, les
gris racontés par la jeune femme en bottes. Le reflet de la
colonne Vendôme noie dans la flaque le petit
garçon trop souriant, et sa baguette dorénavant
trempée, dont l'image mièvre et convenue n'est
pas ce que j'aime chez Willy Ronis. Le
reflet de la colonne Vendôme, enjambée par une
jupe du quartier, est ce que j'aime chez Willy Ronis ou plus
généralement chez les photographes de cette
époque, dans leur photographie en noir et blanc que je ne
fuis plus comme avant pour aller m'enticher pour des rouges vermillons
et des jaunes ensoleillés. Les images se suivent,
l'âme de Rodchentko se glisse dans les usines, là,
derrière ces fils, et l'âme de sa femme s'envole,
là, dans le parc, dans l'immensité et la
profondeur d'un gris d'une absolue tristesse.
Les âmes ? Justement les revoici, regardez-les ces ombres
noires qui traverse la jungle. Oncle Boommee, cette palme d'or qui fit
tant parler d'elle, c'était le film parfait pour un dernier
soir d'été, parfait dans ces moments les plus
poétiques, quand on a encore à l'esprit cette
petite femme perdue sur une photographie.
Le travail serait-il une drogue ? A croire que je n'en ai pas assez... voilà que je m'en rajoute. Le travail est en tout cas un plaisir pour moi, surtout quand il s'agit d'aller photographier des toiles marouflées datées de 1900 et des frisounettes florales peintes sur les murs d'un pavillon construit en 1895 par un architecte oublié par l'Histoire. Tout ça pour quoi ? Pour un article, à croire que j'essaye d'endoctriner les employés de la commune où je travaille en leur parlant de l'architecture des années 1890, y cherchant en l'occurence les signes d'un attachement au classicisme et les références modernistes glissées au milieu des briques et au-dessus de la meulière.

Fin. L'exposition est
terminée, mais j'aurais aimé qu'elle continue, le
temps qu'on me pose d'autres questions, le temps de partager... le
temps qu'on ne me demande plus si l'on pouvait revenir la voir... ah
mince demain, ce sera trop tard ? La satisfaction est tout de
même un doux sentiment qui l'emporte sur cette nostalgie qui
pointe déjà son nez. Je pense à la
suite, je ne suis pas le seul, parfois ça enrage. A quand le
virage ?
Réveil. 5 heures et 30 minutes de sommeil
derrière moi, sommeil fragile de surcroît. Ce
week-end n'en sera pas un, et la dernière ligne droite est
là, sous mes pieds. Visiteurs guidés, visions
d'architectes, visages connus, oh tiens O., tu es là.
Hasard, joli hasard, tu m'invites à déjeuner...
dans un immeuble qui manquait à mon répertoire.
Il faut tenir, la fatigue est là, la vache, je tiens,
jusqu'au soir, car soirée théâtrale
à la Scène Watteau, pour "L'oral et
hardi" ce merveilleux faux monologue de Jacques
Bonnaffé, acteur époustouflant, sur des textes de
Paul Verheggen.
La toile est tendue. Le vent en poupe pour pointligneplan
? L'image en poupe, rétroprojetée, et moi en
proue, Nikon au poing, tentant de capter un joli mélange
entre les images et l'architecture à l'heure où
tout est bleu et encore là. Avec mes notions techniques
limitées, je suis face à un joli cas
d'école. Un cas d'éole ?
Voici la nuit, moment doux, des amis, des sourires, du fromage et du
vin, une spectatrice bien seule sur le trottoir d'en face, on parle,
les heures filent, voilà minuit. On en reparle,
voilà 1 heure. Les heures défilent,
voilà 2 heures.



- Alors ? Quoi de neuf ?
- Rien.
- Ah.
- Oui.
- Bon...
- Ah si les nouveaux Inrocks.
- Et alors ?
- Bof.
- C'est tout.
- Non, super bof, j'aime pas du tout leur nouvelle formule.
- Ah bon, pourquoi ?
- Pour plein de raisons.
- Lesquelles.
- Plein j'te dis.
- Oui mais lesquelles ?
- Attends j'te montre.
...
- Ah oui en effet.
Elle éternue, mais laisse ses mains là
où elles étaient. Ses postillons
s'éparpillent sur les mots fléchés
qu'elle partage avec sa mère qui vient de sortir d'un sac
plastique une boîte rouge et noire en
s'émerveillant du cadeau qu'elle allait faire :
- Pierre Cardin !
- C'est une bonne marque ?
- Ben oui.
- Mais pourquoi tu lui as acheté des bretelles ? il met pas
de ceinture ?
- Ben non, à cause de sa poche.
"C'est quand il vous a rapporté à la maison que j'ai compris d'un coup où il était pendant toutes ces années."
Dans le trajet de retour, long trajet en train, la lecture du roman m'absorbe plus que celle de trois revues dans lesquelles j'avais picoré quelques mots et quelques images. L'écriture est belle, le récit touchant, je m'étonne d'être emporté si facilement, moi qui manque parfois, cruellement, de concentration. J'oublie la journée à Dieppe, les touches de couleur dans le ciel, les sourires narquois, les mots, les souvenirs, les regards, le groupe, les soupirs, les bruits de pas, les ombres qui passent au bout de la terrasse et le goût de l'eau salée du grand bassin.


"Tu lis quoi ?" J'attendais la question. J'espérais
le silence. Je profitais de la pause-déjeuner, sandwich,
pour me plonger dnas les dernières pages de
l"Enlèvement avec rançon" d'Yves Ravey. Mais E
s'installa près de M, et discuta.
"Je lis quoi ?" Je répondis, et en une petite minute je
résumai mon rapport avec l'auteur et les éditions
de Minuit, citai Échenoz quand M me dit "j'allais t'en
parler" avant de citer Ravel, conseillai Les
Grandes Blondes. Voilà.
Que lire ? Ravey va être rangé. Dans les
étagères, face aux trois tranches sur lesquelles
apparait le nom de Mathieu Riboulet,
j'hésite un peu. Mon doigt se pose et mon choix se porte sur
le plus à gauche que je suppose être le plus
ancien. Les deux premières phrases de la
quatrième m'accrochent : "Quelqu'un
s'approche" est l'élu, lu plus
tard, quelques pages seulement sous la couette et
déjà le charme de sa belle plume agit.
"Chabrol est mort". La phrase sort sans hésitation,
te frappe, cogne un peu contre les murs et traverse le
fantôme de Jean Yanne, qui ricane dans un coin. J'avais
allumé l'ordi entre le jus de fruit et le yaourt du
petit-déjeuner pour chercher une info moins grave. Et bam,
voilà Stéphane Audran qui me traverse l'esprit,
rapportant sur un plateau les souvenirs des films chabroliens des
années 69-70 découverts avec passion à
l'époque des soirées télés,
des magnétoscopes et des téléviseurs.
Mais en voyant l'heure et en réfléchissant un peu
sur le développement de la journée, on passe
rapidement du yaourt à la quiche et au café pour
prendre la route. Dans la forêt de Fontainebleau, ou
peut-être à côté, le panneau
annonce "fermé", et les idées s'envolent sous la
craie. A Larchant, sous les voutes en ruine, les alternatives
s'effritent, puis à Milly-la-Forêt, Cocteau
nous accueille dans sa chapelle et sa maison-musée qui me
déçoit un peu. Pourquoi ?
Et puis. Bouchons. Courir. 18h51 sur la montre, après tout on ne sait jamais... Le sac de L était bien lourd, je ne le savais pas vendredi, je le porte en me ruant vers le quai numéro 3. La sonnerie des portes qui se ferment, L qui se jète dans le train. Comme dans les films ! Tiens regarde, y a Chabrol là-bas avec sa caméra...






La file d'attente s'étend jusqu'à
l'extérieur de la boutique mais j'entre, passe devant tout
le monde. Gêné, je regarde fixement la caisse,
puis le pâtissier-caissier. Dans mon dos, les regards sont
interrogatifs, jaloux, haineux, peut-être
étonnament indifférents chez quelques touristes
sans rythme ni amertume. Je viens récupérer mon
dû, et elle avait bien insisté, la veille : "Vous
ne faites pas la queue, hein ?!".
Dans le sac en carton blanc qu'il me tend derrière le
comptoir après avoir répété
mon nom et fait un tour dans l'arrière-boutique, une
boîte orange m'attend sous deux pains aux fruits secs qui se
marieront à merveille avec le foie gras, puis la terrine de
lotte, puis les tournedos et les cèpes à la
bordelaise. On salive, lecteur ? L'orange de la boîte est
chic, hermessien, pas hermétique, et à
l'intérieur se cache une étendue verte et
carrée d'environ 25 cm de large, ponctuée de 9
taches rouges transpercées d'un bâton de vanille,
demi-gariguettes allongées sur un lit de coriandre-pistache.
L'objet du désir se dégusterait plus tard,
après les cadeaux laqués ou paginés.


Le train de 21h35 est un peu en retard. J'ai couru pour rien, tu m'avais dit 25 et j'ai chaud, trop chaud. Je n'aurais pas couru si l'une de ces deux moisissures de chattes n'avait pas eu l'idée infecte de pisser et chier - je doute que les verbes "uriner" et "déféquer" conviennent dans ce cas - sur mon lit, m'obligeant à retrousser les manches et leur botter le cul - je doute que le mot "postérieur" convienne dans ce cas. Bref... 21h45, le tégévé s'installe enfin sur le quai numéro 23. La foule à valises déroule ses pas, parmi elle un acteur à la mode auteur récent d'un best-seller métropolitain, un sosie de Benoit Poolvoerde et un curé... L arrive, un petit sac à l'épaule et un cabac à la main. Ce n'est que deux jours plus tard que je découvrirai que le petit sac était bien plus lourd qu'il ne semblait l'être.
Tu es
déjà allé au Bois de Boulogne ?
Non. Ces chemins qu'arpentent les Dames du film de Bresson me sont
inconnus. Chemins dissipés dans un brouillard de sommeil
relativement tôt. Les jours sont longs, les nuits s'y
calquent en ce moment.
Je n'étais jamais allé à
Créteil non plus. Mais je n'en ai pas vu grand chose :
à l'issue de ma réunion, la pluie m'en chassa
bien vite, cordes froides sous un ciel gris, et me voilà
baissant la tête pour éviter les gouttes.
Malgré tout, j'essuierai mes lunettes une fois
assis dans la ligne 8.
Entre Créteil et Boulogne, des emplettes. Parce que J-2,
parce qu'Ellis is over. Chez Colette Kerber, l'accueil souriant et les
nouveautés de la rentrée, parmi elle "Enlèvement
avec rançon" d'Yves Ravey, auteur
que dorénavant j'achète sans
hésiter... mais je crois que j'ai déjà
écrit ça la dernière fois, pour ce Cutter un peu
décevant. A la caisse on entame la conversation... chut, on
en parlera quand le l'aurai lu.
Entre Créteil et Boulogne, un trajet parmi des milliers
d'autres. Sur le strapontin, à côté du
mien, elle est assise. Elle soupire intérieurement,
hélas c'est évident, et lasse elle pose
à terre des escarpins roses en matière
molle et synthétique. L'inscription à
l'intérieur est un peu effacée : ARC JACOBS,
peut-on lire encore. Elle ôte ses souliers à
talons en suèdine noire qu'elle dépose dans un
sac en carton, glisse ses pieds nus dans l'autre paire. La
voilà soulagée, je le suis moins : je repars dans
mon ouvrage sur l'architecture des années 1890 - 1940 dont
je retiens si peu.
Une fois n'est pas
coutume, la ligne 7 sera matinale, puisque tu la prends. J'avais tout
de même un peu hésité, question de
timing, de temps de trajet, d'agenda... A Italie aussi
j'hésite, et puis je change de métro et d'avis.
Mauvais choix ? Sur le quai de la ligne 6, un peu de fumée
là-bas et cette odeur qui va avec. J'attends. Rien.
J'attends. Rien. Ni message ni rien. Je pars, reprends la 7, etc. tout
ça est long, tellement long... z'avez vu l'heure ?
Pas de fumée sans feu ? Tiens revoilà Brett
Easton Ellis alors ? La tension monte, finalement la sauce prend
même si j'ai gardé mes distances face à
cette apparente littérature de surface... Surface, vous avez
dit surface ? Qu'en penseraient les architectes rationalistes, de cette
histoire de surface ?
Sushis, fatigue, reste de poulet. C'est noté sur mon carnet. Pas de quoi en faire un billet... Même du dernier roman de Brett Easton Ellis, entre mes doigts depuis quelques jours, je n'ai pas de quoi en faire un billet. Je ne sais pas quoi en penser. Sûrement pas une bonne idée de lire dans les transports en commun : les alentours me happent, j'ai l'esprit ici ou ailleurs mais surtout autour... Regarder les gens sans les prendre en photo, faut croire que ces fichus vigiles ont réussi leur coup...
Un nouveau visage à quelques mètres de moi. Une nouvelle collègue, remplaçant l'autre, partie ailleurs, je ne m'en plaindrai pas, fallait voir l'ambiance... fallait entendre les dialogues aussi. Rares. On parlera forcément plus avec M qu'avec M, de musique sûrement, de patrimoine évidemment, Hector par exemple ?
Hector, ce cher Hector Guimard, que sais-je de lui et de son oeuvre, mot masculin au genre malmené ? Un certain nombre de choses, certes, mais est-ce suffisant ? Me voilà donc plongé, le soir venu dans les kilos bleus du livre de George V, les galbes oniriques dessinés par l'artiste m'entraînant doucement vers d'autres rêves...

Un soleil éclatant
et écrasant. Mais je
n'en profite pas. Pas comme j'aurais aimé. La belle et
chaude journée se passera pour moi l'œil
rivé dans le viseur, gromelant contre ces ombres trop
présentes et ce soleil trop cru. Trop cruel ?

Cruel, un adjectif à apposer sur le front
dégagé de ce patron de cinéma,
prêt à tout pour arriver au but ultime : faire
chanter les oiseaux à 13h45... C'était Sabotage,
film d'Hitchcock de 1936 : un film, comme on peut le lire sur la
jaquette du dévédé et comme l'ont
écrit Rohmer et Chabrol, oui donc un flm avec - je cite donc
- une mise en scène d'une étourdissante
virtuosité, qui rappelle les meilleures bandes
hollywoodiennes, tout en conservant un chic typiquement britannique.
Voilà... on vous aura prévenu.

Au zinc du Brazza et de sa
façade pleine d'interrogations, mon café
tiédit doucement. Le type entre, se pose à ma
gauche et commande un demi. Je lève les sourcils, regarde
l'heure. 8h53.
Des cartels à faire et refaire et la matinée
passe trop vite. Courir, donc ? Sandra est disponible, chance inouie
pour un samedi à 13h45... et à 14h20 je ressors
du 26 rue Beaubourg avec la joie d'un reflet inédit,
désépaissi et réussi. Dormir un peu,
donc. Et repartir en se demandant où est donc
passé cette cravate que je n'ai pas vu non plus ce matin
dans ton petit placard rouge. Et finalement inaugurer... Pour la grande
satisfaction. La mienne, et la leur. Un grand ouf, un autre !
Et avec ça, un salice salentino...
Ouf !
Les enfants attendent, s'inquiètent, courent,
sourient, trépignent, regardent, crient, rient... Les
parents attendent, s'inquiètent, courent parce qu'ils sont
en retard, sourient, trépignent aussi un peu
peut-être parce qu'ils vont être en retard au
boulot et qu'ils ont oublié de prévenir, ne
crient nullement, rient peu. C'est la rentrée.
Même pour moi... Pour un petit reportage, des photos
colorées, des questions aux réponses timides ou
amusantes et un petit article finalement bien amusant à
écrire...
Et puis... et puis des encadrements, des positionnements, des
hésitations, des précautions, des pfff, mes mmm,
des grrrr, des ouf... J-2... Allez, encore quelques pfff...


Pour quelques clichés fleuris et ondulants, je me rendis chez F. F comme fromage ? Ah oui, quel fromage ! F comme fin d'orange aussi, facances, foisinage, foulala, etc. Foulala ? Ah oui, les meubles pour l'exposition sont arrivés... foulala, c'est fantastique et ferveilleux !
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